La nuit du chasseur (1955)

La nuit du chasseur est le seul film réalisé par l’acteur Charles LaughtonRobert MitchumLillian Gish ou encore le jeune Billy Chapin y tiennent les rôles principaux.

La nuit du chasseur met en scène le révérend Harry Powell, un homme avide d’argent et tueur de femmes. Alors qu’il séjourne en prison pour un simple vol de voiture, son compagnon de cellule avoue dans son sommeil qu’il a caché les 10 000 dollars qu’il a dérobé et que seuls ses deux enfants en connaissent la cachette. En effet, avant d’être arrêté, Ben Harper fait promettre à ses enfants John et Pearl de garder le secret sur l’endroit où repose le butin, en double promesse, il somme son fils de prendre soin de sa petite sœur. Dès la mise à mort de BenHarry va se mettre à la recherche des enfants, une fois trouvés, il va user de son charme pour tromper leur mère, leur entourage et leur faire avouer la cachette.




J’étais au courant de la dimension horrible et cruelle du personnage du révérend, je m’en étais fait tout un flan, pensant que La nuit du chasseur était un film d’horreur des plus classiques, adulé de tous… Que nenni, la vérité est bien loin. Ce film, c’est un film noir, c’est un conte cauchemardesque sur l’enfance. Vous êtes en quête de réalisme ? Malgré la volonté naturaliste donnée par Laughton, sachez que ce film n’est pas une réalité, il est situé à la limite du fantastique (sans jamais pour autant la franchir), du cauchemar et de la fable. Cependant, si vous aviez entendu parler de ce film en de bons termes concernant son antagoniste, soyez rassurés, c’est bien réel et justifié cette fois-ci. Car Harry Powell est un personnage d’anthologie, il est tout à la fois : complexe, charismatique, impitoyable et tellement pervers (dans le sens sexuel du terme, aussi bien que dans son sens plus large).

La nuit du chasseur c’est avant tout un tas de dichotomies : le bien contre le mal, les enfants contre les adultes, l’amour contre la haine ou tout simple, le jour contre la nuit. Et ici, les enfants seraient le bien, l’amour et le jour, le révérend le mal, la haine et la nuit. Ces oppositions sont en quelque sorte la charpente du film. Et elles sont portées par Harry Powell lui-même, qui a ses doigts tatoués des mots «LOVE » et « HATE » : l’amour pour la main droite, celle qui sauve, la haine pour la main gauche, celle qui tue. Le révérend représenterait à lui seul le combat entre le bien et le mal, non pas parce qu’il est ambivalent, mais parce qu’il représente toute cette différence, il est là pour nous rappeler physiquement que ce conte, ce cauchemar, c’est avant tout la lutte du bien contre le mal. Bien entendu, lui, il incarne le mal (et a également des accès totalement ridicules, car il lui arrive d’être pathétique par moments) : il vole, tue, envoûte les personnes pour mieux se servir d’elles, menace. Les enfants, ainsi que leur sauveuse, Rachel représentent quant à eux le bien. Ils se combattent tout au long du film.



Mais dire que La nuit du chasseur n’est que le bien contre le mal serait plutôt réducteur. Car le conte qu’on nous présente est avant tout un moyen de montrer à quel point les enfants sont innocents et que le monde des adultes peut être effrayant et dégueulasse. Alors oui, les enfants sont certes innocents, mais ils arrivent cependant à résister, à montrer davantage de défense qu’un adulte, ils ont des capacités d’endurance et de réparation supérieures à celles des adultes, c’est d’ailleurs Rachel qui nous l’explique à la fin du film. Évidemment, même si les deux ne disent pas un mot sur la cachette du magot à leur nouveau « père », Pearl est à de nombreuses reprises au point de craquer, tellement subjuguée par le charisme de Powell, et elle est à chaque fois retenue par son grand-frère John qui montre une capacité assez hors norme à résister à toutes les misères du beau-père, c’est un enfant très fort et absolument résistant. Car John et Pearl, les orphelins ont pas mal morflé : leur père se fait arrêter sous leurs yeux, leur mère fait entrer le loup dans la bergerie et quand ce loup se montre horrible envers les enfants, celle-ci se montre faible et laisse faire son nouveau mari, totalement subjuguée par son charisme. La mère est en effet un personnage très fragile qui croit facilement aux mensonges du révérend, qui se fait humilier lorsque celui-ci l’élève au simple rang de pute perverse pendant leur lune de miel, qui prêche elle aussi la parole de Powell en se trouvant des péchés là où ils n’ont pas lieu d’être. Elle finit d’ailleurs par mourir sans résistance, les yeux levés au ciel, attendant sagement son sort pathétique. Heureusement, les deux enfants trouvent leur salvation mais aussi et surtout, une figure maternelle et protectrice, en la personne de Rachel qui, de prime abord se montre assez rustre, mais qui se révèle être une personne au grand cœur qui défend les enfants envers et contre tout, et surtout qui n’hésite pas à dégainer une arme et tirer sur le révérend, ni à user de sa parole pour tenir tête au révérend et le faire taire. Assez surprenant quand on sait que ce rôle parolier est tenu par une actrice star des films muets : Lillian Gish.

Parlons aussi du côté sexuel omniprésent dans ce conte pour enfants qui ne saute pas forcément aux yeux au premier abord : les femmes sont de sales perverses qui ne pensent qu’au sexe, elles sont des Eveen puissance, et le révérend lors de sa lune de miel repoussera les avances de sa nouvelle femme, lui montrant à quel point elle est laide, pernicieuse et tellement nuisible. Powell serait d’ailleurs sûrement impuissant, son absence de pouvoir sexuel étant d’ailleurs la raison pour laquelle il s’en prend aux femmes. Son sexe étant symboliquement remplacé par son couteau, lors d’un effeuillage par une femme, celui-ci met sa main dans sa poche et ne pouvant retenir son émotion, sort son couteau à cran qui transperce son pantalon sous le coup de la surprise et de l’imprévu. Ses pulsions sont incontrôlables, meurtrières, à défaut d’être sexuelles.
Les références bibliques sont également très présentes : le personnage du révérend tout d’abord est révélateur, celui-ci s’adresse souvent à Dieu, car il se dit guidé par cette entité. Tous ses actes sont commandés par cet être supérieur et divin. Puis, on nous compte l’histoire de Moïse, qui ne serait autre que John et Pearl dans le film, puisqu’ils sont recueillis par leur protectrice après un voyage sur le fleuve, emportés par le simple courant. On nous compte également le récit d’Hérode et de la naissance de Jésus : Hérode serait ici Powell et évidemment, le Christ est encore une fois John et Pearl. Et c’est sans compter les prêches, les chants bibliques interprétés par plusieurs personnages.



Je voudrais évoquer un point presque crucial quant au déroulement du film, à la démonstration du temps qui passe et de la personnalité des personnages, c’est les jeux de lumières. La nuit du chasseur est un film en noir et blanc, et c’est volontaire, car à l’époque, l’émergence des films en couleurs bat son plein, mais Laughton a voulu traiter son film avec du noir et du blanc. Tour à tour, les lumières montrent certes le jour, donc une certaine paix (ou plutôt une pause dans la fuite des enfants) mais peuvent être également révélatrices de l’apparition du mal (comprendre : du révérend), car c’est souvent sa silhouette avec son chapeau que l’on aperçoit dans l’ombre. Quant à la nuit, donc le noir, cela annonce la quête de Powell qui ne s’arrêtera que lorsque les enfants seront retrouvés et certainement tués. Malgré tout, la nuit peut aussi montrer une certaine beauté et une sécurité, puisque les enfants s’endorment sous la nuit étoilée, ce qui en fait une atmosphère rassurante et sécurisante pour eux.

Pour finir, il faut savoir que La nuit du chasseur n’a pas été reconnu à sa juste valeur à sa sortie : le public comme les professionnels du cinéma l’ont boudé et vivement critiqué. C’est d’ailleurs pour cette raison que Laughton n’a fait qu’un seul film, celui-ci a été découragé. Ce n’est qu’avec le temps que ce film s’est élevé au rang de film culte, et ce grâce à la seule présence de Mitchum dans le rôle d’un psychopathe.
Et, il est évident que ce film est tellement complexes et bourré de significations que je n’ai pas pu tout récolter car je reste persuadée qu’au-delà de ma volonté de synthétiser, il reste des choses que j’ai oubliées car je n’en ai tout simplement pas eu l’idée, car interpréter un tel film à notre époque est forcément éventré d’une interprétation contextuelle. J’ai vraiment essayé de vous faire part de tout ce que j’ai pu relever en étant la plus claire et concise possible, tout en développant un maximum ma pensée.

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Le Septième Sceau (1956)

Le Septième Sceau (originalement Det Sjunde Inseglet) d’Ingmar Bergman a obtenu de nombreuses critiques positives et notamment le Prix du Jury au Festival de Cannes de 1957 où il fut remarqué et salué.

Synopsis

Ce film conte l’histoire d’un chevalier, Antonius Block (Max von Sydow), tout juste revenu des Croisades avec son écuyer Jöns (Gunnar Björnstrand) qui rencontre la Mort (Bengt Ekerot) sur une plage déserte. Le chevalier demande un sursis à cette dernière en lui proposant une partie d’échecs (inspirée par la peinture d’Albertus Pictor intitulée La Mort jouant aux échecs) espérant ainsi pouvoir repousser son échéance et connaître la vérité sur ses questions métaphysiques : Dieu existe-t-il ? Si oui, qui est-il ? La peste qui ravage le pays est-elle celle racontée dans la Bible, dans le livre de l’Apocalypse ?
Alors que la partie commence à tourner en sa défaveur, le chevalier et son écuyer rencontrent un couple de comédiens, Jof et Mia, et prennent plaisir à goûter à leur insouciance, leur vision de la vie et à leur simplicité.

Significations

Le titre du film provient d’une des phrases de l’Apocalypse de la Bible : « Lorsque l’Agneau ouvrit le septième sceau, il se fit dans le ciel un silence d’environ une demi-heure ». Les sept sceaux sont un résumé de ce que l’humanité a vécu : famine, guerre, peste… Et ces sceaux promettent toutes ces catastrophes aux humains mais aussi la prédiction de la fin du monde. Ces sept sceaux sont donc la prophétie de la fin, de l’Apocalypse. Et le septième sceau est le dernier sceau qui permet d’ouvrir et de connaître la vérité et de révéler à tous les secrets de l’Apocalypse.
D’ailleurs, dans le film, plusieurs passages de la Bible et surtout de l’Apocalypse sont cités.

On pourrait ainsi dire que Le Septième Sceau est un film personnel où Bergman se pose les mêmes questions existentielles que le chevalier sur le sens de la vie et sur la quête de Dieu et de son existence. Bergman est Block face à la Mort, demandant la vérité.

Le jeu d’acteurs

Les acteurs réalisent leur performance avec talent, Max von Sydow, que l’on a notamment pu voir dans L’Exorciste ou plus récemment dans Shutter Island est excellent. Bibi Andersson (Mia), Nils Poppe (Jof) et Gunnar Björnstrand (Jöns), même s’ils ont des rôles plus secondaires se révèlent être des personnages très importants. En effet, les deux premiers représentent pour le chevalier la légèreté de la vie et les acteurs sont vraiment très convaincants. Le troisième, qui joue l’écuyer représente quant à lui une certaine idée du néant, donc un certain refus de Dieu et de son existence, ce que Block refuse.
Ainsi, ce trio d’acteurs secondaires représentent des visions de la vie que Block ne peut accepter : les deux premiers se réjouissent d’un rien, le troisième ne croit en rien et est assez pessimiste. Block ne trouve pas sa place entre ses deux « options » et tente donc en vain de questionner la Mort qui ne peut lui donner de réponse car elle se dit « sans secrets ».

Le contraste

Le film oscille toujours entre le Bien et le Mal, entre le personnage de la Mort et du couple de baladins, donc entre la Mort et l’Amour, entre la peste et la frivolité de Mia et Jof
En effet, Le Septième Sceau nous emporte dans une danse macabre, dans la même danse que Block où l’on est sans cesse tiraillé entre le bon et le mauvais, entre les questionnements… Mais la fin ne nous permet pas d’avoir nos réponses tout comme Block n’a pas les réponses auxquelles il voulait accéder avant de mourir. Sa vie et ses rencontres ne lui ont pas permis de trouver la foi et d’avoir accès à la révélation de Dieu, il ne connaît pas la vérité et reste dans sa problématique existentielle.

La scène finale est incroyable, sombre et belle en même temps. Les images présentées sont magnifiques, notamment celles de la partie d’échec au bord de la plage. En voici l’exemple :

Conclusion

Ce film suédois en noir et blanc est donc à voir, juste pour la curiosité (puis si vous avez aimé Last action hero, c’est un plus). Il nous dresse un portrait d’une quête sans fin à laquelle personne n’a de réponse.
J’ajouterai qu’il m’a été délicat de faire cet article pour la simple et bonne raison que j’ai été emportée par l’envie de voir ce film depuis longtemps mais qu’il n’a pas répondu à mes espérances. Je ne dis pas par là qu’il m’a déçue, bien au contraire, mais comme je l’ai précisé, aucune réponse ne nous est donnée et cela est frustrant.