Detention (2012)

Quand les années 2010 rencontrent les années 90, il y a forcément un ours, un voyage spatio-temporel, des OVNI, un tueur en série, des lycéens trop cool et un canadien pas sympa, non ?
Ok, je conçois, dit comme ça, ça donne pas envie et ça ressemble à Kung Fury version ado pour le moins déplaisante. Et pourtant ! Detention est un merveilleux melting-pot qui n’a aucune limite, si ce n’est de faire un bon film avec des bases piochées dans plusieurs genres. En fait, le film pioche tant au niveau de l’épouvante-horreur (et surtout du slasher), que dans la comédie, la science-fiction ou le teen-movie, sans être forcément un hommage aux films de chaque genre. Bien sûr, il s’en inspire à de nombreuses reprises, mais il fait son petit bonhomme de chemin et crée son univers bien à lui.
C’est pour ça que je m’attendais à voir, au mieux, un film divertissant, au pire, un navet immonde, incompréhensible surfant sur la vague des comédies horrifiques pour ados en manque d’Edgar Wright et de John Hughes (j’aime ces deux réalisateurs, ok ?). Ce que j’ai vu dépasse tout ce que j’ai pu imaginer : j’ai découvert une putain de pépite et j’ai eu un énorme coup de cœur pour ce film.

Synopsis : Riley est une lycéenne loseuse. Sa meilleure amie qu’elle ne reconnaît plus sort avec Clapton, l’amour secret de Riley. Et comme si ça ne suffisait pas, un tueur en série sorti tout droit d’un slasher movie sévit dans le lycée, tous sont suspectés.

Detention nous offre donc une histoire avec une machine à remonter le temps, des voyages spatio-temporels et un tueur qui s’en prend à des lycéens qui ont un sens de la répartie extraordinaire. Ça pourrait se compliquer plus d’une fois, être totalement incompréhensible même, mais le film fait tout pour nous éviter de nous prendre la tête et ça s’avère payant puisque le tout est assez clair : on nous explique de façon concise ce qui se passe sans rentrer dans les détails, et tant mieux. Ce qu’on veut c’est se marrer un bon coup, non ? Ainsi, si vous souhaitez une histoire qui n’implique aucune des données que j’ai évoquées plus haut et quelque chose de bien réfléchi, je vous recommande de passer votre tour. L’œuvre est totalement décomplexée, elle arrive vraiment bien à composer avec éléments qu’elle pioche assez intelligemment dans les divers genres et sous-genres : on sent que le réalisateur a voulu s’amuser avec des codes bien définis pour mieux les faire s’affronter, ou du moins, les faire fonctionner ensemble pour voir les combinaisons possibles. Et on peut dire que c’est réussi puisque le film commence par une sorte de tutoriel de la vie d’une reine des abeilles d’un lycée et finit par un affrontement final entre un tueur en série et deux adolescents, en passant par un voyage dans les années 90 et un vis ma vie de loseuse. C’est un univers déjanté, qu’on nous présente et totalement assumé j’vous dis ! Le pire ? C’est qu’on se laisse facilement prendre au jeu et qu’à aucun moment, on se demande ce qu’on fout là. Allez, au pire on se demande à quelle drogue tourne l’équipe de tournage, mais sans plus. Sincèrement, on passe un bon moment wtfesque à regarder Detention, tout en rigolant comme des loutres la plupart du temps.

Les personnages sont très bien écrits et sont chacun un cliché : la loseuse dont j’ai déjà parlé qui est notre personnage principal, son ennemie-amie cheerleader qui a échangé sa place avec sa mère, le tant convoité cancre hyper mignon par toutes les minettes du lycée, le gars fou amoureux de la loseuse qui s’en fout de lui et qui donc, est lui aussi un loser (je crois que je vais vous perdre là), un principal de lycée ravagé, un canadien qui est le personnage wtf du film… Bref, on pourrait s’arrêter sur chaque personnage pour en écrire des tonnes, car certes, ils représentent tous un cliché, mais ils arrivent à aller au-delà et dépasser leurs stéréotypes pour nous offrir des performances d’une part justes, et d’autre part, jouissives. Parce qu’aucun d’eux, à l’instar du film, ne se prend au sérieux, ce qui fait qu’entre l’écriture de leurs personnages et le script, ceux-ci nous offrent des bonnes punchlines et réussissent à nous faire rire, parfois en ne disant qu’un mot (voire aucun). Les situations dans lesquelles se retrouvent les personnages sont souvent déjantées et loufoques, ils se cassent la gueule un bon nombre de fois, ont une répartie de dingue (oui j’l’ai déjà dit, je sais) et peuvent se retrouver dans des situations en en faisant des tonnes, sans que ça paraisse trop gros non plus.
A côté de ça, les décors sont plutôt cool et arrivent à nous plonger dans l’univers voulu, aidés par la bande originale qui est complètement énorme (une bande son qui réunit Jump around de House of Pain et MMMBop des Hanson, c’est forcément bien, non ?), tout comme les costumes qui révèlent les clichés de la mode des années « old school ». Même son générique de début est magnifique.

En somme, c’est un bon gros délire qu’est ce melting-pot (bordel pour ses ennemis ?), qui vous fera passer un excellent moment.
Bon puis, y’a quand même Josh Hutcherson qui a fait fondre mon petit cœur de beurre.
(Y’a Shanley Caswell pour la gente masculine, on s’calme.)

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Bienvenue à Gattaca

Ayant revu Bienvenue à Gattaca il y a peu de temps, je voulais ressortir un article que j’avais écrit il y a des années.

Petite présentation de ceux qui ont fait le film :

Le réalisateur est Andrew Niccol, les acteurs principaux sont Ethan Hawke, Uma Thurman, Jude Law, Alan Arkin, Loren Dean
Bref, on n’a pas un casting de moules !

Passons au synopsis…

Dans un futur « pas si lointain », pour embaucher, nous ne discriminons plus sur la couleur de peau ou sur la religion… mais sur la génétique. Un simple test d’urine ou une prise de sang peut déterminer votre vie : laver par terre ou rentrer à Gattaca. Gattaca est un centre d’études et de recherches spatiales où les employés sont « parfaits » génétiquement, que ce soit dans leurs capacités intellectuelles ou physiques. Vincent veut faire partir de ces gens, son rêve depuis tout petit : visiter l’espace. Son seul problème, c’est qu’il n’est pas « parfait » : il a une espérance de vie plus que courte (30 ans), il est myope, et a des problèmes de cœur… Il est prêt à tout pour réaliser son rêve, il va même devenir un pirate génétique en se faisant passer pour un de l' »élite » avec l’aide de Jerome/Eugene, un être parfait mais en fauteuil roulant suite à un accident, dont il va prendre l’identité.

Bienvenue à Gattaca (ou Gattaca) est un film d’anticipation, l’anticipation d’un monde où la génétique règnerait. C’est donc un film sur l’eugénisme et ses dangers. Il y a en effet dans ce film, toute une série de références à l’ADN. Tout d’abord avec le titre du film « GATTACA » : cela se rapporte aux quatre nucléotides (élément de base de l’ADN), Guanine, Cytosine, Adénine et Thymine. Ensuite avec le deuxième prénom de Jerome, Eugene, faisant référence à l’eugénisme (l’art de « bien engendrer »), ou encore simplement l’escalier en colimaçon chez Jerome.

Gattaca pourrait également nous faire penser à 1984 d’Orwell. En effet, certains points se rencontrent : une société surveillée, presque manipulée et voulue comme sans écarts.

Les décors et les tenues des personnages nous font, quant à eux penser aux années 30… Comme un certain parallélisme avec le Nazisme et sa discrimination. Certes, celle-ci a changé dans le fond mais pas dans la forme.

Gattaca nous présente aussi et surtout l’histoire de deux frères, et de la rivalité qui en découle : le premier (Vincent) l’enfant de la « Providence » imparfait mais plus que déterminé et le second (Anton), son petit frère l’enfant conçu « in vitro » soit né comme « parfait ». L’aîné aura malgré sa génétique accès à un poste très « haut placé » (grâce à une usurpation d’identité) et le cadet malgré sa génétique si parfaite aurait accès à un poste plus « moyen ». On veut ainsi nous montrer qu’un code génétique ne déterminerait en rien l’obligation de la destinée d’une personne. Donc la volonté du personnage principal pour arriver à ses fins est considérable, il va se révolter contre l’ordre, le refuser.

Malgré un « oubli » médiatique, ce film qui a alors fait peu parler de lui est en fait une véritable réussite. Personnellement, la première fois que je l’ai regardé c’était lors d’un cours d’Anglais ennuyeux, je n’avais pas aimé mais je n’avais pas vu la fin, malgré mes appréhensions je me suis procuré ce film en version française cette fois-ci et ce fut une immense révélation. J’ai trouvé les acteurs dramatiques, justes, attachants bref, des rôles très bien menés. Un scénario d' »anticipation » assez apeurant mais très intéressant. Les dialogues sont géniaux, entre un mélange de froideur de la part de l' »élite » de Gattaca et de sentiments de la part du trio Vincent/Jerome, Jerome/Eugene et Irene. Les décors ou encore la bande originale suivent aussi dans les « points forts » du film, dont l’Impromptu de Schubert. Et même la fin dramatique est réussie et émouvante.

Quelques répliques qui m’ont marquée…

« Pour quelqu’un qui n’avait jamais été fait pour ce monde, j’dois avouer, que j’ai soudain du mal à le quitter. Bien sûr, on dit que chaque atome de notre corps faisait autre fois partie d’une étoile, peut-être que je ne pars pas… Peut-être que je rentre chez moi… »
(Vincent)

« – Combien y a-t-il de lancements par jour ? Une douzaine ?
– Quelquefois plus…
– Vous êtes le seul qui les regardiez tous. Si vous voulez faire semblant d’y être indifférent, ne regardez pas le ciel. »
(Irene et Vincent)