Spaced

Spaced ou Les allumés en VF, c’est une série réalisée par Edgar Wright et écrite par Simon Pegg et Jessica Stevenson qui en sont les deux acteurs principaux. Cette série a vécu deux saisons, ce qui lui fait un total de 14 épisodes, de 1999 à 2001.

Le pilote de Spaced met les choses en place : on voit Tim d’une part, dessinateur de comics qui vient de se faire larguer par sa copine et qui se retrouve à la rue. D’autre part, Daisy tout aussi paumée que lui cherche également un logement. Ils auraient pu passer le reste de leur existence à ne pas se côtoyer, mais le hasard en a fait autrement, c’est ainsi qu’ils se retrouvent chaque jour à la même table du même café pour chercher un appartement. Puis vient une brillante idée : ils vont se faire passer pour un couple auprès d’une logeuse, Marsha pour que celle-ci leur cède un des appartements de sa grande maison. Tim et Daisy vont donc devoir apprendre à vivre ensemble et à traîner malgré eux avec les amis de l’autre : Mike, le meilleur ami de Tim, un boulet fan d’armes, de guerre et toujours habillé en militaire, et Twist, la meilleure amie de Daisy, pimbêche et absolument détestable. En plus de ces deux-là, vont se greffer la logeuse, Marsha une femme très affectueuse qui ne se sépare jamais de son verre de vin et de sa cigarette, et Brian un de leur voisin qui est un artiste torturé et conceptuel. Ce petit monde va donc vivre au fil des épisodes des événements assez surréalistes, drôles et singuliers.



Car c’est ainsi que l’on peut résumer un épisode de Spaced : singulier, car les épisodes, ne suivent aucun fil rouge et il est donc tout à fait possible de louper un épisode et de voir le suivant, le spectateur ne sera pas perdu ; surréaliste, car il n’y a pas forcément une logique narrative mais on peut totalement passer du rêve à la réalité en passant par les pensées, avec beaucoup de facilités ; et surtout drôle, car l’essence même de la série, c’est l’humour. Spaced ne se prend jamais au sérieux, et si on a l’impression que l’on va aborder quelque chose de sérieux (comme la séparation, la trahison des deux personnages principaux vis-à-vis de leur logeuse ou encore la difficulté à trouver un travail), on nous remet vite dans le registre de l’humour. Et ce, soit avec le comique de situation, notamment avec les nombreux quiproquos que comprend la série, avec le comique de mots, car les personnages ne manquent pas de piquant ni d’une certaine autodérision (parfois malgré eux) ou le comique de gestes, vu notamment avec les combats feintés par Tim ou Mike, en référence à leur jeu vidéo adoré : Tekken. L’humour est donc omniprésent dans Spaced. Les personnages hauts en couleur ne manquent pas de nous faire rire chacun à leur façon et ce sentiment est décuplé lorsqu’ils sont réunis. Car tous les personnages sont importants, même les seconds rôles : ils forment un tout irréductible. On peut même y voir l’avènement de ces acteurs et du réalisateur dans le Made in Britain, car on les retrouve quelques années plus tard dans les réalisations d’Edgar Wright qui s’inscrivent dans la continuité de la série : humour, parodie, références culturelles sont notamment les mots d’ordre de ces films (Scott Pilgrim ou la Blood and Ice cream trilogy).

Comme dit plus haut, Spaced accorde une place très importante, si ce n’est essentielle, à l’humour. La série se veut parodique car elle rend hommage aux nombreux chefs-d’œuvre de la culture populaire : Star WarsMatrix, mais aussi les comics, les jeux vidéo… On pourrait presque dire que Spaced est un pionnier de la culture geek qui a engendré un bon nombre d’œuvres dans le genre (les réalisations de Wright mais aussi le méconnu The IT Crowd) ou qui a inspiré des d’œuvres dans un autre registre mais qui nous fait directement penser à notre série (Friends et autres HIMYM). Spaced nous surprend même en parodiant Les feux de l’amour avec leur musique d’ascenseur ou en rendant hommage à Shining avec ce passage absolument énorme.
Avec ces références geek et nos personnages particuliers, il est tout à fait possible voire probable de s’identifier à un ou plusieurs personnages : ils sont drôles, ont des problèmes, sont paumés et relativement jeunes (une vingtaine d’années pour les Tim et Daisy) : pathétiques mais terriblement attachants. Rajoutons à cela leur propension à sombrer dans l’excentricité et le délire, Spaced a des personnages qui nous ressemblent.



Seulement deux saisons de sept épisodes chacune, c’est court, mais cela renforce le côté « légende » autour de Spaced : ce petit nombre d’épisodes qui sont tous des pépites, chacun ayant une histoire à raconter qui a sa particularité. Évidemment, la fin n’en est pas vraiment une, car on pourrait s’attendre à du concret entre Tim et Daisy, mais il n’en est rien, et cela casserait tout que de les voir ensemble. En réalité, la série n’a nullement besoin d’un dénouement, car le dernier épisode se suffit à lui-même : on ne sait pas ce qui va se passer pour nos personnages, mais après tout, n’est-ce pas ça la vie ?
Sur cette magnifique conclusion, je vous invite à voir cette série trop méconnue et à rectifier le tir.

Publicités

Shaun of the dead

Il a été réalisé par Edgar Wright en 2005. La plupart des sites classent ce film dans le genre « comédie horrifique ».

Les acteurs principaux sont :

Simon Pegg, qui campe le rôle de Shaun, un quasi trentenaire qui vit en colocation avec deux vieux amis à lui dans une banlieue de Londres. Il travaille dans un magasin d’éclectro-ménager et va tous les soirs avec sa petite amie Liz, les amis de cette dernière et Ed, son meilleur ami.
Nick Frost est Ed, un vendeur de shit, il ne fait rien de ses journées à part jouer à la console et se remplir le ventre de bières. Il est aussi le centre des disputes dans la maison.
Liz, jouée par Kate Ashfield, est la petite amie de Shaun est complètement lassée par Shaun qui ne fait que passer ses soirées au Winchester, un bar et qui est toujours accompagné d’Ed, une sorte de crétin lourd. Elle souhaiterait passer des soirées en tête-à-tête avec Shaun.
David (Dylan Moran) et Dianne (Lucy Davis) sont les deux amis de Liz, le premier est amoureux secrètement de Liz alors qu’il sort lui-même avec Dianne. Cette dernière est comédienne (« ratée » dixit Shaun).

Sans compter que les Coldplay sont figurants dans ce film (véridique !).

Passons maintenant au synopsis :

Shaun mène une petite vie tranquille voire carrément ennuyeuse : il travaille et sort le soir avec sa copine et ses amis au Winchester. Quand sa petite amie lui demande de passer une soirée rien qu’avec lui, celui-ci décide de l’emmener au restaurant le lendemain soir… Malgré y avoir pensé toute la journée, il oublie de réserver une table et Liz rompt.
Le lendemain de cette rupture, il se passe des choses étranges : les habitants de Londres sont étrangement devenus des zombies après avoir été mordus par d’autres zombies. C’est alors que Shaun devient un super-héros, voulant reconquérir son ex petite amie en la sauvant elle, ses amis et sa mère.

En voyant ce synopsis voire même le titre, je m’étais dit « encore un énième film d’horreur inintéressant » ou « ça sent le gros navet ».
Le problème, c’est que Shaun of the dead est tout sauf un film d’horreur : c’est une parodie DE film d’horreur (le titre est en rapport avec Dawn of the dead de George A. Romero), et c’était pour ma part, une découverte surprenante.
Ce film est en effet plutôt absurde, tantôt gore, tantôt illogique, mais toujours drôle, avec une pointe d’humour noir.
Au début, il est vrai que l’on s’ennuie un peu, mais c’est certainement le but : on veut nous montrer que Shaun a une vie lassante dans laquelle il ne se passe RIEN, mais après, c’est complètement aberrant et drôle.

Effectivement, les scènes les plus hilarantes sont notamment quand Shaun et Ed décident de couper la tête aux zombies avec des disques vinyles, quand Shaun, Ed et Liz tuent un zombie en dansant sur Don’t stop me now de Queen, ou encore quand Shaun reçoit une fléchette en pleine tête…
Et ma préférée : quand Shaun et Ed sont en bas de l’escalier et que le premier appelle leur colocataire, (devenu zombie) avec une voix très efféminée !

Bref, tout cela pour dire que ça serait dommage de louper cette référence de l’humour anglais (parce que là vraiment, on est en plein dedans) et donc je vous invite tous à le voir au moins une fois si ce n’est pas déjà fait !

Scott Pilgrim (2010)

Scott Pilgrim (à l’origine Scott Pilgrim vs the World) est un film d’Edgar Wright (réalisateur de Shaun of the dead et Hot fuzz) avec Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead, Kieran Culkin ou encore Ellen Wong.
Scott Pilgrim est avant tout une série de comics écrite et dessinée par Bryan Lee O’Malley.

Scott est un jeune bassiste dans un groupe de rock amateur, les Sex Bob-Omb. Il a un colocataire gay, gossip et cynique, Wallace, une sœur un peu envahissante, Stacey et une copine qui est dans un lycée, Knives. Un soir, il rêve d’une fille aux cheveux roses et en devient complètement dingue. A la bibliothèque il tombe dessus et comprend qu’elle travaille pour le site Amazon.ca. A une soirée, il apprend que cette fille s’appelle Ramona Flowers. Il décide de commander un livre et attend impatiemment sa livraison. Quand elle arrive, il lui demande si elle veut sortir avec lui, elle accepte. Seulement, c’est là que Scott commence à avoir un avertissement par mail : il va devoir combattre la ligue des 7 ex maléfiques de Ramona pour sortir avec…

Scott Pilgrim, une référence à la culture populaire geek et gamer…

Le film est construit comme un jeu vidéo où chaque ex de Ramona correspond à un niveau. Plus on avance dans le film « jeu », plus le niveau devient difficile, et donc, plus l’ex est difficile à combattre.
Scott Pilgrim s’inspire aussi de sa genèse, à savoir, le comic-book : dans ce film, beaucoup d’onomatopées sont introduites des « Thonk » quand Scott se tape la tête dans un réverbère, des « Blam » quand Kim, l’ex-petite amie de Scott fait mine de se tirer une balle, des « Ring » quand le téléphone sonne…
Parfois même, quand Ramona vient à évoquer son passé avec ses ex, l’histoire est montrée en dessins animés.
On est vraiment plongés dans un film générationnel et décalé.
D’ailleurs tout est décalé dans Scott Pilgrim et ça passe comme une lettre à la Poste (j’aime bien utiliser des expressions à la con) : 7 ex maléfiques à combattre ? Pas de problème ! Quand ceux-ci sont K.O, Scott gagne des pièces ? Pas de soucis !

Ce qui renforce ce côté « générationnel » de Scott Pilgrim, c’est toute l’ironie, tout le sarcasme et l’humour qui en découlent.
Ne serait-ce que par le personnage de Wallace, le colocataire gay de Scott qui a une répartie du tonnerre et qui est très cynique.
« Scott : Sale comère de mes fesses !
Wallace : Tu m’connais ! »
Kim, une des ex de Scott est elle aussi exceptionnelle avec ses mimiques et ses phrases bien sarcastiques : « We are Sex Bob-omb. We are here to sell out and make money and stuff. » [« On est les Sex Bob-omb. On est ici pour devenir riche, vendre notre âme et tout le reste. »]

Les scènes de combat font référence elles aussi aux jeux vidéo de combat, elles sont esthétiques, rythmées et surtout, la mention « VS » (versus) vient ponctuer le début de chaque combat, tous comme le nombre de combos et les scores. Mention spéciale au dernier combat entre Scott/Knives VS Gideon. Le combat contre Roxy, la seule fille ex de Ramona est super également : Scott refuse d’abord de frapper une fille, on voit donc Ramona nous montrer tous ses talents de combattante et elle s’en sort pas mal, ce combat de fille est complétement génial et survolté !
En parlant de jeu vidéo, le logo Universal au début du film avec la musique que l’on connaît tous sont en 8-bit et nous mettent dans le bain directement.
Comme si ça ne suffisait pas, Scott, dans sa tentative de drague avec Ramona lui explique l’origine du nom donné au célèbre jeu vidéo Pac-man, qui s’appelle au Japon « Puck-man » mais qui a été changé pour éviter les plaisanteries avec « Fuck-man ». Cette anecdote lui pourrit certes sa drague, mais personnellement, sans ce film je ne l’aurai jamais su.
Hormis Pac-man, des références à Tetris, Final Fantasy, Zelda ou encore à Soul Calibur sont évoquées.
A l’instar des jeux vidéo, tout l’univers de Scott Pilgrim est coloré : des t-shirts des protagonistes aux cheveux de Ramona, bleu, rose, vert… Tout y passe et c’est carrément esthétique !

Les personnages apportent tous quelque chose au film

Que ce soit les ex maléfiques qui ont tous leur particularité (un bassiste végétalien, un acteur, un producteur de musique, une fille ninja…), les amis de Scott ou Scott lui-même, tous sont, d’une part très bien interprétés mais sont utiles au déroulement du film. Ils ont tous sans doute basculé dans les clichés mais aucun faux-pas n’est commis : Ramona est mystérieuse et on voudrait toutes lui ressembler (bon ok, juste moi), Scott est un post-adolescent complètement paumé mais ramené à la raison par sa sœur ou par Wallace qui le replacent sans cesse dans le droit chemin. Même ses amis et compagnons de groupe ont leur petit quelque chose.

Un autre point fort du film, c’est sa musique

La bande originale de Scott Pilgrim est comment vous dire ? ABSOLUMENT GÉNIALE ! Très rock, divers groupes sont intervenus dans cette bande son et m’ont permis de faire de belle découverte. Entre Beck, les Rolling Stones et T-Rexque je connaissais déjà, Metric et Plumtree que je viens de découvrir et que j’adore, s’ajoutent d’autres talents comme Broken Social Scene, Frank Black ou encore le groupe de Scott lui-même, les Sex Bob-Omb

Un petit aperçu ?
Metric – Black sheep (version de Brie Larson)
Plumtree – Scott Pilgrim
Beck – Threshold

Enfin, qui dit film sarcastique et générationnel, dit répliques complètement barrées

Je pourrais vous citer tout le film, mais une simple mise en bouche suffira :

« Knives : What do you play ?
’Young Neil’ : Wow, ummm… Zelda… Tetris… That’s kind of a big question… »
[« – Salut, qu’est-ce que tu joues ?
– Wahoo… euh… Zelda, Tetris… Y’en a trop pour en faire la liste… »]

« Kim : Scott Pilgrim, you’re the salt of the earth.
Scott : Thanks, Kim.
Kim : I meant « scum » of the earth. »
[« – Scott Pilgrim, tu es le sel de la terre.
– Merci, Kim.
– Je voulais dire, l’ordure de la terre. »]

« Stacey : Did you really see a future with this girl ?
Scott : Like… with jet-packs ? »
[« – Tu te voyais dans le futur avec cette fille ?
– Comme… Genre dans l’espace ? »]

« Wallace : Hey Jimmy, do they rock or suck ?
Jimmy : They have not started playing yet…
Wallace : That was a test Jimmy, and you passed. »
[« – Hey Jimmy, ils sont bons ou nuls ?
– Ils ont pas commencé à jouer…
– C’est un test Jimmy, tu l’as réussi.»]

Mais qui dit film générationnel dit public ciblé…

Car oui, Scott Pilgrim n’est pas un film pour tous. Il est ciblé pour les jeunes, ceux de la culture geek et tous ceux qui ont connu Tetris et Pac-man, en plus des amateurs des comics… C’est pourquoi le film a été un grand échec commercial lors de sa sortie au cinéma… Non pas qu’Edgar Wright ait voulu faire un film pour nantis, bien au contraire, mais les comics laissaient déjà peu de places aux personnes ne connaissant que très peu l’univers pop culture actuel.
A titre personnel, je n’ai pas lu les comics, j’ai juste vu le film et j’ai vraiment adhéré, alors je vous le conseille à tous pour toutes les raisons que j’ai évoquées.