Birdman (2015)

Je commence par quoi : la mise en scène, l’interprétation, l’histoire, la critique de la célébrité dépeinte dans le film… ?
Aucune idée, alors ça va vous être déposé comme ça vient dans mon esprit.
Tout d’abord, il est difficile de passer à côté de Birdman, tant ces temps-ci à cause de la course aux récompenses (Oscars et consorts), et tant dans le fait que ce film est tellement encensé que même le plus reculé des troglodytes veut le voir. Le pitch ne nous promet rien de précis et encore moins quelque chose de véritablement incroyable : un acteur déchu tente de se refaire une place dans la célébrité en montant une pièce à Broadway. Qui aurait pu penser que sous ses airs bien lourds, ce synopsis allait nous faire décoller (tous sens du terme acceptés) ? Surtout pas moi. Birdman tape sans ménagement dans la machine à faire des stars : Hollywood. Sa critique est dure sans pour autant être dénuée d’humour, c’est donc délicieusement cynique. On voit donc le réel dessous des stars qui, entre l’absence d’humilité, la volonté d’être au-devant de la scène pour être aimé, la puissance des critiques (au regard plus que biaisé) et le côté artistique qui lie chaque personnage, n’ont plus trop de paillettes une fois la caméra éteinte. Telle une mise en abyme réussie, Birdman critique ses propres acteurs : notamment un Michael Kaeton dans un rôle sur mesure, ayant rayonné avec Bat/Birdman mais désormais sur le déclin, tentant de refaire surface avec un coup de maître (Birdman/la pièce), mais aussi la consommation presque inévitable de drogue dans le milieu (Emma Stone), l’artiste performeur (Edward Norton)…

La mise en scène, soit un unique plan séquence de 2h est intéressante bien que dérangeante dans les premières minutes. Là encore, ce plan s’inscrit dans la mise en abyme de Birdman, la caméra nous invite à assister à quelques moments de la vie de ces acteurs, à les survoler pour passer à autre chose, un peu comme si le spectateur était transformé en succès et que l’on s’arrêtait quelques minutes sur certains pour repartir vers d’autres. D’autres points assez dérangeants de prime abord, c’est de mêler à notre histoire de la fiction (Birdman himself) et de la folie (Keaton himself). Pensant que ce mix peu ragoûtant rajouté au réalisme du film ne peut donner quelque chose de bon, on se trompe. Les scènes valent de l’or, notamment la traversée de Broadway par Keaton dans son plus simple appareil, Norton et Stone sur le toit et le pétage de câble de Norton à l’avant-première de la pièce. Les dialogues cyniques, désespérés et tellement vrais des acteurs viennent confirmer leur don, tout comme celui du réalisateur qui a réussi à nous emporter ailleurs pour quelques heures. Pour finir, j’ai bien envie d’insister sur le jeu d’acteurs puissant et intéressant : Norton pète son câble à la manière d’un Durden survolté, Stone se fait camée, Keaton avec un égo surdimensionné… Watts et Galifianakis n’en restent pas moins mauvais.

 

Dépêchez-vous d’apprécier, avant que la critique ne vienne détruire ce bon moment et nous fasse passer à autre chose.

Imitation Game (2015)

Imitation Game raconte l’histoire du mathématicien britannique Alan Turing qui, lors de la Seconde Guerre Mondiale, a été chargé par son gouvernement de déchiffrer les codes de la machine Enigma utilisée par les allemands et leurs alliés.



Le film nous présente Alan à différents moments de sa vie : adolescent martyrisé par ses camarades d’école, mathématicien talentueux lors de la guerre et l’homme mourant condamné par les autorités pour indécence. Les récits de ces trois parties de sa vie s’entrecroisent durant toute la durée du film, elles permettent au spectateur de mieux comprendre les faits et gestes d’Alan ainsi que leurs causes et conséquences, cependant, le récit était parfaitement clair, on ne se trouve jamais perdu dans l’histoire, le but n’est clairement pas de mettre à mal le spectateur.


En tant que biopic, Imitation Game prend le risque de devoir faire un travail de vérité tout en s’accordant quelques passages romancés. Ne connaissant pas la vie d’Alan Turing en dehors de ses travaux sur Enigma, il m’a été difficile de détecter le faux du vrai, d’autant plus que l’œuvre détient de nombreuses inexactitudes, minimes certes, mais existantes. Elles relèvent surtout de l’idéalisation des personnages (leur véritable nombre était beaucoup plus élevé, les décisions prises par le groupe étaient quasi inexistantes, la marginalisation d’Alan a été plus qu’exagérée, la fin de vie et la mort du personnage…) et de tout le contexte historique éludé (l’intelligence artificielle, l’homosexualité…). Imitation Game a donc voulu romancer l’histoire d’un homme « méconnu » à qui l’on doit des avancées technologiques majeures, même si une bonne partie du film sonne juste, certaines scènes sont peu crédibles voire tirées par les cheveux et des passages sont survolés. Malgré tout, on garde l’essentiel sur la vie de cet homme qui a permis au monde non seulement d’écourter la seconde guerre mondiale (des historiens estiment que les travaux sur Enigma ont raccourci la guerre de deux ans et ont permis à des milliers de vie d’être sauvées), mais aussi de faire des découvertes impressionnantes, qui a été oublié voire rejeté durant la fin de sa vie. Autant biopic que drame, la vie d’Alan Turing est touchante.

D’abord présenté comme un personnage présomptueux et presque arrogant, Alan Turing s’adoucit au fur et à mesure, loin de l’homme sûr de lui et méprisant, il devient en effet un être attachant. Alors si on me demande comment je trouve la performance de Benedict Cumberbatch dans ce film, je répondrais qu’elle est bien exécutée et juste. Les autres acteurs ne sont pas mauvais non plus : Keira Knightley est enfin appréciable à mes yeux depuis des années, Matthew Goode (Ozymandias dans les Watchmen) est assez sympathique, quant aux autres rôles plus secondaires, ils se révèlent tout aussi bons.



Les autres atouts du film, outre l’interprétation, résident dans les lieux, les décors et les costumes magnifiques nous plongeant directement à la première moitié du XXème siècle. La musique est sobre mais révèle toute la tension dramatique liée au personnage d’Alan : des moqueries en passant par l’incompréhension de ses pairs, jusqu’à sa fin tragique. Les images d’archives ainsi que les discours de l’époque sont bien intégrés et utilisés, ils ne sont jamais présentés dans l’excès ni l’incohérence.

Ses défauts sont présents dans l’exactitude historique, la crédibilité de certains passages, mais aussi l’ambition du film : certains passages semblent téléphonés (l’interrogatoire d’Alan ou encore la fameuse scène du choix de l’équipe de ne rien révéler quant au secret d’Enigma…) voulant taper dans le dramatique à tout prix. Certains aspects du film m’ont chiffonnée, notamment le début du film où Alan ne cesse de répéter à son interlocuteur (le spectateur aussi ?) d’être bien attentif. Non seulement ça m’a fait penser au Prestige, donc je m’attendais limite à ce qu’on me sorte un « Abracadabra », mais en plus, je n’ai pas compris l’utilité d’une telle ouverture puisque rien dans le récit n’est incompris ou étrange. Ce qui m’a dérangée également, c’est comme je l’ai dit plus haut, la trop grande ambition du film. Certes, l’œuvre est pressentie pour remporter un grand nombre de distinctions, mais j’ai eu l’impression de regarder un film à oscars : du choix de l’histoire à la réalisation en passant par la mise en scène, j’ai senti une volonté d’en faire beaucoup voire trop pour plaire. L’histoire est je le répète intéressante, mais son traitement est parfois tellement « intellectuel » que l’on a juste la sensation que le film a été produit dans le seul but de rafler tous les prix possibles. Dans ce sens, Imitation Game m’a fait penser à J. Edgar, sorti quelques années plus tôt, ce dernier a pratiquement eu les mêmes techniques : biopic historique, scènes parfois excessives, personnage torturé, casting plus qu’appréciable, sortie du film à la même époque… 


En conclusion, Imitation Game est un film qui sonne parfois faux, l’histoire intéressante est survolée au profit du dramatique. On sent bien que le réalisateur a tout voulu mener de front (entre l’un des décryptages les plus importants de l’histoire, l’homosexualité du personnage, sa relation avec les autres…) et s’y perd un peu, nous laissant en plant et dans l’attente de davantage de profondeur. Malgré tout, je trouve le film bon, l’interprétation et le récit sont notamment ses principaux atouts.

Happiness therapy (Silver linings playbook)

Hier soir, j’ai eu la chance de trouver en exclusivité ce film en VO et en excellente qualité avant sa sortie au cinéma… Ce film, c’est Happiness therapy, ou plutôt Silver linings playbook dans la version dans laquelle je l’ai vu.

Every cloud has a silver lining…

SLP, c’est l’histoire de Pat (Bradley Cooper), qui sort d’un hôpital psychiatrique pour avoir tabassé méchamment l’amant de sa femme. Il a tout perdu : job, maison, famille, il retourne donc chez ses parents, dont le génial Robert de Niro en Pat Sr.. Il rencontre une jeune veuve, Tiffany (Jennifer Lawrence) qui lui propose un deal : s’il l’aide à remporter un concours de danse, elle l’aidera à reconquérir sa femme.

Car on nous parle d’abord de souffrance, celle de la perte d’un être cher (dans la séparation et dans la mort) et de la réhabilitation sociale après une importante coupure (l’un est dans un hôpital psychiatre, l’autre a hiberné après le décès de son mari)… On pourrait d’abord croire à un film triste et dramatique, mais pas du tout. Tout est comique et les personnages se montrent d’une férocité désarmante pour clamer leur envie de vivre, de renaître et de nouveau se sentir eux-mêmes. On a donc un véritable optimisme qui s’opère ici, les personnages, malgré leur souffrance restent optimistes et ça donne un grand bol d’air frais à l’histoire.

Folie, vous avez dit folie ?
Ici, c’est à celui qui rendra le plus dingue l’autre et qui sortira plus des sentiers battus pour nous faire décocher en premier un sourire : Tiffany qui pète les plombs toutes les deux secondes, mais sans jamais nous lasser ni nous laisser dans la bouche ce goût de lourdeur et Pat Jr. qui ne comprend plus rien mais qui pète ses petits câbles à ses moments perdus…

Des scènes qui donnent la pêche
Je le répète, les scènes de pétages de plombs entre les deux protagonistes sont savoureuses, mais il n’y a pas que ça, même si elles sont nombreuses (et Dieu merci !). En effet, les scènes entre Pat Jr. et ses parents sont tout aussi drôles, les scènes de répétition de danse sont exquises et nous donnent la patate ou encore, la scène finale qui n’est pas sans rappeler un certain Little miss sunshine, mais chut, pas de spoiler !

Des personnages détonants !
C’est ce que nous offre SLP avec sa magnifique distribution…
Pat Jr. est un bipolaire qui court avec un sac poubelle par-dessus son sweat, Tiffany, une jeune veuve complétement dingue qui crie tout le temps, Pat Sr. est un papa qui fait tout pour que son fils aille mieux.
On a le droit également à des seconds rôles vraiment sympathiques, comme ceux de Chris Tucker, Jacki Weaver ou encore John Ortiz.
En bref, d’excellentes performances dont on comprend la nomination aux Oscars.

Bon visionnage !

Cría cuervos (1976)

Cría cuervos est un film espagnol réalisé par Carlos Saura avec Géraldine Chaplin et Ana Torrent dans les rôles principaux.
Ce film a remporté le grand prix du Jury au Festival de Cannes.
Il a également bénéficié d’une deuxième sortie au cinéma en 2007.

A Madrid dans les années 70, Ana, 9 ans, a été témoin de la mort de son père (dans les bras de sa maîtresse) et de sa mère (morte de chagrin). Élevée par sa tante Paulina, elle refuse le monde des adultes et se réfugie dans ses souvenirs et imagine sa mère vivante…

Un film sur le franquisme…

Tout d’abord, ce film est métaphoriquement équivoque au franquisme. Ce n’est peut-être pas décelable au premier abord à notre époque et dans notre pays, mais en replaçant le film dans son contexte, on y voit tous les personnages de la période franquiste réunie : le père incarne le franquisme, il est militaire et est le symbole de Franco, la mère se veut républicaine, quant à Ana, elle incarne la jeunesse pleine d’incertitudes et d’espoir des années post-Franco.
Le titre du film est plus qu’évocateur, il vient du proverbe espagnol « Cría cuervos y te sacarán los ojos » (Nourris les corbeaux et ils t’arracheront les yeux).

Le thème de la mort est omniprésent

Comme je vous l’ai dit plus haut, Ana a été témoin de la mort de ses deux parents.
Elle tient son père pour responsable de la mort de sa mère et imagine le tuer avec du poison. Cette pensée, à 9 ans est très froide et marque une très forte tension.
D’ailleurs, tout le film nous rappelle sans cesse la mort : la vision des parents morts, l’imagination de l’assassinat du père et de la tante.
Même les scènes et les images en imposent. En effet, Cría cuervos est dénué de musique (sauf la chanson Porqué te vas, mais j’y reviendrai plus tard) et les images sont cliniques, froides et presque diaphanes.

Mais surtout, il y a cette volonté de montrer la cruauté de l’enfance

A 9 ans, être témoin de la mort de ses parents est assez difficile à vivre, vous en conviendrez. C’est pourquoi Ana s’enferme dans son monde et tente de faire revivre sa mère par tous les moyens possibles, même si, au final, elle n’y arrive pas et sa mère n’est définitivement plus là.
Ana pense en effet pouvoir faire revivre (sa mère) et tuer (son père) qui elle a envie et quand elle le décide.
Son enfance a été volée, non seulement par le contexte politique et puritain où les enfants n’ont guère le droit à la parole dans lequel elle a été élevée mais aussi et surtout par son père qui est responsable de la mort à petit feu de sa mère.
Souvenirs, flashbacks, futur, tout s’entremêle sans jamais nous faire perdre le fil du film : tout est compréhensible malgré ce méli-mélo de scènes qui s’entrechoquent dans la tête d’Ana et sous nos yeux.
Elle veut fuir la réalité et s’abandonne en écoutant Porqué te vas de Jeanette, chanson qui revient à deux reprises : une fois lors d’un rare moment où elle s’amuse et danse avec ses sœurs (la scène est ici.) et une autre fois, lors du générique qui nous offre un plan des trois sœurs allant à l’école puis centré vers le ciel… Cette scène de fin nous montre alors une sorte d’espoir pour le futur d’Ana.

Bonne découverte ou revisionnage !

La chanson de Jeanette.
Trailer.

Le Septième Sceau (1956)

Le Septième Sceau (originalement Det Sjunde Inseglet) d’Ingmar Bergman a obtenu de nombreuses critiques positives et notamment le Prix du Jury au Festival de Cannes de 1957 où il fut remarqué et salué.

Synopsis

Ce film conte l’histoire d’un chevalier, Antonius Block (Max von Sydow), tout juste revenu des Croisades avec son écuyer Jöns (Gunnar Björnstrand) qui rencontre la Mort (Bengt Ekerot) sur une plage déserte. Le chevalier demande un sursis à cette dernière en lui proposant une partie d’échecs (inspirée par la peinture d’Albertus Pictor intitulée La Mort jouant aux échecs) espérant ainsi pouvoir repousser son échéance et connaître la vérité sur ses questions métaphysiques : Dieu existe-t-il ? Si oui, qui est-il ? La peste qui ravage le pays est-elle celle racontée dans la Bible, dans le livre de l’Apocalypse ?
Alors que la partie commence à tourner en sa défaveur, le chevalier et son écuyer rencontrent un couple de comédiens, Jof et Mia, et prennent plaisir à goûter à leur insouciance, leur vision de la vie et à leur simplicité.

Significations

Le titre du film provient d’une des phrases de l’Apocalypse de la Bible : « Lorsque l’Agneau ouvrit le septième sceau, il se fit dans le ciel un silence d’environ une demi-heure ». Les sept sceaux sont un résumé de ce que l’humanité a vécu : famine, guerre, peste… Et ces sceaux promettent toutes ces catastrophes aux humains mais aussi la prédiction de la fin du monde. Ces sept sceaux sont donc la prophétie de la fin, de l’Apocalypse. Et le septième sceau est le dernier sceau qui permet d’ouvrir et de connaître la vérité et de révéler à tous les secrets de l’Apocalypse.
D’ailleurs, dans le film, plusieurs passages de la Bible et surtout de l’Apocalypse sont cités.

On pourrait ainsi dire que Le Septième Sceau est un film personnel où Bergman se pose les mêmes questions existentielles que le chevalier sur le sens de la vie et sur la quête de Dieu et de son existence. Bergman est Block face à la Mort, demandant la vérité.

Le jeu d’acteurs

Les acteurs réalisent leur performance avec talent, Max von Sydow, que l’on a notamment pu voir dans L’Exorciste ou plus récemment dans Shutter Island est excellent. Bibi Andersson (Mia), Nils Poppe (Jof) et Gunnar Björnstrand (Jöns), même s’ils ont des rôles plus secondaires se révèlent être des personnages très importants. En effet, les deux premiers représentent pour le chevalier la légèreté de la vie et les acteurs sont vraiment très convaincants. Le troisième, qui joue l’écuyer représente quant à lui une certaine idée du néant, donc un certain refus de Dieu et de son existence, ce que Block refuse.
Ainsi, ce trio d’acteurs secondaires représentent des visions de la vie que Block ne peut accepter : les deux premiers se réjouissent d’un rien, le troisième ne croit en rien et est assez pessimiste. Block ne trouve pas sa place entre ses deux « options » et tente donc en vain de questionner la Mort qui ne peut lui donner de réponse car elle se dit « sans secrets ».

Le contraste

Le film oscille toujours entre le Bien et le Mal, entre le personnage de la Mort et du couple de baladins, donc entre la Mort et l’Amour, entre la peste et la frivolité de Mia et Jof
En effet, Le Septième Sceau nous emporte dans une danse macabre, dans la même danse que Block où l’on est sans cesse tiraillé entre le bon et le mauvais, entre les questionnements… Mais la fin ne nous permet pas d’avoir nos réponses tout comme Block n’a pas les réponses auxquelles il voulait accéder avant de mourir. Sa vie et ses rencontres ne lui ont pas permis de trouver la foi et d’avoir accès à la révélation de Dieu, il ne connaît pas la vérité et reste dans sa problématique existentielle.

La scène finale est incroyable, sombre et belle en même temps. Les images présentées sont magnifiques, notamment celles de la partie d’échec au bord de la plage. En voici l’exemple :

Conclusion

Ce film suédois en noir et blanc est donc à voir, juste pour la curiosité (puis si vous avez aimé Last action hero, c’est un plus). Il nous dresse un portrait d’une quête sans fin à laquelle personne n’a de réponse.
J’ajouterai qu’il m’a été délicat de faire cet article pour la simple et bonne raison que j’ai été emportée par l’envie de voir ce film depuis longtemps mais qu’il n’a pas répondu à mes espérances. Je ne dis pas par là qu’il m’a déçue, bien au contraire, mais comme je l’ai précisé, aucune réponse ne nous est donnée et cela est frustrant.

Polisse (2011)

Polisse.
Je l’ai découvert grâce aux Césars du cinéma récemment. Comme je me sentais bien conne à n’avoir vu aucun des films présentés, j’ai voulu me rattraper et je suis tombée sur Polisse. Et c’est franchement sans regret.

Alors pour le casting, les récompenses et tout ça, Polisse c’est un film de et avec Maïwenn, mais aussi avec Karin Viard, Joey Starr, Marina Foïs ou encore Nicolas Duvauchelle.
Ce film a reçu le prix du Jury à Cannes, aux prix Lumières, celui du meilleur réalisateur et a été nominé dans de nombreuses catégories et a remporté d’autres récompenses.

Le pitch de Polisse :
Tout d’abord, on doit les deux « s » de « Polisse » à une faute du fils de Maïwenn. Ça c’est pour l’anecdote.
Pour ce qui est de l’histoire, on est tout droit plongés dans une brigade de la police : la BPM, autrement dit, la Brigade de Protection des Mineurs de Paris. Où l’on rencontre toute une équipe de policiers est chargée de traquer les pédophiles, les parents maltraitants, mais aussi les jeunes à la dérive et tous les autres problèmes de mœurs liés aux enfants, adolescents et leur entourage. Mélissa, une photographe vient dans cette brigade pour faire un portfolio du travail des policiers, ce qui n’est pas au goût de tout le monde…

Un jeu d’acteurs assez impressionnant
J’étais réticente quant au fait de voir Joey Starr en tant qu’acteur. Le personnage ne me plaisant guère, j’émettais des réserves et j’ai été incroyablement surprise. Alors certes, il est la tête brûlée de la bande, mais il montre beaucoup d’humanité et d’empathie.
Marina Foïs, quant à elle m’a étonnée. Je n’ai pas l’habitude de la voir dans des rôles dramatiques et je dois avouer que sa prestation m’a séduite et conquise. Elle se révèle petit à petit dans ce film, on comprend non seulement qu’elle est l’un des personnages clés du film, mais aussi et surtout, on nous sous-entend qu’elle est aussi une victime.
Les autres acteurs, que je n’avais pour la plupart jamais vus sont eux aussi brillants et composent leurs rôles respectifs à merveille.
J’émets seulement une réserve sur Maïwenn. En effet, je la trouve tout simplement inutile dans ce film. Je ne comprends pas pourquoi elle a voulu faire ce personnage. En fait, le rôle de la photographe est un faux prétexte pour amorcer le film, son personnage n’a nulle importance dans ce film, pire, elle passe pour une gourdasse et c’est un des points noirs du film.

Un peu de voyeurisme…
Il aurait été difficile de faire un film comme celui-là sans sombrer dans le voyeurisme. Et malheureusement, Maïwenn n’a pas pu empêcher cela. Rien que par son personnage de photographe qui vient mitrailler des enfants qui pleurent, des familles en détresse, elle nous dresse un tableau presque malsain et misérabiliste des victimes. Comme si ces victimes n’étaient que des clichés et qu’il n’y avait aucune profondeur dans ces histoires : elle, elle a été violée, lui, il s’est fait martyrisé… Dans les affaires traitées, on a l’impression de déjà tout connaître : entre le père marocain qui veut marier sa fille mineure avec un cousin au pays, la mère malienne qui « abandonne » son enfant à la police pour que celui-ci n’ait plus à vivre dans la rue ou encore la descente dans un camp de roms où tous les gosses sont embarqués pour aller dans un foyer… Tout cela est mitraillé sans relâche par cette potiche bourgeoise de Mélissa (Maïwenn) qui veut ses photos, peu importe le sort des victimes.

…mais beaucoup de réalisme
Maïwenn ne passe pas par quatre chemins pour montrer les habitudes de cette brigade, preuve en est, on nous laisse devant des scènes, des paroles crues et directes. Entre les « Papa me gratte les fesses » et les « J’imagine que je fais l’amour à ma fille… Ça vous choque ? », on écoute aussi bien les victimes que les auteurs des incestes et viols. Le spectateur n’est pas ménagé, c’est trash, mais c’est comme ça. D’ailleurs, lors d’une conversation (engueulade) avec sa femme, le chef de la brigade crie « C’est dit comme ça parce que c’est comme ça ! ».
Polisse met également un point d’honneur à mettre en avant le conflit générationnel entre les policiers et les jeunes de maintenant qui baisent, sucent et s’enculent à tous les râteliers sous n’importe quel prétexte. Des répliques édifiantes viennent montrer à quel point ce choc générationnel est existant, en effet, à un moment, une jeune crie dans les locaux « A 14 ans, on baise, on suce, c’est ça la vie ! Regardez un peu la télé, j’sais pas, mettez-vous à jour ! ».
Vous vouliez voir un film Bisounours où toutes les victimes s’en remettent et les méchants sont en prison ? Changez de film, Polisse, c’est pas ça. Polisse, c’est la réalité. Et pourtant, le générique de début du film qui utilise le thème de L’île aux enfants pourrait nous faire croire que si, mais je vous assure que non.
De plus, l’aspect privé des policiers est lui aussi abordé, on veut nous montrer que ce sont eux aussi des personnes avec leurs problèmes : divorce, amours cachées, engueulades… On se prend d’affection pour ces policiers qui doivent non seulement gérer leur vie quotidienne et leur vie professionnelle.
On passe aussi par les problèmes de hiérarchie, les jalousies entre services…

Cependant, l’une des grandes forces de Polisse est son rythme. Effectivement, pour casser ce côté sombre et dramatique, elle désamorce les situations et met en avant les vies des policiers, mais aussi et surtout leurs fous rires face à certaines situations.
Une ado gothique qui fugue, on entend Fred (Joey Starr) répliquer : « Quand tu l’as chez toi, faut pas éteindre les lumières. T’es sûr que c’est pas ses parents qui ont fugué ? »
Une fille suce des mecs pour récupérer son téléphone portable, ce même Fred demande « Et pour un ordinateur, tu fais quoi ? » et Iris (Marina Foïs) renchérit « Eh ! J’ai perdu mon portable ! ».
Ces situations provoquent fous rires chez le spectateur qui a auparavant entendu et vu des choses crues, dont notamment, l’IVG d’une jeune fille qui s’est fait violer et dont le fœtus est au premier plan d’une scène sous les yeux médusés d’Iris.

En résumé
Ce film est un véritable choc, tant pour les yeux que pour les oreilles. Malgré son côté voyeuriste et le personnage de la courge vite effacés par du réalisme pur et dur, Polisse nous en envoie plein la face et dépeint avec force et vérité les mœurs qui arrivent autour de nous.
Le côté vie privée des inspecteurs appartient lui aussi au côté réaliste, chacun a ses problèmes, comme dans la vraie vie, ils sont pas tous bien dans leurs pompes et on nous le fait savoir. Même s’ils arrivent à se détendre de temps en temps, ils sont souvent ramenés à la difficulté psychologique que leur apporte leur travail et qui entache leur vie familiale et affective.

J. Edgar de Clint Eastwood

Un casting de rêve (Eastwood, DiCaprio, Watts ou encore Dench) dans un objectif : réaliser un biopic sur le fameux « papa » du FBI, John Edgar Hoover.

Le film s’ouvre sur un John Edgar (qui veut se faire appeler « Edgar ») jeune, ambitieux et immensément patriotique. Son envie, voire son but ultime, c’est de combattre les ennemis de l’intérieur, les « rouges », en un mot, les communistes. Il devient peu à peu un homme important, son ascension rapide est retranscrite un peu à la louche : on passe très vite d’un petit bureaucrate à l’ouverture du Bureau des Investigations où il est le numéro 2.

C’est peut-être ce qui déboussole le spectateur dans ce film. Effectivement, J. Edgar se pose sur l’homme, sur ses émotions, en fait sa vie, plutôt que sur son histoire et sa politique.
On peut dire que J. Edgar est en fait un biopic « intime » où est réservé le traitement humain du personnage, et non son histoire, comme on aurait pu s’y attendre.

Le personnage terrible, J. Edgar

Les nombreux flash-backs et retours dans le présent peuvent eux aussi dérouter mais sont au moins l’outil de la transposition de la vie d’Edgar.
Ces flash-backs sont réussis et nous en mettent plein les yeux : Edgar rentre jeune, dynamique, et lisse dans un ascenseur ? Il peut en ressortir vieux, ridé et fatigué. Le maquillage et la transformation des personnages vieillissants sont, je trouve, très réalistes et très beaux.
Je m’explique sur ces retours en arrière : le film est basé sur la vie du patron du FBI racontant son histoire à des agents du FBI qui la retranscrivent sur papier. Pendant qu’il raconte les événements de son ascension, de son histoire, on voit ceux-ci à l’écran. Cela nous permet notamment de voir à quel point le personnage ment, et donc, que les flash-backs sont tout aussi menteurs. Il s’attribue des arrestations, des propos, des faits qui ne sont pas de lui.
C’est là que la dimension terrible du personnage apparaît. Il se veut menaçant pour garder sa place. Il montre parfois des élans racistes. Il veut être grand, il n’en est que terrible et craint. En effet, il collecte des « dossiers » sur des personnages publics. Il fait chanter les politiques pour garder sa place et ce qu’il a de plus cher, son bureau…
Et surtout, il se montre intraitable avec ses collaborateurs, et est très rigoureux avec ses agents (Un costume mal coupé ? Une moustache ridicule ? Cela pouvait valoir une sacrée remontrance de la part d’Edgar).

Le film explore donc plusieurs histoires relatives au FBI et à Hoover : l’arrestation de John Dilinger, la disparition de Charles Lindbergh Junior, la montée en puissance de Martin Luther King, les divers présidents des États-Unis… Lui donnant donc un goût de réalisme.

… Mais aussi et surtout, l’intimité de J. Edgar

Eastwood prête à Hoover des mythes qu’il transforme en réalité. L’homosexualité supposée d’Edgar avec son bras droit Tolson est ici explicite. La relation avec sa mère est ambigüe, cette femme se veut castratrice, son fils fait d’ailleurs tout pour lui plaire : il renie son bégaiement pour elle, il devient ce qu’il est pour elle, il cache son homosexualité pour elle.
Edgar refoule ses sentiments, et de ce fait, la relation amoureuse et intime avec Tolson en devient triste.
Edgar est également fidèle à son équipe, formée de son bras droit, Tolson et de sa secrétaire, Gandy. Ces trois personnages sont soudés, loyaux, se font confiance et se respectent mutuellement.

Ici, Edgar devient touchant et fragile. On le voit effondré, amoureux, si loin de ses menaces…

Conclusion, clap de fin, synthèse !

Alors certes, on peut dire qu’Eastwood essaye de toucher à toutes les dimensions de l’immense Hoover, le mettant en scène tantôt carriériste, grand, terrible, égoïste et tantôt dans le doute, effrayé et amoureux. Mais il dresse surtout un portrait de l’homme que l’on n’imaginait pas, un portrait souvent basé sur les mythes, qui deviennent donc réels et donnent au personnage toute sa puissance et sa dualité.

J’ai beaucoup aimé ce film. Certains pourront dire qu’ils se sont ennuyés, moi pas. J’ai trouvé l’histoire touchante. Les personnages sont joués avec réalisme et sont parfaits. La réalisation, les couleurs, le traitement des informations (mensongères) me plaisent.
Je vous conseille donc de le voir !