Cinq films version fast-food

Avant toute chose, ce que je nomme la version fast-food dans le titre, ce n’est pas en rapport avec la qualité, la fond ou la forme du film : c’est juste que je vais aborder cinq films dans cet article et que mes propos seront donc assez écourtés et sans grande préparation préalable (oui genre je fais des pompes avant de commencer un article).

Pourquoi cinq films ?
Parce que ça me fait chier de faire un truc complet pour chacun de ces films. Mais aussi parce que je vais tenter une approche assez semblable pour chacun d’eux, étant donné que ces cinq films entrent dans le thème épouvante-horreur et surtout que ces films sont peu connus. Je vais donc tenter de mettre les projecteurs sur ces cinq petits films qui sont tous sympathiques, avec un budget limité mais qui ont pour réel point commun de n’être guère médiatisés, et ce, pour des raisons plus ou moins obscures.
Et puis cinq films ça permet de faire votre choix de nouveauté pour le soir d’Halloween (ça arrivera plus ou moins vite !) : je vous présente cinq films pour le prix d’un, c’est merveilleux, non ?

SESSION 9

Sorti en direct-to-video en 2006, le film a été réalisé en 2001 et présenté au Festival de Deauville en 2001 et au Festival de Gérardmer en 2004.

Ce film raconte l’histoire de quatre ouvriers en bâtiment qui rénovent un ancien asile désaffecté. Alors que certains font des découvertes étranges dans ce lieu, d’autres sombrent peu à peu dans la folie…

J’dois dire merci à la personne qui m’a conseillé ce film.
Ce film ne paye pas de mine : l’histoire et le lieu de l’action sont déjà vus, l’affiche n’est pas excellente et on a du mal à rentrer dans le film. Pour cause, il ne se passe rien pendant tout le début… Il y en a beaucoup qui ont été agacés par cet aspect peu reluisant et ont laissé tomber. A tort puisque cela permet de faire monter la tension crescendo. On nous montre de la normalité à foison, on attend, on trépigne et on se demande ce qui va bien pouvoir arriver à nos pauvres bonhommes.
Malgré quelques défauts notables (c’est fouillis, lent et le scénario est parfois wtfesque), je trouve l’ensemble assez bon, pas excellent, mais assez bon. Tout est basé sur le psychologique, il n’y a pas d’horreur, pas de monstre, pas de vilains zombies… Cependant, je suis sûre que vous allez être à un moment dans le même état que devant [REC] lorsque le prêtre commence sa tirade par « Je vais devoir sceller cette chambre… ». Ceci n’est pas un spoiler : j’vous jure que Tristana Medeiros n’est pas présente dans Session 9 ! Je veux juste dire que vous allez être bien tendus et ce sans avoir eu le jump scare du siècle.

Session 9 est basé donc sur l’aspect psychologique, la folie et la psychopathie. Mais pour les yeux, on a de chouettes décors qui nous sont servis. En effet, l’hôpital psychiatrique où a été tourné le film a une allure inquiétante et puissante, l’intérieur n’est pas décevant puisque c’est lugubre, abandonné et vide… Cela dit, certains restes du temps passé surgissent, c’est ainsi qu’on nous parle lobotomie et autres techniques arriérées pour nous. Puis on visite quand même de sacrées pièces : la morgue, les chambres où les murs ont gardé leurs photos d’anciens patients, les souterrains et les longs couloirs…


Foutu dilemme…

L’atmosphère est oppressante, presque étouffante. On se met facilement à la place de ces quatre « messieurs-tout-le-monde » et on essaye de se sortir tant bien que mal de cette situation étrange et aucunement rationnelle.
Comme je vous l’ai dit, on part de « rien » pour arriver au summum. J’entends par là que notre point de départ sont nos quatre personnages crédibles, normaux et donc tellement humains puis on sombre petit à petit dans le fantastique sans s’en rendre compte, la transition, parfaite, est celle des écoutes des séances entre une patiente et son médecin sur des vieilles bandes magnétiques. A l’instar du reste du film, le contenu de ces bandes monte en puissance et angoisse petit à petit. Car même si on sent la grosse merde arriver pour nos protagonistes, on ne peut s’empêcher de vouloir explorer le lieu et de comprendre ce qui se passe.

Bonus : voir David Caruso sans ses lunettes de soleil est possible grâce à ce film.

THE INNKEEPERS

Sorti également en direct-to-video, ce film a été réalisé en 2011, j’ai dû le regarder plusieurs fois pour m’en faire une idée…

Deux jeunes employés d’un hôtel voué à la fermeture définitive profitent de la presque absence de clients pour sortir leur matos de chasseurs de fantômes et explorer leur lieu de travail qui serait l’un des lieux les plus hantés du pays.

Je réponds maintenant à la question que vous vous posez sûrement (vous êtes si prévisibles) : j’ai dû voir et revoir ce film car je n’arrivais pas à savoir si je l’aimais ou non. C’est étrange, mais l’un des rares autres longs métrages ayant eu ce traitement de faveur de ma part est Irréversible (sauf que lui je n’ai pas osé le revoir). The Innkeepers m’a posé problème parce qu’il m’était impossible d’avoir un avis clair à propos du film : je ne savais pas si je l’aimais ou si je le détestais ni même si j’étais neutre. Le pourquoi du comment qui explique cette confusion c’est que le film est basé sur la psychologie lui aussi. Mais pas à l’instar deSession 9 puisque ici, tout est beaucoup plus complexe, on nous parle de chasseurs de fantômes avant de nous parler de fantômes. On sait donc qu’il y a quelque chose mais rien n’apparaît sous nos yeux. On nous martèle d’anciennes histoires, de légendes urbaines, certains clients sont étranges (flippants ?) mais pas de fantôme ni d’apparition d’outre-tombe. Et quand ça arrive, c’est tout d’un coup, brutal et affolant.

Il faut dire que ce qui accroît la confusion c’est qu’on nous présente une comédie de prime abord. La relation entre les deux jeunes employés est fendarde, leurs comportements nous tirent des sourires et les répliques sont appréciables. Cela renforce le côté « chasseurs de fantômes sans fantôme », qui donne ici un « film d’horreur sans horreur », on a peine à croire que The Innkeepersest de ce registre. Et pourtant, quand ça arrive, ça arrive…
Sinon, la performance des acteurs est juste, mention spéciale à Sara Paxton, notre asthmatique de service qui joue aussi bien qu’elle est jolie.
Au final, j’apprécie ce film pour son originalité, son mélange des genres et son traitement du thème des chasseurs de fantômes en inactivité qui n’avait jusqu’ici été que très peu exploité.

TRICK ‘R TREAT

Réalisé en 2007, sorti en 2009. J’vous le donne en mille… en direct-to-video !

Le film nous présente plusieurs personnages qui ne se connaissent pas dans une même ville le soir d’Halloween. Certains mettent du cœur à l’ouvrage pour réussir cette fête. Et pour eux, Halloween est sacré, quant à ceux qui ne suivront pas la coutume…

Trick ‘r Treat n’est pas un film d’horreur mais par le traitement de son thème, on peut dire qu’il rend hommage à Halloween. On y voit notamment des créatures associées à cette fête : loup-garou, croque-mitaine, zombie, meurtrier sadique… Et ces individus font donc tout pour que la collecte des bonbons éclairée par des Jack-o’-lantern, y compris tuer ceux qui ne voudront pas respecter la tradition. L’ambiance du film est glauque, sombre et inquiétante, mais le film surfe surtout sur l’humour noir malgré des scènes assez gores.
Les décors quant à eux sont sublimes : gothique et noir, on sent que c’est Halloween, les costumes des fêtards sont parfois magnifiques et les maisons décorées sont juste terriblement chouettes.

Le film se découpe en quatre parties. Quatre segments où des personnages vont aborder Halloween chacun à leur manière : ne rien faire, rite initiatique, visite d’un lieu flippant ou profiter avec son enfant… Ces récits ont le défaut d’être logiquement courts et donc pas assez développés : on en voudrait encore mais on doit se contenter de ce que l’on a. Les personnages se développent au fur et à mesure et se révèlent être férocement terrifiants… Car maintenant, on connaît le visage angélique d’un loup-garou.

Cependant Trick ‘r Treat est juste un bijou que l’on a envie de voir encore et encore tant il est plaisant de voir nos doux monstres évoluer et faire leurs crimes de leur côté sans une once de remord. C’est juste impeccable mais le film souffre de sa courte durée malgré une efficacité époustouflante, tout en jonglant sur les mythes et les légendes urbaines avec originalité et point de vue personnel.

GRAVE ENCOUNTERS

Inédit en France, malgré sa présentation à Gérardmer en 2012.

Lance et ses acolytes s’enferment dans un hôpital psychiatrique abandonné pour tourner un documentaire sur la chasse aux fantômes. Se moquant des peurs des locaux envers le lieu, l’équipe de tournage va se rendre compte que le bâtiment est hanté et qu’il ne les laissera pas sortir.

Le found-footage ça me fait chier, sauf dans de rares cas, comme dans [REC] ou dans Grave encounters. Ici je trouve l’utilisation logique (il y a une justification à cette présence de caméra subjective) et assez réussie, l’image n’est pas dégueulasse et on ne tourne pas la caméra tel un fifou dès qu’il y a le moindre bruit. Globalement, on nous présente des choses effrayantes avec le minimum de moyens, ce qui est assez réussi puisque nos protagonistes sont plus ou moins aguerris. En effet, l’équipe est habituée à filmer de la supercherie, mais là, ils vont être confrontés à du vrai, du lourd, du terrifiant.

Comme pour les punir d’être là et d’avoir vécu dans le faux auparavant, ils se retrouvent dans un véritable labyrinthe où ils croisent des personnages horribles. Mais avant, histoire de bien faire monter la pression, il est d’usage de nous montrer des événements bizarres sans apparition morbide : bruits suspects, mouvements d’objets, pour se rapprocher doucement des protagonistes et commencer par leur soulever les cheveux.

Par contre, ce qui me gonfle fortement, c’est cette volonté de tout conclure par un truc inexpliqué. Comme pour dire « bah en fait, on savait pas trop comment ça allait finir, alors on va jouer sur le fait que le spectateur va vouloir interpréter à sa sauce »… Oui mais non, moi j’en ai marre de tout vouloir expliquer, je désire débrancher mon cerveau et qu’on me fasse tout. C’est pour cela que la fin, les toutes dernières minutes sont carrément lamentables. Elles nous font voir des choses qui n’avaient absolument rien à voir avec le reste du film, façon ni vu ni connu j’t’embrouille mixées à je vais rajouter ça sur le feu, que tu partes pas sans rien. On sent bien que les réalisateurs n’avaient aucune idée ni aucune inspiration pour cette fin mais je trouve ça dommage de conclure aussi mal une histoire qui avait été assez bien maîtrisée pendant tout le film.

Malgré tout, le film reste assez bon, pas époustouflant mais il a le mérite d’être bien interprété, joué et mis en scène. Quant au fait de vouloir survivre envers et contre tout, malgré la sortie introuvable/inexistante, c’est assez impressionnant. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que je me serais suicidée au moins dix fois à la place des personnages. Alors certes, ils n’ont pas tous l’esprit sain après plusieurs heures enfermés et ils sombrent dans une folie assez extrême, mais diantre, ils sont foutrement téméraires.

TRIANGLE

Direct-to-video lui aussi. Sorti en 2011 mais réalisé en 2009. Je voulais un film à la con pour débrancher mon cerveau et fantasmer sur un bateau fantôme, j’ai fait chou blanc.

Jess et ses amis se rendent sur un voilier pour une excursion. Malheureusement, la météo se dégrade brutalement et renverse le bateau. Les survivants s’accrochent à l’épave en attendant des secours et aperçoivent un paquebot qui s’approche silencieusement. A bord, les jeunes gens visitent le bâtiment mais constatent qu’il a l’air abandonné et que les passagers ont disparu. Jess sent que des événements étranges se passent… Puis une personne masquée fait son apparition et tire sur tout le monde.

Plus que le voyage dans l’espace supposé par un bateau, le film nous emmène dans un voyage dans le temps. Alors que les premières minutes du film semblaient sans encombre, en plus des événements qui commencent à s’embrouiller (une personne masquée qui essaye de tuer tout le monde et qui se ferait passer pour Jess…), la narration elle-même s’embrouille. En effet, on a affaire dans ce film à un schéma narratif peu encouru, puisque l’on est pris dans une spirale infernale… Les événements se répètent et tournent à l’infini. Seule Jess comprend ce qui se passe et tente de sauver ses amis et sa peau tant bien que mal. Au final, on aura le droit aux mêmes scènes trois fois (comme pour fermer les trois segments d’un triangle). Cependant, ces scènes seront changeables dans le sens où Jess arrive à changer certains événements mais se retrouve démunie à la fin, puisqu’elle échoue à chaque fois à sauver ses compagnons d’infortune.

Il était difficile d’imaginer un film avec des scènes qui se répètent sans penser à l’ennui et à la redondance. On se plantait bien puisque le réalisateur a tout prévu et nous donne des éléments de compréhension à chaque tour, tout en poussant plus loin la résolution du problème, sans jamais l’atteindre cependant. Car ici, la bateau est certes vide, mais absolument pas hanté ni maléfique… Seule Jess projette sur ce lieu et son entourage ses problèmes et troubles puisque la jeune femme est atteinte de problèmes psychiatriques. La personne masquée qui poursuit Jess et ses amis en voulant leur mort n’est autre que notre héroïne elle-même. Dans l’incompréhension totale, on tâtonne en même temps que Jess sur les éléments qui se dessinent peu à peu et veulent bien se montrer. Pourquoi vouloir tuer ses amis et elle-même ? Voyant donc les quelques indices donnés avec parcimonie et rassemblant le tout, pour nous aussi, l’évidence (celle que Jess veut appliquer en tout cas) est que la mort est la seule issue à ce cauchemar. Cependant, quand tout semble réglé, Jess est ramenée malgré elle au point de départ et oublie tout pour recommencer à l’infini.

Rien à voir avec Un jour sans fin (où le personnage est interprété par l’excellent Bill Murray). En effet, ici les événements sont tragiques et le destin de notre personnage est triste. A la fin du film, on s’en veut de partir pour la laisser coincée là, seule.
Cela dit, la seule ressemblance avec le film de Harold Ramis, c’est qu’il est impossible et inutile de vouloir expliquer et de comprendre ce qui se passe. Triangle révèle des problèmes et nous donne des pistes d’interprétations : maladie mentale, œuvre mystique… Mais ne nous donne jamais la solution tant attendue.

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Shutter island


Je vous parle donc de Shutter Island, réalisé par Martin Scorsese avec qui DiCaprio fait toujours un bon duo.

Shutter Island, ce film que j’ai raté à sa sortie au cinéma…
Bien sûr, je me suis rattrapée et ai prié Leonardo pour qu’il me pardonne, ce qui le place au rang de mon troisième film préféré.

Comme d’habitude, présentation du film :

Teddy Daniels, un marshall est envoyé avec un coéquipier pour enquêter sur une île où se trouve une prison de haute sécurité. Leur mission : comprendre comment une des « patientes » de cette prison/hôpital psychiatrique s’est enfuie de sa chambre fermée de l’intérieur. L’histoire se passe en 1954.

Mystères, incertitudes, folie… C’est ce qui nous attend dans Shutter Island.
En effet, ce film très noir, très sombre abrite un petit bijou glaçant et merveilleux de l’univers cinématographique.
Tout le thème de la psychiatrie est exploré : paranoïa, folie meurtrière, schizophrénie… De quoi nous rendre nous-mêmes paranoïaques ! Car c’est effectivement ce que Scorsese réussit à faire de nous, spectateurs maléables, de véritables paranoïaques : qui dit vrai, qui dit faux dans cet hôpital ? Où se trouve la folie ? Où est la frontière avec la vérité ?

Le personnage de Teddy Daniels, d’abord sûr de lui se voit de plus en plus tourmenté au contact de cette île presque maudite. Ces démons viennent le visiter (camp de concentration, sa femme morte dans un incendie…) et son passé le rattrape, car la véritable motivation de cette venue sur l’île, c’est de retrouver le pyromane qui a tué sa femme dans l’incendie de leur immeuble.
On peut même établir un lien entre la lobotomisation pratiquée dans l’hôpital et les camps nazis, deux choses que côtoie et a côtoyé Teddy.
Seulement voilà, la folie commence à s’emparer de lui quand il se heurte au personnel soignant et médical qui lui indique que ce « patient » ne se trouve pas en ces murs. Pourtant, des indices prouvent le contraire. Alors pourquoi tant de mensonges et de mystères sur ce patient ?

Notre imagination est mise à rude épreuve dans Shutter Island, et ça a été un réel plaisir pour moi de me triturer l’esprit en le regardant pour la première fois, et pour en comprendre toutes les subtilités lors de mes récents visionnages encore.

Les décors sont somptueux tout en restant dans la noirceur voulue par le film : l’île et ses roches abruptes, l’hôpital et ses images cliniques, froides, sinistres, presque oppressantes, même le temps orageux s’en mêle.
Rien que lors de leur entrée sur l’île, un thème musical très obscur, apeurant.

Vous l’aurez compris, la tension et le tourment durent tout au long du film… Jusqu’à la scène finale, l’apothéose du film nous posant au fond de nous-même une grande question… Homme d’honneur ou homme fou ?

C’est à vous d’en décider lors de ce visionnage !