You’re Next (2013)

Avant-propos : Il y a du spoiler uniquement lorsque c’est indiqué, vous pouvez donc vous aventurer dans la lecture de cet article sans problème.

Vous n’avez sans doute pas entendu parler de You’re Next, et en tant que combattante des injustices avertie, je viens réparer cette erreur.

Ce film a été mon tout premier coup de cœur de l’année 2015, comme quoi, ça sert de faire des listes SensCritique (prochain challenge : écrire un article sans parler de SC). C’est donc un film que je porte dans mon cœur et qui m’a laissé un bon souvenir. Cependant, je tiens à vous informer que ce n’est pas LE film qu’il faut absolument voir, celui dont vous vous souviendrez dans dix ans, ni celui qui révolutionnera votre perception sur le cinéma et la vie en général.
Non, You’re Next n’a pas cette ambition. Il est simple sans être simpliste, percutant sans être inoubliable, honnête sans forcément donner dans l’intellectuel. Il n’est pas original, pas merveilleux, mais il n’en reste pas moins intéressant, divertissant et plaisant.

Le pitch est simple : la famille Davison se réunit dans leur maison de campagne pour fêter l’anniversaire de mariage des parents. Pendant le dîner, alors que les enfants et leurs conjoints respectifs s’échangent des paroles plus ou moins cordiales, une bande de psychopathes portant des masques d’animaux les attaquent…
V’voyez ce que je vous disais vis-à-vis de l’originalité ? Maintenant, vous ne pouvez pas vous sentir trompés et vous pouvez regarder ce film en toute connaissance de cause, parce qu’il vaut vraiment le coup d’œil. Et si ça peut vous aider, sachez que le film a reçu quelques chouettes récompenses, comme le Prix du jury Syfy au Festival international du film fantastique de Gérardmer ou le Prix TSR du public au Festival international du film fantastique de Neuchâtel, et quelques autres encore. Et si ça permet de faire pencher un peu plus la balance, sachez que le réalisateur est Adam Wingard, à savoir le géniteur de V/H/S et de sa suite. Bon personnellement, j’ai pas aimé du tout, mais apparemment, ces films ont été encensés, alors si c’est votre trip, tapez dans le fond…

Au lieu de vous tenir encore des heures sur « pourquoi voir You’re Next avec des arguments bancals et peu approfondis », je préfère vous allonger la marchandise dès maintenant et vous dire POURQUOI j’ai ADORÉ.

Le film se présente comme un slasher home invasion, sous-genre d’un sous-genre donc, impliquant une multitude d’idées résumées et remixées dans un seul et même film. Le pari est risqué, encore plus quand on veut faire un film d’horreur (même si ici, on est plus dans le thriller qu’autre chose), mais je trouve réellement que You’re Next s’en sort avec les honneurs. Dans votre tête résonne sûrement « American Nightmare », d’autant que les affiches des deux œuvres se ressemblent, n’ayant pas vu celui-ci, je ne peux pas m’essayer à la comparaison. Je tiens juste à dire que You’re Next dégage une ambiance particulière, une atmosphère qui nous prend aux tripes dès le début. La petite introduction nous laisse présager à un foutu merdier pour les personnages qui suivent, mais surtout à un massacre au hasard, ce qui n’a pas l’air d’être le cas… Plus loin, une fois que les brèves présentations sont faites, on rentre dans le vif du sujet, et les assaillants arrivent vite sur le tapis (sens propre comme figuré) pour dézinguer à tout-va les membres de cette sympathique famille d’apparence normale. A l’instar des victimes, on a du mal à comprendre réellement ce qui se passe dans cette maison devenue un véritable champ de bataille : mékikison, koikiveul, kanteskonariv ? Ce n’est qu’en même temps que les survivants qu’on aperçoit quelques éléments de réponse, qui étaient quand même captés d’avance (j’vous refais le laïus sur l’originalité ou c’est bon ?), et donc qu’on arrive à comprendre les enjeux de ces tueurs.

Pourtant, même si le film balance dans le convenu en ce sens, il arrive à sortir des sentiers battus sans réelle peine. Il nous évite donc le très connu « c’est pas moi, c’est lui », qui aurait pu être transformé dans le contexte familial, avec un truc du genre « Papa et Maman t’ont toujours tout laissé faire » ou que sais-je. Bref, on remercie le réalisateur qui nous sort de ce pétrin et qui passe donc à côté de la case gerbe, tout en faisant de ses personnages des combattants qui veulent survivre avec hargne. Le point fort du film, c’est le personnage principal. C’est la nouvelle copine d’un des fils de la famille, réservée, timide, sage, elle est la pièce rapportée insignifiante aux yeux des autres membres de la tablée, et pourtant, elle se révèle être la personne qui sauvera (enfin tentera de le faire) les autres occupants de la maison. Elle interprète un personnage singulier qui se défend tant bien que mal contre ces enfoirés de psychopathes. Et là où je trouve le film assez fort, c’est qu’il ne nous met pas en scène une guerrière, ancienne championne de krav-maga ou fille cachée de Chuck Norris, non non, elle est simplement une fille normale [SPOILER] qui a été élevée par son père dans une communauté de survivalistes. Alors oui, forcément, ça a moins de la gueule, et les survivalistes représentent maintenant les p’tits foufous de l’humanité, mais j’ai trouvé ça brillant et honnête de nous présenter ce genre de personnage, plutôt qu’un autre qui aurait eu le don de nous prendre pour des billes. [/SPOILER] La nana en question n’est donc pas infaillible, pas immortelle, elle en prend plein sa race quand on la frappe, mais à côté de ça, elle sait rendre les coups et a des ovaires en acier. Elle défend les membres de sa belle-famille, ce qu’il en reste en fait, en élaborant quelques pièges qui en font la sœur spirituelle de Kevin McCallister. La scream queen n’en est plus une, puisqu’ici, elle se transforme en adversaire redoutable du trio de tueurs aux masques d’animaux, et ça permet de souffler par rapport aux autres œuvres qui présentent ce genre de caractéristiques pour des rôles uniquement masculins. Après le petit tour des autres personnages qui sont caricaturaux, elle reste bien entendu la seule à montrer de l’intérêt et à laquelle on s’attache, elle est charismatique, ce que les autres ne sont pas, en tout cas, c’est difficilement concevable avec une présentation torchée en 30 secondes. De là à en vouloir au réalisateur, non, puisque l’importance des autres est reléguée à celle de crever, alors on va dire que c’est un mal pour un bien, même si l’émotion que l’on voudrait susciter à chaque mort ne nous atteint pas plus que ça, puisque les seules secondes où l’on a connu ces personnages, ceux-ci nous ont paru soit antipathiques, soit plus inutiles que les autres…

A côté de ça, le manque d’originalité fait son œuvre dans certaines scènes, notamment la toute dernière qui nous plonge dans un énième twist final qui n’apporte rien et ne sert qu’à alimenter le film d’une part de mystère qui s’est fait cramer depuis de longues minutes. Un peu trop inspiré de la saga Scream sur certains aspects (surtout pour l’identité de l’instigateur du massacre notamment), You’re Next arrive à composer avec des touches d’humour noir, comme c’est le cas entre la confrontation frère-frère au sous-sol, et explose le quota d’hémoglobine et de violences sur certaines scènes. Certaines morts sont surprenantes, effroyables, mais toujours terribles. C’est peut-être là le problème : cette volonté d’en donner trop, de chercher à chaque meurtre une façon hyper calculée de faire mourir le personnage, ça lasse un peu, on a vraiment l’impression d’être dans le trop. Certaines scènes sont inutiles, par contre, dans ces dernières, beaucoup parlent de la scène d’introduction, je la trouve juste magnifiquement horrible, c’est grâce à elle qu’on est dans le ton et qu’on perçoit le reste du film comme il (n’)est (pas). Puis la musique qui accompagne cette scène est captivante, limite hypnotique, alors quand on l’entend de nouveau, on ne peut pas s’empêcher d’avoir froid dans le dos, tout en ayant l’envie morbide de regarder la suite des événements. J’ai trouvé une certaine similitude avec La colline a des yeux, dans le sens où la plupart des personnages sont décimés en peu de temps et dès le début. Là encore ça nous met dans le bain très vite, mais ça se révèle efficace puisque on nous montre que You’re Next ne fait pas dans le détail et se montre violent dans la mort de ses personnages, tant sur le fond que sur la forme. En ce sens, le film est parfaitement bien rythmé, même si la deuxième moitié s’essouffle peu à peu, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a plus trop de monde à tuer… Sauf dans le camp d’en face, qui va naturellement subir quelques pertes avec toujours autant de violence, mais je trouve, avec moins de saveur.

Le film est, dans sa quasi-totalité en huis-clos, ce qui permet de se servir au maximum de la grande maison comme décor, qui d’une part, présente autant de ressources que l’héroïne, et qui d’autre part, est au fur et à mesure à l’image des morts de l’habitation : les murs, les sols, les plafonds, tout est recouvert de sang, de cadavres et d’autres blessures difficilement effaçables. Je n’irai pas jusqu’à dire que la maison est ultra-importante, mais je trouve que son utilisation a été fort bien faite. Elle nous garde à l’intérieur, aussi coupés du monde extérieur que les personnages, et donc éloignés de toute potentielle solution ou aide quelconque : on ne sait pas ce qui se passe dehors, mais on n’en sait pas plus à l’intérieur… C’est pourquoi chaque scène à l’extérieur se révèle importante (l’introduction, la petite sortie maladroite pour nous faire voir que les voisins sont ceux qui ont été sauvagement butés et la fin) et qu’à chaque fois qu’un membre de la famille essaye de sortir, ses efforts sont vains, la scène sur la sœur qui court est juste terrible, même si l’effet de ralenti gâche un peu la surprise, mais permet de composer entre une certaine douceur et violence.

En somme, je dirai qu’il ne faut pas voir You’re Next dans l’espoir d’y voir une œuvre parfaite, mais au contraire, d’accepter ses défauts qui en font une œuvre singulière. C’est un savoureux mélange entre horreur et second degré, sans jamais nous définir de véritable cadre auquel s’accrocher. Certes, c’est absurde malgré quelques volontés de réalisme, c’est pas original, c’est quelquefois maladroit, mais le film n’essaye jamais de nous prendre pour des cons et réussit toujours à nous divertir, à ne jamais nous lâcher grâce à son rythme, tout en nous apportant une héroïne combattante qui n’est pas dénuée d’humanité et qui sait ressentir la douleur, comme toute personne normalement constituée.

Et voici la chanson qui est utilisée pour la scène d’introduction.

La dernière maison sur la gauche (2009)

Note de haut de page : Je n’ai pas vu le premier film, celui de Wes Craven, donc impossible de faire la comparaison.
Note de haut de page 2 : Contient des spoilers.

Cette fois-ci le réalisateur est Denis Iliadis (inconnu au bataillon pour ma part). On trouve comme acteur Sara Paxton, Tony Goldwyn, Monica Potter ou encore Garret Dillahunt.

Les Collingwood possèdent une maison isolée, sur les berges d’un lac. Leur fille, Mari, et sa copine Paige se font enlever par Krug et ses proches, des psychopathes. Laissée pour morte, elle va rejoindre la demeure familiale et être sauvée par ses parents qui vont la venger à leur manière.

Rob Zombie ?

Échange de rôles : on ressent de l’empathie pour les méchants, on a du mal à comprendre les gentils ; violences en cascade : agression, viol insoutenable, meurtres… La dernière maison sur la gauche peut nous faire penser aux films de Rob Zombie. Et plus particulièrement à The Devil’s rejects.
Ce film est totalement sombre, malsain et violent. Il nous montre la plus mauvaise partie de nous-mêmes, ce que nous sommes réellement, à savoir des bêtes cachées sous des visages humains.
Tout va très vite en ce début de film : l’évasion de Krug, l’arrivée des Collingwood, l’enlèvement des filles, le meurtre de Paige, le viol de Mari, son évasion…
Barbarie, cruauté, violence gratuite, vengeance… Tant de mots pour définir ce film. Mais la clé est surtout la vengeance : Mari se fait violer et est laissée pour morte ? Qu’à cela ne tienne, ses parents prennent simplement soin de leur fille et décident de se faire justice eux-mêmes. On relativise, on se met à leur place.
En fait, ce film est un gros « Et si c’était vous ? ». Comme beaucoup, vous me direz, mais là, la frontière avec la réalité est tellement fine que l’on ne peut que se demander ce que l’on ferait à la place de ces chers Collingwood, au préalable présentés comme une famille aimante, unie malgré la perte d’un fils et d’un frère. Bref, tout est fait pour faciliter la corrélation nous/eux.

Réalisme et justesse

C’est donc maintenant que je veux en venir à cette volonté de réalisme prêchée par le réalisateur. On se prend une grosse claque quand Monsieur et Madame Tout Le Monde décident de martyriser trois personnes responsables des atrocités commises sur leur fille et sa copine.
On peut donc remercier non seulement la mise en scène mais aussi le jeu d’acteurs. Pas d’acteur connu, mais une très bonne interprétation qui nous offre une immense crédibilité. Tout passe crème, si je puis dire. On ne se pose pas de question, on vit le film comme si nous étions à la place des Collingwood.

Quelques faiblesses à noter

Tout d’abord, je tiens à dire que la scène finale est (rayez rien) : inutile, bête et laisse un mauvais goût au film. Cette scène est l’ultime vengeance du père où il fait exploser la tête de Krug dans un micro-ondes. Si cette scène n’avait pas été là, vraiment, la scène précédente aurait suffit à conclure le film, pas forcément en beauté, mais au moins, sans en faire trop. Là c’est du tape-à-l’œil, du « ça va plaire au public à sensation ». Bref, vous l’aurez compris, je n’ai pas aimé cette fin et son absence ne m’aurait vraiment pas dérangée.
Ensuite, bien que réussie, la deuxième partie du film peut sembler pour certains, décroissante par rapport à la première partie. En effet, cette première partie est très réussie et nous met dans la bain tout de suite : tout s’enchaîne rapidement, on est ébahis devant le spectacle qu’on nous offre. Alors que pour la deuxième partie (que je situerai au moment où les Collingwood recueille Krug et sa famille), c’est un peu plus lent, du coup, l’habitude que l’on avait prise depuis le début s’éteint. On n’est pas déçus, mais un autre rythme s’offre à nous, et c’est déroutant.

En bref

J’ai beaucoup aimé ce film, ça ne fait pas de détail, ça parle de vengeance, c’est gratuit mais intelligent, tout est maîtrisé. Bref, je vous le conseille.

Django Unchained

Je sors de la salle, toute enjouée…
J’ai vu le tant attendu Django Unchained, dernier né de Quentin Tarantino avec Jamie Foxx, Christoph Waltz et Leonardo DiCaprio en rôles principaux. Ça pourrait être (pas dans l’ordre) Le bon, la brute et le truand, mais il paraît que le premier nom du film, en hommage à ce dernier était The Angel, The Bad And The Wise.

Pas besoin de vous refaire un topo de l’histoire, je vous ai déjà fait un petit résumé dans la sortie de la semaine de 16 janvier 2013. Si ça ne vous suffit pas, retenez ces mots-clés :
2 ans avant la guerre de Sécession, esclaves, affranchissement, chasseurs de primes, négrier, femme à sauver… Ça donne un savoureux western pas mal violent à la sauce spaghetti.

Car oui, ce qui choque en premier dans Django Unchained, c’est sa violence.
Sang qui gicle à foison ? Oui.
Personnages qui tirent sur tout ce qui bouge ? Oui.
Fouettage d’esclaves ? Oui.
Et le tout, sans sous-entendu, cela va de soi.
En d’autres termes, on a des scènes de baston tirée de revolver et de fusil qui font gicler le sang à tarbass. Des scènes de tortures au fouet, des chiens qui mangent un homme vivant…
Mais je le dis, le meilleur, ça reste les gunfights (notamment la scène finale au Candyland) où le sang pisse de façon abondante et comique (volontairement).
Même les paroles sont parfois crues, on rabâche le mot « nègre », on parle de « négriers », ça peut choquer, mais il faut ce qu’il faut pour aborder un sujet aussi controversé !
Pas de doute, la tapisserie est refaite dans ce film.

L’humour est aussi présent dans ce film. Car comme je vous l’ai dit il y a un instant, une volonté de comique se crée ici. La violence est parfois comique (avec le sang), mais aussi certaines scènes et certains dialogues le sont. Une scène du faussement KKK qui tourne à la dérision, Foxx costumé en valet bleu, des paroles sympathiques… Bref, on sourit !

Donc les références au western sont…
Les paysages désertiques et magnifiques, les scènes de gunfight, et globalement, tout ce qui rapporte à la violence.

La fin me fait penser à Kill Bill (vol. 1)The Bride épargne ceux qui n’y sont pour « rien » dans cette histoire et garde au chaud les méchants, les vrais pour se venger. C’est exactement ce que fait Django, mais je ne vous en dirai pas plus.

Un très bon choix d’acteurs, comme d’habitude. Tarantino sait comment ne PAS nous décevoir, ici il embauche Foxx qui est parfait dans son rôle, volontairement négrier, assoiffé de vengeance envers les blancs, ami de Schultz. Et DiCaprio, enfin en méchant et avec des dents pourries : cruel, autoritaire et impassible… Enfin, il reprend Waltz avec lui qui devient un gentil, contrairement à son rôle dans Inglorious Basterds, ici il est sympathique, rapide et surtout, il a la gâchette facile.

La musique est très Tarantinesque. Comprenez : non seulement bonne et entraînante mais aussi et surtout de plusieurs genres.
Car c’est exactement ce qu’on a ici : de la soul, des musiques de films déjà existantes et même du rap (!)
Quelques extraits (mes préférés) :
Anthony Hamilton & Elayna Boynton – Freedom
Glasses Malone – Let it go
Jerry Goldsmith ft. Pat Metheny – Niicaragua

En bref, un bon western spaghetti signé Tarantino au plus haut de sa forme… A découvrir immédiatement au cinéma !

A bittersweet life

A bittersweet life est réalisé par Kim Jee-woon, également papa de 2 sœurs, mais je ne pourrais pas vous en dire plus, je ne l’ai jamais vu (2 sœurs hein, pas A bittersweet life, sinon je ne ferai pas un article dessus…). Ce film est né en 2005 en Corée du Sud, qui dit Corée du Sud dit casting avec des noms hyper compliqués dont je ne vais pas énumérer la liste.

L’histoire : Kang, un chef de la mafia soupçonne sa jeune maîtresse, Hee su d’avoir une liaison. Il décide donc de lancer sur ses pas Sun woo, l’un de ses hommes de main en qui il a le plus confiance et efficace, « régleur de problèmes » sans sentiments. Sa mission : s’il découvre qu’Hee su a une liaison, il doit liquider les deux amants. Seulement, après avoir passé la journée avec la jeune fille, il va se trouver incapable de la tuer lorsqu’il la voit avec un autre. Dès lors, Sun woo est pourchassé par ses ex-collègues/complices et surtout, par Kang.

La volonté est de nous présenter un polar noir mêlant guerre de gang, ou plutôt guerre à l’intérieur du gang, vengeance, violence, frontière entre rêve et réalité, découverte de l’existence et même un peu d’humour. Cette volonté est totalement respectée.En lisant les thèmes listés ci-dessus et le synopsis, votre première idée sera de dire « déjà vu ». Oui mais non. Là où d’autres empruntent des facilités en présentant violence gratuite, vengeance basée sur du « commun », ce film réussit à ne pas s’enterrer dans des raccourcis un peu trop simples.

Effectivement, ce n’est pas un « film de plus », se contentant d’orgie de sang : il est subtil, un peu décalé et surtout émouvant.Le film se divise en deux parties. Dans cette première, on voit l’exécutant, Sun woo dans son rôle : sans sentiments, efficace dans son travail (celui de régler les problèmes, donc de tuer). Il accomplit sa tâche sans vivre. Sa journée passée avec Hee su est la cassure. Durant cette journée il a appris à vivre, à ressentir des choses, et même à sourire. Il lui est donc impossible de tuer celle qui lui a fait découvrir sa vie, son existence. C’est à cause de cela qu’il se trouve enterré vivant par les hommes de main de son ancien patron. Il réchappe à cette mort et décide de se venger. Deuxième partie. Cette seconde partie est aussi celle des sentiments, plus que la vengeance, il y a aussi l’amour, le besoin de reconnaissance. Le titre prend tout son sens ici : Sun woo désire une vie un peu plus douce, une vie avec des sentiments, avec de la vie.Bien que se découpant en deux, A bittersweet life garde son rythme effréné du début jusqu’à la fin.

Les scènes de combats, celle où l’on voit Hee su faire de la musique / Sun woo reprendre vie et même l’ambiance générale, tout est esthétique. Ce film noir se révèle être un véritable poème empreint de beauté. Le personnage principal est attachant, entre ses coups de colère, sa naïveté et ses sourires. Le twist final (car il y en a un) surprend et nous laisse même dans l’ambiguïté : est-ce vraiment un retournement de situation ou un simple flash-back ?

Je vous laisse en décider.

Trilogie de la vengeance de Park Chan-wook (3/3)

Enfin, le troisième opus de ce triptyque vengeur.
Lady Vengeance
L’histoire : Geum-ja, une très belle jeune femme est en prison pendant 13 ans pour l’enlèvement et le meurtre d’un jeune garçon. Pendant ces 13 années de captivité, elle découvre la voie de la rédemption, aide ses camarades de prison, bref, elle devient un véritable ange. Mais tout ceci n’est qu’une façade, elle prépare sa vengeance envers celui qui devrait être à sa place : le vrai tueur.
Le générique annonce la « couleur » : ce film sera blanc, pur, et rouge, sanglant. Ce générique est beau, la musique est baroque et très belle.
Il est différent de ces prédécesseurs sur plusieurs points : entre le premier qui était coloré (éparpillé), le deuxième noir (malsain, summum de la vengeance), celui-ci est blanc et rouge, on a donc à faire à une véritable expiation, une sorte de rédemption, de véritable rachat de l’âme qui doit passer par la vengeance. De plus, le personnage principal est porté par une femme. Ce qui donne une dimension peut-être plus pure, innocente et belle.
Le début du film est basé sur les camarades de prison de Geum-ja. Celles-ci nous racontent tour à tour leur enfermement, et ce que Geum-ja leur a apporté (une aide psychologique, physique et même un don de rein). Un prêtre est même là pour accueillir Geum-ja à sa sortie de prison, et lui offre symboliquement du tofu blanc. Pas de doute : Geum-ja est un ange. Seulement, tout le monde le lui répète, depuis qu’elle a sorti, elle a changé. Elle est devenue silencieuse, froide, distante et se maquille les yeux en rouge (oui encore du rouge) pour ne plus paraître gentille. On comprend alors que toutes ses années de prison n’ont réussi qu’à alimenter sa préparation de vengeance et que ses camarades n’étaient que des pions qui lui serviront à se venger à sa sortie. Le désir de destruction prime.
On peut alors retrouver le côté ironique, humoristique de Park Chan-wook : l’héroïne est sarcastique, l’ironie de la vengeance qui finalement n’est absolument pas salutaire, est placée.
D’autre part, des scènes burlesques sont ici encore à noter, comme celle de la reconstitution du meurtre où Geum-ja, qui ne sait pas ce qu’elle doit faire (normal, ce n’est pas elle qui a tué l’enfant) est aidée par l’inspecteur de police en charge de l’enquête. Alors qu’elle s’acharne sur le mannequin censé représenter l’enfant, la tête de ce dernier tombe. Burlesque et trash.
On découvre également que Geum-ja a une fille et que cette dernière a été adoptée. Celle-ci se révèle être le catalyseur de rédemption de Geum-ja. Dès son arrivée dans la vie de Geum-ja, cette dernière, pourtant bien installée dans son désir de vengeance se retrouve dans un besoin d’expiation de son péché : sa vengeance, bien que légitime ne l’amène qu’à sa perte.
Une autre dimension du film apparaît alors : un côté humain du personnage pourtant si froid et d’une volonté sans faille. L’émotion du personnage prend alors la place de la vengeance qui a pourtant été réfléchie et scénarisée par Geum-ja pendant presque la moitié de sa vie.
Alors, dans la deuxième partie du film, la vengeance s’évapore pour mettre en valeur l’humanité, ce qui fait de Lady Vengeance une originalité comparé à Sympathy for Mr. Vengeance et Old boy.
Cette humanité dans la vengeance, on la retrouve également dans la vengeance en elle-même de Geum-ja. Effectivement, celle-ci se veut collective et donne un côté réellement « partageur ». Car Geuma-ja n’effectue pas seule sa vengeance, elle invite d’autres victimes à se joindre à elle. Sa vengeance est alors moins légitime et vraiment plus compréhensive, compatissante.
Lady Vengeance est donc double : vengeance et sensibilité. Et suit l’évolution de son personnage. Le final va également dans ce sens : on y retrouve la vengeance puis ensuite, l’émotion. On pourrait presque dire qu’il y a deux fins. L’une pour la vengeance accomplie, l’autre pour l’émotion  ressentie par Geum-ja. Cette deuxième fin est vraiment belle et extrêmement bien filmée : on retrouve le blanc, la pureté et l’image du tofu blanc.
En résumé : de la beauté, de l’humanité.
Ça fait bizarre de voir Choi Min-sik en méchant. On retrouve également beaucoup de caméos d’acteurs présents tout au long des trois films.
Le thème de Lady Vengeance, que j’aime beaucoup : ici.
Personnellement : beaucoup aimé.
Le plus pur et émotif.
Moi aussi je veux me maquiller les yeux en rouge.

Trilogie de la vengeance de Park Chan-wook (2/3)

Le deuxième film de cette trilogie.
Old boy
Old Boy est au départ un manga de huit volumes. Il a remporté un bon nombre de prix, notamment le Grand Prix du Festival de Cannes, le prix du meilleur film asiatique des Hong Kong Film Awards ou encore le prix du meilleur film étranger des British Indepedent Film Awards.
Passons donc au synopsis :
En 1988, Oh Dae-soo un père de famille est kidnappé et séquestré pendant 15ans sans aucune raison. A sa sortie, il va tenter de découvrir par qui mais surtout pourquoi il a été enfermé. Il va alors être contacté par celui qui l’a enfermé, Lee Woo-jin, celui-ci va lui proposer de découvrir les raisons de son enlèvement en seulement quelques jours en ne lui laissant pour seule piste cette phrase « Le caillou et le rocher coulent dans l’eau de la même façon ». Il va alors faire la rencontre de Mido.
Durant tout le film, le spectateur découvre tout en même temps qu’Oh Dae-soo, il cherche les explications en même temps que le personnage. Mais ces explications, surtout celles concernant le passé des personnages ou leur identité (surtout celle de Mido, débarquée dont on ne sait où, qui veut à tout prix venir en aide à Oh Dae-soo) ne seront expliquées qu’à la fin du film, et là, grand effet de surprise, on comprend donc tout à fait pourquoi on ne nous en a pas dit plus que ça avant : afin de ménager une fin totalement renversante. C’est là que le proverbe « Le caillou et le rocher coulent dans l’eau de la même façon » prend tout son sens.
Une piste sur la signification ? Oh Dae-soo n’est pas mieux que Lee Woo-jin.
Sachons-le, ce film est interdit aux moins de 16ans et il y a de quoi. Effectivement, nous avons parfois à faire à des scènes de sadisme assez dures, comme un arrachage de dents ou encore une scène de langue sectionnée. Cela donne une ambiance assez lourde, voire pesante au film.
Mais aussi, le spectateur est face à des scènes de combat très esthétiques, superbes, notamment le plan séquence où notre personnage va se battre dans un couloir contre une vingtaine d’hommes avec en fond de la musique classique.
Cette musique est composée par Jo Yeong-wook et est tout à fait magnifique. Il y a aussi « Hiver » de Vivaldi.
De plus, comme expliqué plus haut, Old Boy fait partie d’une trilogie de la vengeance et cela est expliqué dans le film par celui qui l’a enfermé, en effet, durant ces quinze années, ce qui a motivé le personnage principal dans sa démarche c’est avant tout la vengeance.
« Le désir de vengeance est finalement un excellent remède a la souffrance. Il est plus fort que le chagrin ! […] Femme, filles, prisons, ce sont des douleurs qui disparaissent quand l’esprit est submergé de haine.« 
Il ne pensait même plus à sa famille, il était obsédé par la vengeance, il voulait à tout prix sortir afin de tuer son « bourreau ». Il en devient une bête ne vivant que pour se venger et tuer celui qui l’a enfermé. Et cela nous est montré au début du film quand Oh Dae-soo est encore emprisonné, il s’entraîne à taper contre le mur de sa « cellule » en pensant :
« Qui que tu sois, attends-moi. Attends que je sorte de là. Personne ne retrouvera jamais ton corps de pourri, ni tes ongles, ni tes cheveux. Personne au monde ne pourra retrouver la moindre trace de toi. J’avalerai avec soin chaque morceau de ton cadavre.« 
Old Boy a donc bel et bien sa place dans cette trilogie sur le thème de la vengeance.
Les raisons elles-mêmes de l’incarcération d’Oh Dae-soo relèvent du châtiment, mais je n’en dirai pas plus pour ne pas sombrer dans le spoil’.
Néanmoins, ici cette vengeance est assez particulière, elle en devient même « anormale », monstrueuse, car elle engendre une violence assez exceptionnelle (voir la réplique d’au-dessus). Mais elle est tout à fait justifiée selon le point de vue d’Oh Dae-soo et de Lee Woo-jin.
De plus, hors ce thème récurrent, Old Boy relève certains tabous tels les pulsions sexuelles, les rumeurs et leurs conséquences…
A retenir d’Old Boy : un scénario mené avec perfection du début à la fin, un final surprenant voire déroutant, des scènes de violence assez monstrueuses, une musique somptueuse…
Quelques vidéos alléchantes :
A un niveau personnel : ce film est mon préféré des trois. J’ai vraiment aimé. J’ai dû le voir des centaines de fois et ne m’en lasse toujours pas.
Le plus noir et subtil.

Trilogie de la vengeance de Park Chan-wook (1/3)

(Cet article a été publié sur Parano.be en premier lieu, mais j’en reste l’auteure. Tous les articles que je publie, ici comme ailleurs, sont de moi et uniquement de moi, merci de ne pas les copier.)

Le premier film est Sympathy for Mr. Vengeance, sorti en 2002, aura pour acteurs principaux Song Kang-ho, Shin Ha-kyun et Bae Du-na.
Le deuxième est Old boy, sorti en 2003 et a comme acteurs principaux Choi Min-sik, Yoo Ji-tae ou encore Kang Hye-jeong.
Et enfin, le troisième est Lady Vengeance, datant de 2005 avec Lee Young-ae et Choi Min-sik.
Je vais donc vous présenter ces films par ordre chronologique.
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Sympathy for Mr. Vengeance
L’histoire : Ryu, un sourd et muet, est un ouvrier pauvre et sa sœur est malade (elle a besoin d’une greffe de rein). Alors qu’il est renvoyé de son travail, sa petite amie Yeong-mi a une idée : afin d’avoir l’argent requis pour payer l’opération de sa sœur, ils vont kidnapper la fille de l’ex-patron de Ryu, Dong-jin. Seulement, la séquestration de la petite va mal se passer. Et les conséquences vont être désastreuses, autant pour la famille de la victime que pour les kidnappeurs.
Je pense que l’on peut résumer les événements de ce film en une phrase : la vengeance appelle la vengeance.
En effet, cette phrase est peut-être réductrice, mais l’idée est là : Ryu veut se venger de la vie (qui ne l’a pas vraiment épargné) et de son ex-patron qui l’a viré. En voulant cette vengeance, il se retrouve encore plus malheureux qu’avant. Son ex-patron, Dong-jin tient lui aussi à se venger de la disparition de sa fille, en retrouvant les deux protagonistes responsables de l’enlèvement et en leur faisant payer. Et puis, Dong-jin se retrouvera dans la même position, encore plus malheureux.
Dans ce sens, on pourrait dire que ce film a plusieurs « héros » : on est d’abord du côté de Ryu et de sa petite amie qui après tout, commettent ce kidnapping pour une « bonne » raison. Mais voyant que les choses tournent mal, on serait tentés de les détester et d’être du côté de Dong-jin cette fois-ci. C’est peut-être ce qu’on cherche à nous faire ressentir : on ne vaut peut-être pas mieux que ces personnages en voulant qu’ils se vengent eux aussi, et ce, par des moyens peu recommandables.
Ce film est très réaliste, dans le sens où contrairement aux deux suivants, il est d’une part chronologique, et d’autre part, les personnages sont amener à réagir sans vraiment réfléchir : maladresse, remords… Ils sont pris dans l’action et n’ont que très peu de temps pour agir.
On est donc face à l’autodestruction, amenée par une vengeance ratée, vécue par tous les protagonistes du film.
Un autre côté de ce film est le burlesque. Lors de certaines scènes qui n’ont rien de drôle, certaines sont volontairement mises en scène pour paraître limite ridicules.
SPOIL notamment, lors de la scène où Ryu enterre sa sœur, un handicapé, ce qui n’est pas censé être drôle, tente d’enlever les pierres qui recouvrent la sœur avec la maladresse que sa situation de handicap lui fait vivre SPOIL FINI.
La frustration insufflée par les scènes de torture, de vengeance vécue par tantôt le vengé, tantôt le vengeur est assez mal vécue : on sombre dans l’abjection alors que le film est beau.
En effet, ce film est beau. Les couleurs, les personnages attachants, les scènes… Ce film est beau, malgré sa noirceur.
De plus, ce film laisse peu la place à la parole pour tout miser sur les actions (le personnage principal est sourd et muet), apportant du dramatique, du réalisme.
En résumé : une belle noirceur révélant un film réaliste et juste, les personnages sont bien joués, mais qui peut devenir frustrant, vis-à-vis des retournements de situation et de l’horreur.

Plus personnellement, c’est le film de la trilogie que j’ai le moins apprécié. Je me suis sentie vraiment désappointée.
Le plus coloré et le plus réaliste.
Par contre, je veux la même couleur de cheveux que Ryu.