Cinq films version fast-food

Avant toute chose, ce que je nomme la version fast-food dans le titre, ce n’est pas en rapport avec la qualité, la fond ou la forme du film : c’est juste que je vais aborder cinq films dans cet article et que mes propos seront donc assez écourtés et sans grande préparation préalable (oui genre je fais des pompes avant de commencer un article).

Pourquoi cinq films ?
Parce que ça me fait chier de faire un truc complet pour chacun de ces films. Mais aussi parce que je vais tenter une approche assez semblable pour chacun d’eux, étant donné que ces cinq films entrent dans le thème épouvante-horreur et surtout que ces films sont peu connus. Je vais donc tenter de mettre les projecteurs sur ces cinq petits films qui sont tous sympathiques, avec un budget limité mais qui ont pour réel point commun de n’être guère médiatisés, et ce, pour des raisons plus ou moins obscures.
Et puis cinq films ça permet de faire votre choix de nouveauté pour le soir d’Halloween (ça arrivera plus ou moins vite !) : je vous présente cinq films pour le prix d’un, c’est merveilleux, non ?

SESSION 9

Sorti en direct-to-video en 2006, le film a été réalisé en 2001 et présenté au Festival de Deauville en 2001 et au Festival de Gérardmer en 2004.

Ce film raconte l’histoire de quatre ouvriers en bâtiment qui rénovent un ancien asile désaffecté. Alors que certains font des découvertes étranges dans ce lieu, d’autres sombrent peu à peu dans la folie…

J’dois dire merci à la personne qui m’a conseillé ce film.
Ce film ne paye pas de mine : l’histoire et le lieu de l’action sont déjà vus, l’affiche n’est pas excellente et on a du mal à rentrer dans le film. Pour cause, il ne se passe rien pendant tout le début… Il y en a beaucoup qui ont été agacés par cet aspect peu reluisant et ont laissé tomber. A tort puisque cela permet de faire monter la tension crescendo. On nous montre de la normalité à foison, on attend, on trépigne et on se demande ce qui va bien pouvoir arriver à nos pauvres bonhommes.
Malgré quelques défauts notables (c’est fouillis, lent et le scénario est parfois wtfesque), je trouve l’ensemble assez bon, pas excellent, mais assez bon. Tout est basé sur le psychologique, il n’y a pas d’horreur, pas de monstre, pas de vilains zombies… Cependant, je suis sûre que vous allez être à un moment dans le même état que devant [REC] lorsque le prêtre commence sa tirade par « Je vais devoir sceller cette chambre… ». Ceci n’est pas un spoiler : j’vous jure que Tristana Medeiros n’est pas présente dans Session 9 ! Je veux juste dire que vous allez être bien tendus et ce sans avoir eu le jump scare du siècle.

Session 9 est basé donc sur l’aspect psychologique, la folie et la psychopathie. Mais pour les yeux, on a de chouettes décors qui nous sont servis. En effet, l’hôpital psychiatrique où a été tourné le film a une allure inquiétante et puissante, l’intérieur n’est pas décevant puisque c’est lugubre, abandonné et vide… Cela dit, certains restes du temps passé surgissent, c’est ainsi qu’on nous parle lobotomie et autres techniques arriérées pour nous. Puis on visite quand même de sacrées pièces : la morgue, les chambres où les murs ont gardé leurs photos d’anciens patients, les souterrains et les longs couloirs…


Foutu dilemme…

L’atmosphère est oppressante, presque étouffante. On se met facilement à la place de ces quatre « messieurs-tout-le-monde » et on essaye de se sortir tant bien que mal de cette situation étrange et aucunement rationnelle.
Comme je vous l’ai dit, on part de « rien » pour arriver au summum. J’entends par là que notre point de départ sont nos quatre personnages crédibles, normaux et donc tellement humains puis on sombre petit à petit dans le fantastique sans s’en rendre compte, la transition, parfaite, est celle des écoutes des séances entre une patiente et son médecin sur des vieilles bandes magnétiques. A l’instar du reste du film, le contenu de ces bandes monte en puissance et angoisse petit à petit. Car même si on sent la grosse merde arriver pour nos protagonistes, on ne peut s’empêcher de vouloir explorer le lieu et de comprendre ce qui se passe.

Bonus : voir David Caruso sans ses lunettes de soleil est possible grâce à ce film.

THE INNKEEPERS

Sorti également en direct-to-video, ce film a été réalisé en 2011, j’ai dû le regarder plusieurs fois pour m’en faire une idée…

Deux jeunes employés d’un hôtel voué à la fermeture définitive profitent de la presque absence de clients pour sortir leur matos de chasseurs de fantômes et explorer leur lieu de travail qui serait l’un des lieux les plus hantés du pays.

Je réponds maintenant à la question que vous vous posez sûrement (vous êtes si prévisibles) : j’ai dû voir et revoir ce film car je n’arrivais pas à savoir si je l’aimais ou non. C’est étrange, mais l’un des rares autres longs métrages ayant eu ce traitement de faveur de ma part est Irréversible (sauf que lui je n’ai pas osé le revoir). The Innkeepers m’a posé problème parce qu’il m’était impossible d’avoir un avis clair à propos du film : je ne savais pas si je l’aimais ou si je le détestais ni même si j’étais neutre. Le pourquoi du comment qui explique cette confusion c’est que le film est basé sur la psychologie lui aussi. Mais pas à l’instar deSession 9 puisque ici, tout est beaucoup plus complexe, on nous parle de chasseurs de fantômes avant de nous parler de fantômes. On sait donc qu’il y a quelque chose mais rien n’apparaît sous nos yeux. On nous martèle d’anciennes histoires, de légendes urbaines, certains clients sont étranges (flippants ?) mais pas de fantôme ni d’apparition d’outre-tombe. Et quand ça arrive, c’est tout d’un coup, brutal et affolant.

Il faut dire que ce qui accroît la confusion c’est qu’on nous présente une comédie de prime abord. La relation entre les deux jeunes employés est fendarde, leurs comportements nous tirent des sourires et les répliques sont appréciables. Cela renforce le côté « chasseurs de fantômes sans fantôme », qui donne ici un « film d’horreur sans horreur », on a peine à croire que The Innkeepersest de ce registre. Et pourtant, quand ça arrive, ça arrive…
Sinon, la performance des acteurs est juste, mention spéciale à Sara Paxton, notre asthmatique de service qui joue aussi bien qu’elle est jolie.
Au final, j’apprécie ce film pour son originalité, son mélange des genres et son traitement du thème des chasseurs de fantômes en inactivité qui n’avait jusqu’ici été que très peu exploité.

TRICK ‘R TREAT

Réalisé en 2007, sorti en 2009. J’vous le donne en mille… en direct-to-video !

Le film nous présente plusieurs personnages qui ne se connaissent pas dans une même ville le soir d’Halloween. Certains mettent du cœur à l’ouvrage pour réussir cette fête. Et pour eux, Halloween est sacré, quant à ceux qui ne suivront pas la coutume…

Trick ‘r Treat n’est pas un film d’horreur mais par le traitement de son thème, on peut dire qu’il rend hommage à Halloween. On y voit notamment des créatures associées à cette fête : loup-garou, croque-mitaine, zombie, meurtrier sadique… Et ces individus font donc tout pour que la collecte des bonbons éclairée par des Jack-o’-lantern, y compris tuer ceux qui ne voudront pas respecter la tradition. L’ambiance du film est glauque, sombre et inquiétante, mais le film surfe surtout sur l’humour noir malgré des scènes assez gores.
Les décors quant à eux sont sublimes : gothique et noir, on sent que c’est Halloween, les costumes des fêtards sont parfois magnifiques et les maisons décorées sont juste terriblement chouettes.

Le film se découpe en quatre parties. Quatre segments où des personnages vont aborder Halloween chacun à leur manière : ne rien faire, rite initiatique, visite d’un lieu flippant ou profiter avec son enfant… Ces récits ont le défaut d’être logiquement courts et donc pas assez développés : on en voudrait encore mais on doit se contenter de ce que l’on a. Les personnages se développent au fur et à mesure et se révèlent être férocement terrifiants… Car maintenant, on connaît le visage angélique d’un loup-garou.

Cependant Trick ‘r Treat est juste un bijou que l’on a envie de voir encore et encore tant il est plaisant de voir nos doux monstres évoluer et faire leurs crimes de leur côté sans une once de remord. C’est juste impeccable mais le film souffre de sa courte durée malgré une efficacité époustouflante, tout en jonglant sur les mythes et les légendes urbaines avec originalité et point de vue personnel.

GRAVE ENCOUNTERS

Inédit en France, malgré sa présentation à Gérardmer en 2012.

Lance et ses acolytes s’enferment dans un hôpital psychiatrique abandonné pour tourner un documentaire sur la chasse aux fantômes. Se moquant des peurs des locaux envers le lieu, l’équipe de tournage va se rendre compte que le bâtiment est hanté et qu’il ne les laissera pas sortir.

Le found-footage ça me fait chier, sauf dans de rares cas, comme dans [REC] ou dans Grave encounters. Ici je trouve l’utilisation logique (il y a une justification à cette présence de caméra subjective) et assez réussie, l’image n’est pas dégueulasse et on ne tourne pas la caméra tel un fifou dès qu’il y a le moindre bruit. Globalement, on nous présente des choses effrayantes avec le minimum de moyens, ce qui est assez réussi puisque nos protagonistes sont plus ou moins aguerris. En effet, l’équipe est habituée à filmer de la supercherie, mais là, ils vont être confrontés à du vrai, du lourd, du terrifiant.

Comme pour les punir d’être là et d’avoir vécu dans le faux auparavant, ils se retrouvent dans un véritable labyrinthe où ils croisent des personnages horribles. Mais avant, histoire de bien faire monter la pression, il est d’usage de nous montrer des événements bizarres sans apparition morbide : bruits suspects, mouvements d’objets, pour se rapprocher doucement des protagonistes et commencer par leur soulever les cheveux.

Par contre, ce qui me gonfle fortement, c’est cette volonté de tout conclure par un truc inexpliqué. Comme pour dire « bah en fait, on savait pas trop comment ça allait finir, alors on va jouer sur le fait que le spectateur va vouloir interpréter à sa sauce »… Oui mais non, moi j’en ai marre de tout vouloir expliquer, je désire débrancher mon cerveau et qu’on me fasse tout. C’est pour cela que la fin, les toutes dernières minutes sont carrément lamentables. Elles nous font voir des choses qui n’avaient absolument rien à voir avec le reste du film, façon ni vu ni connu j’t’embrouille mixées à je vais rajouter ça sur le feu, que tu partes pas sans rien. On sent bien que les réalisateurs n’avaient aucune idée ni aucune inspiration pour cette fin mais je trouve ça dommage de conclure aussi mal une histoire qui avait été assez bien maîtrisée pendant tout le film.

Malgré tout, le film reste assez bon, pas époustouflant mais il a le mérite d’être bien interprété, joué et mis en scène. Quant au fait de vouloir survivre envers et contre tout, malgré la sortie introuvable/inexistante, c’est assez impressionnant. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que je me serais suicidée au moins dix fois à la place des personnages. Alors certes, ils n’ont pas tous l’esprit sain après plusieurs heures enfermés et ils sombrent dans une folie assez extrême, mais diantre, ils sont foutrement téméraires.

TRIANGLE

Direct-to-video lui aussi. Sorti en 2011 mais réalisé en 2009. Je voulais un film à la con pour débrancher mon cerveau et fantasmer sur un bateau fantôme, j’ai fait chou blanc.

Jess et ses amis se rendent sur un voilier pour une excursion. Malheureusement, la météo se dégrade brutalement et renverse le bateau. Les survivants s’accrochent à l’épave en attendant des secours et aperçoivent un paquebot qui s’approche silencieusement. A bord, les jeunes gens visitent le bâtiment mais constatent qu’il a l’air abandonné et que les passagers ont disparu. Jess sent que des événements étranges se passent… Puis une personne masquée fait son apparition et tire sur tout le monde.

Plus que le voyage dans l’espace supposé par un bateau, le film nous emmène dans un voyage dans le temps. Alors que les premières minutes du film semblaient sans encombre, en plus des événements qui commencent à s’embrouiller (une personne masquée qui essaye de tuer tout le monde et qui se ferait passer pour Jess…), la narration elle-même s’embrouille. En effet, on a affaire dans ce film à un schéma narratif peu encouru, puisque l’on est pris dans une spirale infernale… Les événements se répètent et tournent à l’infini. Seule Jess comprend ce qui se passe et tente de sauver ses amis et sa peau tant bien que mal. Au final, on aura le droit aux mêmes scènes trois fois (comme pour fermer les trois segments d’un triangle). Cependant, ces scènes seront changeables dans le sens où Jess arrive à changer certains événements mais se retrouve démunie à la fin, puisqu’elle échoue à chaque fois à sauver ses compagnons d’infortune.

Il était difficile d’imaginer un film avec des scènes qui se répètent sans penser à l’ennui et à la redondance. On se plantait bien puisque le réalisateur a tout prévu et nous donne des éléments de compréhension à chaque tour, tout en poussant plus loin la résolution du problème, sans jamais l’atteindre cependant. Car ici, la bateau est certes vide, mais absolument pas hanté ni maléfique… Seule Jess projette sur ce lieu et son entourage ses problèmes et troubles puisque la jeune femme est atteinte de problèmes psychiatriques. La personne masquée qui poursuit Jess et ses amis en voulant leur mort n’est autre que notre héroïne elle-même. Dans l’incompréhension totale, on tâtonne en même temps que Jess sur les éléments qui se dessinent peu à peu et veulent bien se montrer. Pourquoi vouloir tuer ses amis et elle-même ? Voyant donc les quelques indices donnés avec parcimonie et rassemblant le tout, pour nous aussi, l’évidence (celle que Jess veut appliquer en tout cas) est que la mort est la seule issue à ce cauchemar. Cependant, quand tout semble réglé, Jess est ramenée malgré elle au point de départ et oublie tout pour recommencer à l’infini.

Rien à voir avec Un jour sans fin (où le personnage est interprété par l’excellent Bill Murray). En effet, ici les événements sont tragiques et le destin de notre personnage est triste. A la fin du film, on s’en veut de partir pour la laisser coincée là, seule.
Cela dit, la seule ressemblance avec le film de Harold Ramis, c’est qu’il est impossible et inutile de vouloir expliquer et de comprendre ce qui se passe. Triangle révèle des problèmes et nous donne des pistes d’interprétations : maladie mentale, œuvre mystique… Mais ne nous donne jamais la solution tant attendue.

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Dies iræ (part III)

LIVRE VI

Le Livre VI de Kaamelott met en scène la genèse de la série, on y voit l’évolution d’Arthur ou plutôt du romain Arturus, un simple milicien de Rome. Il est anonyme et son destin va pourtant changer grâce à la volonté du Sénat et des dieux. Il va alors gravir les échelons (de simple soldat à roi, en passant par les grades de centurion et de chef de guerre) et s’élever dans la haute société romaine qui va l’instruire. Il va donc être forcé d’avoir de l’ambition, d’accepter son rôle de personnage légendaire, lui qui n’avait guère de volonté. Il va sortir de l’anonymat, tomber amoureux d’une femme plus vieille que lui et accepter sa destinée royale. Pour les nostalgiques de la pluie et des pécores, l’histoire alterne entre les passages à Rome et les petits voyages en Bretagne où l’on va voir les chefs de clans prêts à défoncer la piètre défense romaine, mais aussi Merlin qui rassemble d’illustres bretons dans le but d’en faire des chevaliers au service du futur roi.
L’ultime épisode du livre (et par extension, de la série) est quant à lui, un retour dans le présent, où l’on voit Arthur à Tintagel où l’on a annoncé sa mort.




Là où le Livre V développait tous ses personnages en laissant Arthur de côté (même s’il se montrait plus faible, plus déprimé), ici, on nous montre un jeune Arturus plein de bons sentiments et sous un nouveau jour : c’est un grand sentimental qui a déjà des prédispositions à sauver la veuve et l’orphelin, il a des amis, dont Manilius, lui aussi soldat de la milice urbaine romaine ou encore Caïus, mais il n’est pas animé par une quête divine. Ici on trouve beaucoup de personnages romains (logique) : les soldats, les sénateurs, les habitants, la haute société ou encore l’empereur lui-même. On y voit aussi les « jeunes » MerlinPère Blaise ou encore le Maître d’armes.
Pour ce qui est des romains, je voudrais notamment parler de deux personnages très importants : Aconia, la préceptrice d’Arturus dont il tombe amoureux au fil du livre. Malgré leur engagement marital respectif (lui va devoir épouser une fille de clan dans un but politique, elle est mariée à un homme absent), elle accepte le mariage secret (et chrétien) avec Arturus. Elle lui fait d’ailleurs tenir une promesse : il ne touchera jamais sa femme (Guenièvre), il pourra avoir autant de maîtresses qu’il veut, mais il ne devra en aucun cas coucher avec sa femme. J’y reviendrai. On a également la présence d’un personnage, qui malgré sa petite présence, se révèlera très important, c’est celui de César (incarné par feu Pierre Mondy). Très enfantin, à la limite de la sénilité, l’empereur donne pourtant à Arturus des conseils précieux sur son futur rôle de roi de Bretagne, mais lui fait également un cadeau pour qu’il croit à la magie. César étant symboliquement le père d’Arturus, ils se respectent, se font confiance. Seulement, l’empereur va trouver la mort, les veines tranchées avec l’aide d’un certain Méléagant qui l’a poussé au suicide, lui rapportant que la journée préférée de l’empereur peut être vécue des centaines de fois par celui-ci, mais qu’il n’y a qu’une seule solution pour cela : mourir. Méléagant trouve donc encore bon de foutre la merde dans un empire déjà bancal.



Avec le Livre VI, on assiste au passage de série télévisée à œuvre de cinéma. Parce que oui, ce livre est bien la transition entre la série Kaamelott et les futurs films que l’on verra sur grand écran. Tout d’abord, le format, ici, un épisode dure aussi longtemps que la moitié d’un film. Le générique se veut plus en rapport avec le monde du cinéma que du paysage télévisuel et est plutôt sympathique, tant niveau musique, qu’au niveau de l’image. Les décors sont très travaillés, d’ailleurs, les scènes à Rome ont été tournées à la Cinecittà, qui est tout bonnement un complexe de studios de cinéma italien. Un autre point qui tend à nous montrer cette volonté d’entrer dans le monde du cinéma, c’est la présence quasi-constante d’acteurs de cinéma. Je ne dis pas qu’il n’y en avait pas dans les autres livres, mais en moindre mesure, puis ils étaient davantage sortis du théâtre. Non, ici, on a des personnes qui ont fait du cinéma : Tcheky KaryoValeria Cavalli ou encore Pierre Mondy. Et puis, parlons pour finir de la musique tarantinesque des dernières minutes du dernier épisode du Livre VI.

Déjà que le Livre V faisait le scandale chez les fans de la première heure, reprochant au livre de ne pas être comique, d’être long… Le Livre VI ne fait qu’accroître leur déception, pire leur colère. Combien de fois ne suis-je pas tombée sur des forums de « fans » de Kaamelott qui insultaient Alexandre Astier, qui l’accusaient de leur avoir volé Kaamelott ? Qu’est-ce qu’a donc fait Alexandre Astier pour s’attirer les foudres de son public qui l’avait élevé au rang de chéri de la France, de créateur de génie. Génie oui, mais que lorsqu’il va dans leur sens apparemment. Bref : le créateur de Kaamelott a juste construit et amené son œuvre là où il voulait qu’elle aille. Car les fans auront beau dire ce qu’ils veulent, si A. A veut transformer sa série, c’est encore lui qui décide. Et il y change non seulement le format (ici, on a neuf épisodes d’une quarantaine de minutes environ), le lieu (Rome) et les acteurs (au revoir les chevaliers de la Table ronde). Envolés, l’humour véritable, l’esprit de Kaamelott, le rythme adopté par des milliers de fans, A. A a trahi son public ! Scandale ! Sans vouloir faire la connasse, je trouve juste qu’Alexandre Astier n’a pas les fans qu’il mérite. Bien entendu, je ne généralise pas, on a le droit de ne pas aimer une œuvre, mais la critiquer juste par son manque d’humour, je trouve cela d’une injustice flagrante et d’un manque de respect envers le créateur de la série. Par le simple manque d’humour, ces admirateurs préfèrent décamper plutôt que d’essayer de voir ce qu’est Kaamelott sans ses répliques. Certes, ces répliques ont constitué un atout majeur pour la série, ils étaient limite son âme dans les premiers livres, mais Alexandre Astier nous montre qu’il peut prendre des angles plus graves et rester intéressant et captivant. Kaamelott n’est pas que des vannes, ni des répliques bien senties. Si on n’exploite cette série que par ses vannes, c’est ne donner aucune importance aux autres atouts du créateur qui nous montre à quel point son œuvre est rare et absolument délicieuse, quels que soient les angles qu’il prend.

La relation entre Arturus et Aconia mérite d’être approfondie. En effet, c’est à cause d’elle que la pauvre Guenièvre connaît bien des tourments quant à son mari qui ne la touche pas. Seulement, cette promesse mérite elle aussi d’être explorée plus en détail, car elle pose certes la réponse ultime du non-désir d’Arthur pour Guenièvre, mais nous donne en revanche une multitude de questions qui méritent d’être éclaircies. Pas de panique, je vous mâche le travail (ne prenez pas ce que je dis pour la parole divine non plus, ce n’est qu’une interprétation). La promesse faite à Aconia est la suivante : non, je ne toucherai pas ma femme. Qu’en est-il de l’épisode de Mevanwi alors ? Je pense que c’est seulement la VRAIE future reine qui est visée, ni voyez pas de dimension personnelle, puisque Guenièvre et Aconia ne se connaissent pas. Mais pour moi, il a le droit de coucher avec Mevanwi car elle n’est que la femme d’un autre et qu’elle est au début une simple maîtresse, en effet, la promesse s’adressait uniquement à la femme à laquelle Arthur pourrait potentiellement tomber amoureux. Seulement, pourquoi respecter la promesse faite à une femme qui s’enfuit avec son mari ? Tout simplement par amour. Je n’ai pas de meilleure explication que celle-ci. Aconia reste la seule femme qu’Arthur n’ait jamais aimé. Mais avec qui une vie heureuse est impossible, d’ailleurs la perte de l’alliance d’Arthur par Manilius est révélatrice de cet amour impossible. Mais plutôt que de trahir l’amour de sa vie, il préfère la respecter, même si celle-ci l’a justement trahi. Sans compter que par extension, c’est à cause d’elle que son meilleur ami est mort. En effet,Arthur insiste pour retourner à Rome avec Manilius pour chercher Aconia, celui-ci lui prédit leur mort certaine (les romains ne voulant plus entendre parler d’Arthur), alors que sa femme s’enfuit avec son mari, lui laissant une robe rouge en souvenir, Manilius est tué par la milice romaine alors qu’il allait chercher sa femme. En même temps qu’il perd son meilleur ami, Arthur voit César mort. Le retour romain d’Arthur se solde par un échec, une solitude amicale, paternelle et amoureuse, une profonde tristesse.



Qu’en est-il du dernier épisode ? C’est sûrement l’épisode le plus noir de la série Kaamelott. Plusieurs mois se sont écoulés après la tentative de suicide d’Arthur et celui-ci est encore très faible, sa mère dans sa légendaire délicatesse annonce même sa mort, c’est alors que ces anciens chevaliers et proches viennent le visiter sur son lit de mort. On y voit notamment Perceval, à qui Arthur raconte son rêve qui peut potentiellement lui plaire vu qu’il aborde le sujet de l’espace et d’un vieux (les fantasmes ultimes du chevalier). Ce vieux l’emmène jusqu’à Kaamelott, dans la salle de bain où il a voulu se suicider et lui explique que la baignoire est le Graal, que tous les suicidés sont le Christ. D’ailleurs, Arthur a l’apparence d’un véritable Jésus : vieille toge, cheveux longs, barbe…
Entre ses périodes de sommeil, il reçoit également Guenièvre qui lui en veut terriblement d’avoir tenté de se suicider dans le bain qu’elle avait préparée elle-même. Il lui répond qu’il avait fait surtout cela pour que personne ne ferme les yeux sur sa souffrance, sur son existence.
Enfin, il reçoit Lancelot à qui il lègue le pouvoir (qu’il venait de récupérer par Karadoc qui en a tout bonnement marre de régner)… Sauf que celui-ci se fait une fois de plus détourner par Méléagant qui l’incite à mettre à feu et à sang le royaume, pourchassant les chevaliers et brûlant symboliquement la Table ronde, réduisant à néant tout le travail d’Arthur.
C’est alors qu’Arthur reçoit Venec qui l’emmène et le sauve des griffes de Lancelot et de ses hommes, il l’emmène sur la plage et le conduit au dernier endroit où Lancelot irait le chercher : Rome. Il se réfugie alors dans la villa d’Aconia et se refait une santé et prépare son retour.
Venec était pas la première personne à laquelle j’aurais pensé pour endosser le rôle de sauveur d’Arthur, mais je trouve que faire passer ce personnage pour un réel gentil est assez agréable. Il est tout simplement beau dans cet épisode (physiquement comme symboliquement). Bien entendu, Venec a toujours montré du respect envers le roi, et même si c’était par intérêt, on sait que son acte à l’issue de cet épisode est complétement désintéressé et dénué de tout sens politique et économique.

Le dernier épisode, et surtout ses dernières minutes sont révélatrices du passage au cinéma d’une part et du renouveau d’Arthur, de sa volonté de revenir et de se battre. La présence de la robe rouge d’Aconia est symbolique : elle lui donne la force de se reprendre en main et c’est grâce à elle qu’il s’entraîne à l’épée dans le vide avec, comme musique de fond, le thème de Jo, dont la seule présence pourrait s’expliquer par l’hommage rendu à Louis de Funès, auquel Kaamelott entier est dédié. Mais ce thème est aussi un mélange de musique de films français d’antan et de western, on se croit vraiment dans un film de Tarantino, la musique est assez héroïque et donne un côté de renouveau à la série et au personnage d’Arthur.


Je voudrais finir par cette conclusion très personnelle qui va sûrement me faire passer pour une imbécile sentimentale, mais qu’à cela ne tienne, je fais ce que je veux, moi aussi ! En fait, je voulais surtout, comme je l’ai dit en avant-propos, faire un hommage à la meilleure série française selon moi, celle qui m’a fait rire, pleurer. Je ne me lasse pas de la revoir encore et encore. Mais je n’ai eu l’occasion (l’envie surtout) de regarder le Livre VI de Kaamelott que dernièrement, car je n’avais pas envie d’être déçue et j’en avais entendu parler par des termes plutôt négatifs, alors j’ai fait l’autruche. Et je me rends compte que j’ai été conne, vu que l’issue de la série me plaît. Seulement voilà, maintenant, je suis confrontée à un autre problème… Appelons-le le « syndrome de la série finie ». Je ne sais pas vous, mais je me sens super mal à l’aise à la fin d’une série que j’ai appréciée, je me sens comme abandonnée et résolument seule. Je crois que j’ai tellement accroché aux personnages, à l’histoire, que je ne peux plus m’en défaire, je ne peux décemment pas leur dire au revoir. Kaamelott m’accompagne depuis 2004 et je n’ai fini la série qu’en 2014. Dix ans d’admiration totale et d’amour, ça ne s’efface pas comme ça. Bien sûr, je peux toujours voir et revoir les épisodes, mais ça ne change rien quant au sentiment que je ressens actuellement. Là j’ai vraiment atteint la fin de la série, des épisodes inédits ne m’attendent plus. Et je suis triste. Bien sûr, j’attends avec impatience (comme beaucoup) le retour de Kaamelott au cinéma, mais j’ai l’impression que cela n’arrivera pas : cette arrivée dans nos salles obscures est sans cesse repoussée et actuellement bloquée pour des problèmes d’ayants-droit.
Après avoir fait ma drama queen, je voudrais passer aux remerciements. Remerciement logique à vous, lecteurs, qui m’avez lue jusqu’au bout. J’espère que ces trois articles vous auront plu et que j’ai traité la série avec tout le respect et l’hommage qui lui revient, que je lui dois.
Mais surtout, remerciement au créateur, merci Alexandre Astier de m’avoir fait rêver, merci d’avoir donné à la légende arthurienne un souffle inédit.


PS : J’ai nommé mes trois articles avec les titres des trois derniers épisodes de la série, car je trouve qu’ils correspondaient bien aux saisons : 
– Arturus Rex, c’est le Roi Arthur indiscutable des quatre premiers livres.
– Lacrimosa, c’est la tristesse engendrée par le Livre IV, sa noirceur et son issue.
– Dies iræ, c’est pour finir la colère d’Arthur, sa rébellion et sa volonté de revenir aux dernières minutes.
Oui je pars loin, mais zut ! 

Lacrimosa (part II)

LIVRE V

Ici, l’histoire est chronologique, donc plus de compréhension, plus de cohésion.
Même si d’apparence, le calme est revenu à Kaamelott, ce n’est qu’illusion, car même si Arthur a réparé son péché adultère, la situation est catastrophique au royaume. En effet, Lancelot est introuvable et supposé mort, des clans indépendants se forment, Arthur perd la confiance du peuple… Une seule solution est envisagée, celle-ci redonnerait au roi toute sa splendeur, son pouvoir, et sa popularité auprès de ses gens : il lui faut replanter l’épée Excalibur. Le but est qu’il la replante, laisse quelques jours se passer, permettant à tous les pécores et autres seigneurs d’essayer leur tour, puis de la retirer à nouveau, prouvant toute sa noblesse et sa légitimité à gouverner Kaamelott au monde entier. 
Parallèlement, on suit Lancelot, terré dans une grotte et souvent visité par l’homme en noir, Méléagant. Celui-ci le pousse dans ses retranchements : il en sait beaucoup trop sur lui, ce qui en fait un personnage tout à fait énigmatique.
Arthur, ayant complètement perdu la foi, se rend au rocher pour retirer l’épée, mais refuse de le faire au dernier moment. Le royaume de Kaamelott se retrouve donc sans roi à sa tête.
Par des concours de circonstances et grâce aux lois, le pouvoir tombe dans les mains de Guenièvre, de Léodagan et surtout de la terrible Mevanwi. Notre regretté roi n’a plus qu’une seule idée en tête, trouver ses potentiels enfants, qu’il aurait pu avoir avec ses maîtresses ou des filles des environs. Il parcourt donc le pays, avec Guenièvre au début, puis seul… Ne trouvant aucune progéniture, il décide de rentrer et trouve un guide en la personne de Méléagant, celui-ci va également tenter de le briser psychologiquement, mais surtout, il va le pousser au suicide. Il sera sauvé in extemis par Lancelot et sa magie blanche.




Là, on commence à entrer dans le vif du sujet. Le Livre V est très important pour Kaamelott, puisqu’il se passe plein de choses, explicites ou non. Je vais donc essayer de parler de toutes ces choses, sans en omettre aucune, même si l’exercice s’avère difficile.

Le Livre V, c’est avant tout une quête. Et on le voit bien dans les décors, puisque l’histoire ne stagne plus au château, Arthur évolue dans la nature, et au passage, on y voit des paysages sublimes : la forêt, la côte, les falaises… L’ancien roi sera davantage motivé à chercher sa potentielle progéniture qu’il ne l’a jamais été pour rechercher le GraalArthur rencontre à l’aller des personnages qu’il connaît bien, comme ses anciens chevaliers ou les paysans. Au retour, il côtoie, avec l’appui de Méléagant à nouveau des personnes inconnues qui sont pourtant révélatrices du passé d’Arthur : une amie d’enfance, son père adoptif… Son retour se solde non seulement par un échec (à l’aller, il n’a pas trouvé d’enfant), mais aussi et surtout, pas des rencontres qui lui en apprennent sur lui, son passé… Méléagant n’a qu’un seul but, voir Arthur souffrir et il réussit, puisqu’il arrive même à lui faire croire qu’il est infécond. La quête d’Arthur pour trouver un enfant est donc vaine, tout comme celle du Graal. Il voyait un moyen de se racheter, de donner un sens à sa vie, d’être pour une fois heureux et accompli… Il en revient perdu, déboussolé et profondément déprimé. La preuve, au dernier épisode, il tente de se suicider dans une baignoire préparée par sa femme.

Le développement des personnages est ici accru et c’en est plaisant. Davantage de psychologie, moins de surface, on arrive à mieux cerner les protagonistes. Leurs relations en subissent les conséquences pour notre plus grand bonheur pour certains. Tout d’abord, même s’ils passent toujours pour des glands, on s’aperçoit que Karadoc mais surtout Perceval sont d’une fidélité incroyable quant à Arthur. On s’en rend notamment compte lorsque Karadoc veut à tout prix retirer l’épée du rocher, il s’engueule avec Perceval qui lui interdit pour la simple et bonne raison qu’il n’y a qu’un seul roi, qu’un seul détenteur d’Excalibur et celui-ci se nomme ArthurKaradoc accepte donc pour son amitié envers Perceval de ne pas retirer Excalibur. Même si insignifiant aux yeux de beaucoup, j’ai trouvé ce fait tellement démonstratif de la dévotion que porte Perceval à Arthur. Je trouve que c’est la meilleure preuve de l’amitié que les deux personnages se portent, même si le chevalier tape sur les nerfs du roi. Malgré tout, lors des premiers livres, le roi invitait souvent Perceval à sa table, lui avouant même qu’il aimait passer du temps avec lui, alors qu’il regrettait systématiquement son choix. Ils auraient en fait, une relation de protecteur/protégé, et on peut le voir encore une fois dans les livres précédents, lorsque Arthur aide son chevalier à donner davantage de consistance à ses récits à la Table ronde.
Le personnage de Guenièvre est quant à lui moins con, moins maladroit et carrément plus mûr. Même si ce n’est pas réciproque, celle-ci est prête à tout pour Arthur, elle l’aide, le soutient, le défend. Et on y voit un certain respect de la part de ce dernier, car lui aussi, il la défend et l’apprécie. Guenièvre, là où elle était complétement débile dans les premiers livres se transforme en un véritable pilier pour son mari, il peut se reposer sur elle, se confier, et trouver une aide inconditionnelle auprès d’elle.
De plus, des relations père/fils se tissent : Arthur et son enfant fantasmé lors de ses rêves en est un très bon exemple. Il imagine cet enfant, il lui sourit, il le porte, s’amuse avec lui. Mais ce genre de relations est aussi vu lors de ses « retrouvailles » avec son père adoptif. Il sait à quel point il l’a blessé en ne lui donnant pas de nouvelle et s’excuse tant bien que mal auprès de lui. Puis parlons de ce passage plus ou moins énigmatique au phare, le repère du Pêcheur, le père des Jumelles. Plus révélateur qu’autre chose, le Pêcheur raconte qu’il attend son fils, parti à la pêche, il angoisse de ne plus le revoir, sauf que cela fait quinze ans qu’il est parti. Cependant, il l’attend toujours, avec la même angoisse qu’au premier jour, pensant qu’il va revenir d’une minute à l’autre, c’est un homme rongé par la folie. Lors du départ d’Arthur, il s’excuse de n’avoir parlé que de son fils. Celui-ci lui répond qu’il n’a pas parlé de lui souvent, et le Pêcheur confirme que si, il n’a parlé que de son fils disparu. Désappointant, mais tellement révélateur de ce que ressent Arthur avec son enfant qui n’est pas disparu, mais qu’il attend aussi depuis quinze ans. Les deux hommes ne sont plus que les ombres d’eux-mêmes et sont obnubilés par la pensée de cet enfant disparu/inexistant. A tous les deux, il leur manque quelque chose : leur fils.



Abordons le sujet de Méléagant, sûrement le personnage le plus sombre et complexe de Kaamelott. Sombre, car il montre une volonté de fer à voir s’écrouler autour de lui des personnes, il est censé leur montrer le chemin, mais ne fait que les enfoncer. Il pousse Lancelot à tuer Arthur, mais voyant que le premier est trop faible psychologiquement pour s’y atteler, il préfère prendre les choses en main lui-même et se présente à Arthur en tant que guide. Plutôt que de l’emmener à Kaamelott, il le guide vers son passé, le brisant à chaque rencontre. Coup de maître, il se sert de la Pytie pour lui croire qu’il ne peut pas avoir d’enfant. C’est donc un personnage voué au sabordage des gens, il n’a qu’une motivation, celle de semer le chaos autour de lui. Complexe, car on ne sait pas vraiment qui il est, même si on suppose qu’il est la Réponse des Dieux, évoqué par le livre Les Prophéties du Père Blaise. La réponse à son affront quant à l’histoire avec Mevanwi. Cette réponse, c’est la venue sur terre du Dieu des morts solitaire des frayeurs. Il a la capacité de voir l’avenir et surtout, il soumet Lancelot et surtout Arthur à sa volonté, volonté de les saborder, de tuer ce qu’ils ont de positif en eux. Et même s’il réussit son coup avec Arthur, puisqu’il le pousse au suicide, il n’y parvient pas avec Lancelot, vu que c’est lui qui sauve l’ancien roi, alors qu’il était initialement venu pour le tuer. Pire : pour le sauver, il utilise la magie blanche, l’instrument des dieux « de la vie », dont la messagère est la Dame du Lac.

Les personnages « anciens » de Kaamelott ne sont pas en reste. Puisque comme je le disais plus haut, leur psychologie a été développée et certes, Guenièvre a changé, mais Bohort devient courageux, on surprend Merlin à se racheter une sorte d’estime et de respect, parce que celui-ci passait davantage pour un abruti qu’autre chose, mais maintenant dans son élément (la nature, la vie extérieure), il peut vaquer à ses occupations de druide initial. Alors oui, le comique des personnages a carrément perdu de son poids, mais cela profite à leur personnalité carrément accrue, le Livre V, c’est le livre le plus sombre et le plus sérieux de Kaamelott, les personnages sont construits, creusés, et c’est tout bonnement plaisant. C’est les nouveaux qui prennent leur place en leur piquant l’humour, c’est le cas du personnage duDuc d’Aquitaine qui est véritablement soumis à sa femme, mais qui est aussi très intelligent.




Le Livre V a déçu les fans. Il les a déçus parce qu’il ne présente plus le même format, parce qu’il n’est plus drôle. Là où ce livre signe la déception, il sonne pour moi comme une sorte de révélation et d’admiration. Révélation puisque c’est grâce à lui que j’ai pu apprécier à sa juste valeur le travail de qualité d’Alexandre Astier qui n’hésite pas à déboussoler son public. C’est un petit peu comme le créateur de Kaamelott avait créé le monde des Bisounours pour pouvoir mieux y foutre le feu. A l’image de MéléagantAlexandre Astier « saborde » sa propre série pour lui donner un registre totalement différent, un ton plus grave, et une dimension complètement sérieuse. Il donne à ses personnages, à ses créations, une nouvelle force, une occasion de se racheter et de passer pour des gens biens et tellement humains. La narration a évolué, on ne se contente plus de petites histoires drôles, de gags, mais d’une réelle histoire travaillée. On prend plaisir à voir Alexandre Astier secouer tout ce petit monde (public et personnages de la série), à le voir s’élever au rang de créateur de série. Attention, je ne dis pas qu’il était nul avant. Mais grâce au Livre V, on prend vraiment conscience de tout son génie narratif qui peut aussi bien exercer dans un ton sérieux. Il utilise même les décors pour montrer à quel point il peut faire autre chose que des plans à l’intérieur, ici, la caméra bouge, elle se fond dans le décor, la nature est la meilleure alliée du créateur de Kaamelott, elle est variée et révélatrice du temps qui passe : on passe de l’hiver au printemps. Bref : il a osé, il a eu raison. 

Arturus Rex (part I)

Avant-propos : Vu que je ne sais pas débarquer quelque part sans mettre les pieds dans le plat, je préfère faire une légère introduction, qui vous indiquera mes réelles intentions, ce que je veux faire et ne pas faire. Mon objectif, plus que de faire une simple présentation technique, serait d’aller au-delà de ce qui est montré, savoir pourquoi, comment, etc. Sans pour autant dénaturaliser cette série. Faut plus voir ça comme un hommage, un foutu cadeau d’une fan à son idole (Astier himself), même s’il lira jamais. C’est très utopiste, mais c’est exactement ce que je veux. Alors autant vous le dire directement : non, vous ne verrez pas de fiche technique ni de présentation basique des personnages, vous avez assez de la page Wikipédia de Kaamelott pour cela. L’intérêt est donc non pas de rester à la surface, mais de vouloir creuser, d’établir des liens, de trouver des significations et de donner des interprétations (plus ou moins tirées par les cheveux). Ah, et, petite précision, je n’aborde pas le court-métrage Dies Irae.




LIVRE I

Le Livre I de Kaamelott, c’est avant tout une découverte de l’univers qu’a construit Alexandre Astier, plutôt que de prendre l’exemple sur des séries/films fantastiques et pour la plupart peu réussis, A. Apréfère donner une autre dimension à la légende arthurienne que celle attendue : moins d’héroïsme, plus de débilité. Parce qu’après tout, Kaamelott c’est ça, des chevaliers ridicules qui ont chacun une particularité (Bohort l’efféminé trouillard, Léodogan le caractériel, Lancelot le seul qui tient à peu près la route, Perceval l’idiot du village ou encore Karadoc similaire à Perceval mais carrément axé sur la bouffe) mais qui œuvrent inconsciemment dans le même but : certes trouver le Graal mais surtout passer pour des cons ! Parce que c’est un fait établi, Kaamelott met en scène des chevaliers peu dégourdis, avec un QI avoisinant celui d’une poule (Elle est où la poulette ?). Alors les épisodes sont très comiques et centrés tour à tour sur un ou plusieurs chevaliers, tentant vainement de servir Arthur mais qui se casse la gueule, parfois littéralement. On y voit souvent Arthur péter un câble d’ailleurs, ce qui rajoute une dimension comique, vu que ses colères sont absolument savoureuses : il engueule son personnel, ses chevaliers et sa femme. Parce que les chevaliers ne sont effectivement pas les seuls à porter le fardeau de la connerie, les femmes ne sont pas plus intelligentes, notamment Guenièvre qui en plus de ne pas avoir un physique avantageux, est souvent prise pour une conne par son époux, faut dire qu’elle ne broque pas grand-chose…

Situations comiques (avoir la chiasse en pleine bataille après avoir bouffé des champignons vénéneux, pour ne citer qu’un exemple), personnages débiles et répliques carrément hilarantes : ce sont les ingrédients que réunit Kaamelott. Car en effet, que serait cette série sans ses répliques ? Qui n’a jamais entendu un « C’est pas faux » ? « Le gras c’est la vie » ? Ou tout simplement repris le « Cuillère ! » du chef burgonde ? Peu de personnes je le crains.


LIVRE II

En globalité, le Livre II de Kaamelott a gardé la même recette que le premier : humour omniprésent, quêtes plus ou moins éventrées par maladresse, ras-le-bol d’Arthur.
Pas grand-chose à dire de plus sur ce livre, si ce n’est qu’on commence gentiment mais sûrement à apercevoir une certaine tension entre le roi et son fidèle Lancelot, révélatrice du début de la perte d’équilibre du royaume et de la légitimité qu’a Arthur à gouverner.

La particularité de ces deux premiers livres, c’est de n’avoir aucun fil conducteur : vous avez raté l’épisode de la veille ? Aucun souci, vous ne serez jamais perdus, puisque chaque épisode a son histoire.


LIVRE III

Dans le Livre III, on commence à avoir une chronologie des épisodes. Là encore, on est toujours face à l’humour, véritable signature des premiers livres de Kaamelott, seulement les choses se gâtent, puisque le roi voit son meilleur élément se détacher peu à peu de lui. Effectivement, Lancelot y exerce une double vie, à la fois chevalier servant à Kaamelott et chevalier errant dans la forêt, où il élit domicile la moitié du temps. Les engueulades sont de plus en plus fréquentes entre ces deux-là. Pour ne rien arranger, Arthur commence à avoir une liaison avec la femme de l’un de ses chevaliers (Karadoc) : dame Mevanwi. Tout d’abord secrète, elle est découverte à l’issue du dernier épisode, par Guenièvre qui y voit une trahison de son mari dans une moindre mesure (après tout, il a des maîtresses), mais surtout une trahison envers son ami, le seigneur Karadoc, qui selon la loi, va devoir être tué par le roi s’il veut prendre sa femme. La reine s’enfuit donc vers le seul homme qui l’aime, Lancelot.

Ce livre amorce des situations plus graves, et a, comme les précédents livres, même si je ne l’ai pas mentionné, des références et des indices quant à la légende Arthurienne mais aussi sur la suite qui va être donnée à la série.
Et ce, notamment, avec l’histoire raconté au neveu de Karadoc qu’Arthur est contraint de garder. La légende du roi est donc transposée ici pour être comprise par un enfant, les personnages deviennent des ours, faisan et autre cerf. C’est mignon, mais ça a une conclusion qui pour le moment est anodine, puisqu’elle parle de la dépression du petit ourson, qui n’est autre qu’Arthur.


LIVRE IV

Tout commence à foutre le camp à Kaamelott : Lancelot forme un clan séparatiste, Guenièvre est restée avec lui… Arthur ne voit pas le mal, mais pourtant, la Dame du Lac le met en garde contre la volonté des Dieux et l’avenir de Kaamelott. Plusieurs choses inévitables se passent : l’échange d’épouse Mevanwi/Guenièvre, la première devenant ainsi la reine du royaume, commence à être détestée de tous et toutes, puisqu’elle prend des initiatives, elle accède au pouvoir, veut diriger. Elle se présente donc comme une femme avide de pouvoir, ce qui la rend particulièrement désagréable. On lui préfère largement la candide Guenièvre, qui elle, déchante complètement dans sa nouvelle vie de pécore avec un Lancelot qui devient peu à peu taré, voyant un homme en noir partout… De plus, Arthur refusant d’écouter la Dame du Lac, celle-ci est reniée des Dieux et reléguée au rang de simple mortelle qui ne sait rien faire. Plus grave encore, le royaume de Kaamelott est en train de se déchirer, et chacun doit choisir son côté : soit rester fidèle à Arthur et à la table ronde, soit rejoindre le rebelle Lancelot. Pour tenter de rétablir l’ordre, Arthur quitte Mevanwi et attaque le camp de Lancelot pendant son absence, tout en récupérantGuenièvre, en lui proposant d’être de nouveau la reine. A son retour, Lancelot voit son camp pillé, ses hommes disparus et sa bien-aimée enfuie, c’est alors que l’on voit enfin l’homme en noir…



Sur ces quatre livres, je n’ai pas grand-chose à dire niveau interprétation, car tout est assez clair. Mais je reviendrai régulièrement sur ces livres lors de mes deux prochaines propas, c’est pourquoi il fallait absolument que je vous en parle, pour que les relations entre les livres ne soient pas incomprises.
Pour résumer, je dirai vraiment que ces quatre premiers livres sont souvent considérés comme les piliers de Kaamelott, effectivement, ce sont souvent les préférés du public, puisque ceux-ci n’acceptent pas (ou ne comprennent pas) le changement brutal dès le Livre V de traitement de l’histoire, de format et de registre. Personnellement, j’ai longtemps considéré que les deux derniers livres de Kaamelott n’avaient pas lieu d’être s’ils étaient ainsi. Un récent visionnage de l’intégrale m’a permis de comprendre certaines choses et d’avouer mon crime : je préfère Kaamelott et ses personnages dans un registre plus grave, et je vous expliquerai pourquoi prochainement.