Starship Troopers (1997)

En voyant le titre de cet article, soit vous pensez que je vais faire un troll, soit vous pensez que je n’ai vraiment que des goûts de merde. La première option étant impossible de mon point de vue pour ce film, je vais donc opter pour la deuxième option, montrant que mes goûts de merde dans le cas présent, ne sont pas forcément horribles.
Cette petite introduction tient à rappeler que Starship Troopers est l’un des films les plus sous-estimés et incompris de tous les temps (avec Sucker Punch ? :D). Voulant remettre l’église au milieu des points sur les i, je vais me porter partie civile pour le procès de ce film si cher à mes yeux.



Starship Troopers est un film de science-fiction où l’on nous présente une guerre intergalactique avec les humains d’un côté et les parasites de l’autre. Ces parasites sont des formes extra-terrestres qui tentent d’envahir l’univers tout entier et qui sont plus que virulents, si bien que l’ensemble des humains a du mal à l’éradiquer et même à résister à cet ennemi. Pour prendre part à cette guerre, nous suivons Johnny Rico, de son quotidien d’étudiant à sa vie de soldat plus qu’efficace dans l’infanterie, le corps le plus mal vu de l’armée.

Présenté comme un film de propagande vantant les mérites de la guerre, recrutant les soldats dès le plus jeune âge et d’offrir aux étudiants une éducation déjà très orientée, Starship Troopers utilise l’humour et l’ironie pour mieux présenter ce système défaillant et ridicule d’enrôlement, de recrutement et de fonctionnement politique et sociétal. Et c’est en prenant ce chemin apparemment sans embûche que l’œuvre s’est faite cracher dessus. En effet, la plupart des spectateurs n’ont absolument pas compris que le film donnait pendant toute sa durée dans le second degré, ils ont donc tout pris au pied de la lettre, le trouvant tour à tour immoral, encensant la guerre ou encore fade. C’est pourtant assez clair que Starship Troopers utilise dans tous ses procédés l’humour afin de mieux dénoncer la dangerosité de l’omniprésence des forces armées dans la politique et sa place dans la société. Effectivement, entre les messages de propagandes plus que rentre-dedans, les publicités pour les corps d’armée (comme pour de vulgaires produits ménagers) et surtout le fait qu’il faille faire son service militaire pour être « citoyen », tout est limpide et tend à montrer que le film se veut acerbe.

Dans le film, la société est régie par les « citoyens », des personnes qui votent, prennent les décisions et plus globalement, détiennent le pouvoir. Une autre classe sociale existe, ce sont les « civils », qui, vous l’aurez compris, n’ont aucun privilège. Alors que cette facette de la société est a priori importante dans le livre, elle n’est que survolée au début du film, sans pour autant être expédiée. On apprend donc que pour être « citoyen », il faut avoir fait son service militaire, et que les citoyens ont la possibilité de rentrer dans plusieurs corps de métiers à l’inverse des civils et qu’ils ont un pouvoir sur les autres, en d’autres termes, une forme de violence dangereuse que les autres n’ont pas. Dans cette société, un peu comme dans Gattaca, le racisme, la misogynie et la différence sont éludés au profit de cette simple citoyenneté. Ainsi, les citoyens sont des êtres bons et qui ont des droits et des devoirs, les civils n’ont absolument rien. La différence réside seulement dans ce statut social. Promis à être de bons citoyens, on retrouve donc Rico et ses camarades, tous présentés comme des jeunes riches dans un lycée, nous faisant penser à la Californie, pourtant, on est à Buenos Aires. Ce détail anodin ne l’est en fait pas, puisque l’on nous présente des personnages tout droit sortis du rêve américain, transportés dans une ville aux antipodes de ce qu’ils sont : pauvre, cauchemardesque et sans une once de pouvoir de décision. En réalité, cette transposition sert davantage le côté décalé du film, puisque l’on imagine mal nos petits lycéens dans une école actuelle de Buenos Aires…



Malgré la supposée avancée de la société dans laquelle évolue nos personnages, on se rend bien compte que cela n’est que foutaise, les châtiments corporels et les punitions en place publique étant notamment de rigueur. En extrapolant, on arrive à voir que malgré les progrès faits (conquête de l’espace, union des pays au profit d’une guerre intergalactique…), des problèmes résident et/ou pointent le bout de leur nez : la manipulation de masse avec des vidéos de propagande et d’enrôlement, la pérennité d’un fossé entre les différentes classes sociales existantes… Montrant et pointant les défauts d’une société de rêve, on arrive toujours à voir qu’un système se base sur des inégalités et injustices plus que choquantes. Nous apercevons même quelques clins d’œil à des régimes totalitaires ayant existés, avec la propagande certes, mais aussi avec les uniformes des officiers de l’armée ressemblant très fortement aux manteaux des nazis. Cependant, aucune rébellion n’est aperçue, les personnages, leurs amis, leurs parents sont ancrés dans cette société, ils respectent ses procédés et même : la prônent. Ainsi, ces problèmes invisibles pour les personnages, ces derniers vaquent à leurs occupations qui elles, sont assez bien connues de tous : se trouver une place dans la société, avoir une reconnaissance sociale et professionnelle, se faire des amis, et pour Rico, reconquérir le cœur de sa bien-aimée qui a préféré sa carrière.

Parce que Starship Troopers dénonce certes les dérives d’une société moderne, mais il décrit aussi des histoires entre plusieurs personnages qui se lient d’amitié, qui se détestent, qui s’aiment… Ces histoires s’ancrent très facilement dans le film et ne sont absolument pas gnan-gnan ni de trop. Et à côté de ça, il y a la vraie guerre, celle qui oppose les humains aux parasites, celle qui fait perdre à nos personnages des êtres chers. Ici, un autre défaut pointé par les spectateurs apparaît, celui du côté kitsch du film. Sans pour autant le nier, je tiens à le minimiser. En effet, le film n’est pas tout jeune, mais n’est pas centenaire non plus. Cependant, j’ai vuStarship Troopers quand j’étais enfant, et il fait partie pour moi de ces films inscrits à vie dans les années 1990. Bien entendu, plus jeune, je ne percevais pas toute la critique et prenais le film au premier degré, mais c’est en le revoyant à notre époque que je m’aperçois de tout le côté revendicateur du film. Ainsi, j’ai presque envie de dire que le kitsch du film est totalement assumé et décomplexé : ça a mal vieilli, les effets spéciaux sont plus ou moins mauvais, les images sont très médiocres… Et pourtant, je trouve que tout le charme du film réside ici, que ce soit lors de sa sortie ou à notre époque, vingt ans après. Je ne vous décris pas du tout un plaisir coupable, mais plus une sorte de film aimé tant pour ses qualités que pour ses nombreux défauts. En effet, si on apprécie l’œuvre, c’est aussi pour son côté tellement vieillot (j’oserai presque dire « vintage ») et donc, profondément 90’s. Le casting lui aussi est d’époque et un peu kitsch : Denise Richard et Dina Meyer du côté des dames (et pour les spectateurs hommes qui ont dû baver plus que de raison sur l’une ou l’autre), Casper Van Dien et Neil Patrick Harris du côté des hommes.

Avant de conclure, que serait un film situé dans l’espace sans une petite pensée pour Star Wars ? En effet, la musique épique nous rappelle étrangement les thèmes de la saga où là encore, une guerre fait rage.
Starship Troopers est pour moi une pépite des années 1990 que j’aime regarder encore aujourd’hui, et même si je ne vous ai pas convaincus à son sujet, il restera toujours un film appréciable pour toutes ses qualités et tous ses défauts, que je continuerai à regarder sans avoir la moindre honte. Et que je continuerai à défendre malgré les principaux reproches faits : navet et promotion du fascisme.

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Hitler, la naissance du mal

En 2003, Christian Duguay réalise un film en deux parties pour la télévision, il s’appelle Hitler, la naissance du mal (Hitler: The Rise of Evil). Des acteurs de choix sont appelés pour incarner les personnages emblématiques de l’époque pré-1939 en Allemagne, celle de la montée d’Hitler, il s’agit de Robert CarlyleLiev ShreiberMatthew ModinePeter Stormare ou encore Julianna Margulies.
Comme je vous l’indique plus haut, ce film retrace la vie d’Hitler, de son enfance à son arrivée au poste de Chancelier/Führer de l’Allemagne. On y retrouve donc un enfant maltraité par son père, un pré-adulte torturé et refusé aux Beaux-Arts, un jeune adulte devenu caporal en 14-18, un membre du parti ouvrier allemand, le président de ce parti, et enfin, l’homme au pouvoir.
Ce film dure 3 heures mais a été raccourci de 50 minutes dans la version française par TF1. De nombreuses polémiques sont nées, suite à cette censure inexplicable et ridicule par la chaîne de télévision française.




La censure de TF1, qui a presque enlevé un tiers du film porte surtout sur l’enfance d’Hitler, ses années en tant que soldat de l’armée allemande pendant la première guerre mondiale mais aussi et surtout des discours antisémites (on trouve d’autres passages retirés, comme la présence seule des juifs du film). Et ces 50 minutes sont précieuses pour la compréhension du film : certaines scènes sont complètement dénaturées voire incompréhensibles, et donc, leur sens est erroné, si ce n’est inexistant évidemment. En effet, TF1 a semble-t-il voulu protéger les pauvres petits spectateurs français, les maintenir écartés de toute forme de violence verbale ou physique, faisant fi de la nature même d’Adolf Hitler. Les français sont donc préservés des scènes de violence physiques que le père d’Hitler a à l’encontre de son fils dès son plus jeune âge, mais aussi, son passage dans les tranchées où il tabasse notamment son chien (battre un animal, c’est impensable à la télévision !), et puis, on nous a retirés tous les discours anti-juifs prononcés par le futur Führer, comme si l’antisémitisme d’Hitler n’avait que peu ou pas existé. Par extension, les seuls juifs présents dans le film sont tout bonnement supprimés eux aussi, car vu qu’il n’y a pas de haine contre les juifs, autant virer complètement leur apparition, ils sont inutiles à la bonne marche du film. Bref, on aurait dit qu’une volonté de compassion pour le personnage se fait ressentir parmi les censeurs.
Dans cet esprit de protection, on peut relever l’absence de l’inceste, et ce même dans la version originale. Il est de notoriété publique qu’Hitler avait des relations incestueuses avec sa nièce Geli, mais cette partie a été éludée pour laisser place à une sorte de romance entre les deux personnages. Même si cette romance a ses limites, vu que la nièce est complètement étouffée par son oncle autoritaire et absolument rigide.

Cela dit, certains passages sont insuffisants car la portée de leurs conséquences est insuffisante. Effectivement, on voit un jeune Hitler livré à lui-même, suivant le discours d’un maire qui met sur le dos des juifs les malheurs sociaux, économiques et politiques de l’Allemagne… Et c’est tout. Ce qui aurait été intéressant, c’est de comprendre réellement ce qui s’est passé pour que son idéologie, son antisémitisme soient si extrêmes. Il manque donc des scènes révélatrices sur la nature de sa haine envers les juifs, des scènes qui montrent son formatage dans l’antisémitisme.
Cependant, on peut toutefois noter une volonté nette de donner dans l’authenticité. Car la plupart des scènes sont historiques et retracent parfaitement sa longue et sinueuse route vers le pouvoir : son premier passage en tant qu’intervenant au parti ouvrier allemand, son métier d’informateur après la guerre, la montée de son parti au pouvoir, etc… Ce qui est intéressant, c’est que l’on suit plusieurs personnages autour de la vie d’Hitler, et pas forcément les plus connus, comme sa principale aide financière, Ernst Hanfstaengl ainsi que sa femme ou encore celle du journaliste, Fritz Gerlich qui est l’un des premiers à voir le vrai visage d’Hitler, celui du fou, de l’imprévisible, du dangereux. Ces trois personnages, surtout les deux hommes, sont des proches d’Hitler de prime abord, mais sont vite rattrapés par la vérité et ne partagent aucunement son point de vue extrême sur les juifs, ni même sa façon de voir les choses en général. Au-delà de tout ceci, un véritable cheminement sur la personnalité d’Hitler est à relever et à apprécier, ça frôle parfois la diabolisation (l’enfant battu est forcément un futur adulte pourri ? l’homme refusé à ses études est forcément frustré ?), mais on note cette originalité, car peu d’œuvres auparavant ont pu réunir avec tant d’exactitudes la vie d’Hitler, son ascension au pouvoir. On a plutôt l’habitude de voir un Hitler pendant la guerre, sa suprématie, son déclin, ou tout simplement des œuvres en rapport avec la Shoah, mais guère son long chemin vers le pouvoir.



D’un point de vue cinématographique, le jeu d’acteurs est impressionnant. Personne ne surjoue, tout le monde est bien dans son rôle, authentique, là encore. Je pense notamment à Robert Carlyle et ses scènes où il monte au créneau (doux euphémisme), en éructant, son visage devenant colérique, ses yeux perçants… Bref, celle où il devient Hitler, l’orateur. Son visage donc, mais aussi sa gestuelle nous montrent à quel point il transcende son rôle de Führer empli de haine et de rage.
L’ambiance du film est glauque, à l’image d’Hitler. Effectivement, la photographie, les décors, les costumes… Ils retracent tous une volonté profonde de montrer l’horreur. Les images sont ternes, seul la couleur rouge (des communistes mais aussi de la croix gammée) ressort et devient hypnotique, rappelant la dangerosité d’Hitler face aux autres impuissants.
Ce qui conclut le film, ce sont des images accompagnés de courtes phrases sur le bilan de la guerre, et en général sur ce qu’a provoqué Hitler, à savoir une économie retombée à zéro, des morts, des camps, des essais médicaux, une société en flambeaux… Un lourd bilan, donc, que l’on reproche (à raison, bien entendu) à Hitler, et qu’on nous remet en pleine face afin que personne ne puisse oublier ce personnage et surtout les conséquences de ses actes haineux.

Hitler, la naissance du mal est pour moi un très bon (télé)film : on arrive à mieux percevoir comment un homme cruel, clairement intentionné et absolument haineux a pu arriver au pouvoir, grâce, ou plutôt à cause d’hommes inertes, mais aussi et surtout à cause d’une politique bancale, d’une Allemagne laissée pour morte par les pays vainqueurs et qui avait besoin de connaître des coupables et de se nourrir de fantasmes et d’une possible guérison. On dénote alors une facilité déconcertante, même si semée d’embuches, pour Hitler à accéder au pouvoir avec son idéologie. Il faut donc voir, pour tout saisir et tout comprendre, la version non-censurée et éviter avec hargne celle de TF1, qui en plus de nous prendre pour des imbéciles, est lourde d’incohérences. Ce film est assez original dans son traitement du personnage, car rares sont les fois où l’on nous a montré un Hitler avant la guerre et avant son titre suprême de Führer.

Bienvenue à Gattaca

Ayant revu Bienvenue à Gattaca il y a peu de temps, je voulais ressortir un article que j’avais écrit il y a des années.

Petite présentation de ceux qui ont fait le film :

Le réalisateur est Andrew Niccol, les acteurs principaux sont Ethan Hawke, Uma Thurman, Jude Law, Alan Arkin, Loren Dean
Bref, on n’a pas un casting de moules !

Passons au synopsis…

Dans un futur « pas si lointain », pour embaucher, nous ne discriminons plus sur la couleur de peau ou sur la religion… mais sur la génétique. Un simple test d’urine ou une prise de sang peut déterminer votre vie : laver par terre ou rentrer à Gattaca. Gattaca est un centre d’études et de recherches spatiales où les employés sont « parfaits » génétiquement, que ce soit dans leurs capacités intellectuelles ou physiques. Vincent veut faire partir de ces gens, son rêve depuis tout petit : visiter l’espace. Son seul problème, c’est qu’il n’est pas « parfait » : il a une espérance de vie plus que courte (30 ans), il est myope, et a des problèmes de cœur… Il est prêt à tout pour réaliser son rêve, il va même devenir un pirate génétique en se faisant passer pour un de l' »élite » avec l’aide de Jerome/Eugene, un être parfait mais en fauteuil roulant suite à un accident, dont il va prendre l’identité.

Bienvenue à Gattaca (ou Gattaca) est un film d’anticipation, l’anticipation d’un monde où la génétique règnerait. C’est donc un film sur l’eugénisme et ses dangers. Il y a en effet dans ce film, toute une série de références à l’ADN. Tout d’abord avec le titre du film « GATTACA » : cela se rapporte aux quatre nucléotides (élément de base de l’ADN), Guanine, Cytosine, Adénine et Thymine. Ensuite avec le deuxième prénom de Jerome, Eugene, faisant référence à l’eugénisme (l’art de « bien engendrer »), ou encore simplement l’escalier en colimaçon chez Jerome.

Gattaca pourrait également nous faire penser à 1984 d’Orwell. En effet, certains points se rencontrent : une société surveillée, presque manipulée et voulue comme sans écarts.

Les décors et les tenues des personnages nous font, quant à eux penser aux années 30… Comme un certain parallélisme avec le Nazisme et sa discrimination. Certes, celle-ci a changé dans le fond mais pas dans la forme.

Gattaca nous présente aussi et surtout l’histoire de deux frères, et de la rivalité qui en découle : le premier (Vincent) l’enfant de la « Providence » imparfait mais plus que déterminé et le second (Anton), son petit frère l’enfant conçu « in vitro » soit né comme « parfait ». L’aîné aura malgré sa génétique accès à un poste très « haut placé » (grâce à une usurpation d’identité) et le cadet malgré sa génétique si parfaite aurait accès à un poste plus « moyen ». On veut ainsi nous montrer qu’un code génétique ne déterminerait en rien l’obligation de la destinée d’une personne. Donc la volonté du personnage principal pour arriver à ses fins est considérable, il va se révolter contre l’ordre, le refuser.

Malgré un « oubli » médiatique, ce film qui a alors fait peu parler de lui est en fait une véritable réussite. Personnellement, la première fois que je l’ai regardé c’était lors d’un cours d’Anglais ennuyeux, je n’avais pas aimé mais je n’avais pas vu la fin, malgré mes appréhensions je me suis procuré ce film en version française cette fois-ci et ce fut une immense révélation. J’ai trouvé les acteurs dramatiques, justes, attachants bref, des rôles très bien menés. Un scénario d' »anticipation » assez apeurant mais très intéressant. Les dialogues sont géniaux, entre un mélange de froideur de la part de l' »élite » de Gattaca et de sentiments de la part du trio Vincent/Jerome, Jerome/Eugene et Irene. Les décors ou encore la bande originale suivent aussi dans les « points forts » du film, dont l’Impromptu de Schubert. Et même la fin dramatique est réussie et émouvante.

Quelques répliques qui m’ont marquée…

« Pour quelqu’un qui n’avait jamais été fait pour ce monde, j’dois avouer, que j’ai soudain du mal à le quitter. Bien sûr, on dit que chaque atome de notre corps faisait autre fois partie d’une étoile, peut-être que je ne pars pas… Peut-être que je rentre chez moi… »
(Vincent)

« – Combien y a-t-il de lancements par jour ? Une douzaine ?
– Quelquefois plus…
– Vous êtes le seul qui les regardiez tous. Si vous voulez faire semblant d’y être indifférent, ne regardez pas le ciel. »
(Irene et Vincent)

Un après-midi de chien

Voici le synopsis d’Un après-midi de chien (Dog Day Afternoon) de 1975, réalisé par Sidney Lumet :
Des gangsters débutants braquent une banque et se retrouvent cernés par la police et les médias. Ils prennent en otage les employés de la banque. Débute alors un cauchemar qui va durer des heures…
Ce film est tiré d’un fait divers : à Brooklyn, en 1972, deux hommes tentent de braquer une banque et retiennent en otage 9 employés : l’un meurt à la fin du hold-up, le second est envoyé en prison.

L’ouverture de ce film montre divers plans de New-York, le décor est planté, cela se passe, comme le titre du film l’indique, durant un « Dog day afternoon », un de ces jours du mois d’août caniculaire aux États-Unis. Trois bras cassés rentrent dans une banque avant la fermeture, leurs intentions : prendre l’argent et s’en aller très vite. Mais tout ne se passe pas comme prévu : ils ont été mal renseignés, l’argent a été transféré en début de journée, un des trois panique et part de la banque en s’excusant… Constatant l’absence d’argent, les deux autres veulent partir, mais trop tard, la police a été alertée.
Cette parodie de hold-up est vraiment navrante : on voit que ce braquage est le premier coup des deux hommes, nommés Sonny (Al Pacino) et Sal (John Cazale). Même la responsable des caisses se moque d’eux.

Ce film a divers aspects : social, humain et surtout ordinaire. En effet, le réalisateur se contente de la simplicité et de ne jamais dépasser cet ordinaire : la réalité suffit, il reste fidèle à la réelle histoire.

Toute l’histoire est concentrée sur Sonny : c’est lui qui a eu l’idée de ce braquage, seulement personne ne comprend pourquoi… Jusqu’au moment où Léon, son mari, débarque de l’hôpital et la police apprend (ainsi que toute la presse mobilisée) que Sonny voulait de l’argent pour payer l’opération du changement de sexe de Léon.
On voit donc un personnage ordinaire, maladroit, mais apprécié (les employés de la banque vont éprouver de la sympathie pour lui, et même le défendre), peu sûr de lui, avec une belle gueule, en gros sympathique. Sa vie est exposée au grand public et ce, malgré lui. Même la foule agglutinée dehors le soutient, Sonny devient un héros, un mythe moderne car il incarne à lui seul le porte-parole des problèmes sociaux des États-Unis d’Amérique.

Car c’est là que l’aspect social du film intervient. Effectivement, Sonny aborde lui tout seul toutes les failles de la société américaine. Tout d’abord, lors de ses apparitions en dehors de la banque, avec la police où cette grande gueule se moque de la police et hurle à tue-tête « ATTICA ! ». Pourquoi « Attica » ? Parce qu’à l’époque, la prison d’Attica connut une mutinerie : celle de prisonniers noirs, qui suite à la mort d’un activiste lors d’une tentative d’évasion se retournèrent contre les gardiens et révélèrent la violence, le racisme des gardiens et les conditions de détention générales au sein de la prison.

De plus, Sonny est désormais ouvertement homosexuel : la communauté gay le soutient, et à cette époque, l’homosexualité est un véritable tabou, se révéler homosexuel est plutôt mal perçu. D’autre part, le film aborde la « stupidité » des forces de police : deux bras cassés s’en prennent à une banque, ils sont inoffensifs, mais la police débarque avec des centaines d’hommes, des tireurs d’élite et compagnie.

Enfin, l’impact des médias est également évoqué : Sonny, qui n’a rien demandé à personne a certes, voulu braquer une banque, mais sa vie est exposée au grand jour à la télévision. Ils stigmatisent les déviances de Sonny et sont donc le reflet d’une bêtise crasse. Sonny devient donc une véritable icône : il a son quart d’heure de gloire. Il exprime tous les problèmes de la jeunesse, de la société américaine de l’époque.

Ce film réaliste est porté en toute évidence par un Al Pacino plus humain et ordinaire que jamais. Il n’interprète pas Sonny, il est Sonny. Il est humain, ressent les émotions que Sonny ressent. L’absence de musique (sauf au début) contribue également à cette part de réalisme : la volonté est de faire passer un message humain, ordinaire et social. Qui dit humain, dit émotions. Et toutes les émotions sont réunies, et le spectateur y prend part. Que ce soit la panique lors de l’arrestation, la pitié que les employés/otages ressentent pour les deux maladroits et même la tension de Sal, qui ne dit presque rien mais qui est effrayant. On ressent même l’écrasement, la chaleur provoqués par ce jour de canicule, ce « dog day ».

En conclusion : un film social, dépeignant avec réalité les problèmes de la société américaine des années 70 et décrivant un personnage complexe mais humain. Une composition magistrale d’Al Pacino. Un réalisme extrêmement bien réussi, grâce à Sidney Lumet.