The Hole (2001)

The Hole, c’est l’histoire de quatre étudiants britanniques qui disparaissent pendant 18 jours. Alors que l’espoir de les revoir en entier s’affaiblit, Liz, une des disparues, revient.
Le film a été réalisé par Nick Hamm et son casting réunit Thora Birch, Desmond Harrington ou encore Keira Knightley.

Après des films comme Fight club, Sixième sens ou encore Usual suspects, on pense sûrement qu’un twist final, un vrai, ne peut plus arriver, ou du moins, égaler ceux de ces trois monstres notamment. Je ne sais pas si ça se fera un jour, toujours est-il que The Hole ne l’a pas fait. Est-ce que le film est à jeter pour autant ? Certainement pas.
En fait, The Hole est qualifié comme : drame, épouvante-horreur, mystère ou encore thriller. Tous ces termes sont exacts, à l’exception de l’épouvante-horreur qui n’a vraiment rien à foutre là. Le mystère, parce que savoir ce que ces quatre gosses ont fait pendant dix-huit longs jours, ça serait pas mal ; le drame, parce que plus on va s’enfoncer dans l’histoire, plus celle-ci aura des résonances graves et inéluctablement tristes ; le thriller, parce que ce film n’a rien de gentillet dans ce qu’il raconte, et qu’il se révèle être un fabuleux récit à longuement décortiquer, surtout qu’il y a un coupable.
Pour en revenir à l’histoire, pendant les quinze premières minutes, on sait tout, ce qui s’est passé, quand, comment et pourquoi. Seulement le film n’existerait pas si tout était réglé dès les premiers instants. Et vous vous en doutez bien, ce que l’on sait dès le début n’est en rien la vérité. Cette dernière, il va falloir la découvrir en même temps que les personnages et, surtout, selon les dires de la survivante qui a été traumatisée et qui lâche les informations au compte-gouttes. C’est surtout en cela qu’est le film un thriller psychologique, sans pour autant avoir l’ambition de se nommer comme tel. En ce premier point, je pense qu’on a le premier défaut du film : avoir voulu nous raconter la vérité pendant les premiers instants, donc nous montrer ce qui n’est pas vrai a été une erreur. En effet, dès les premières minutes, le doute s’installe et on se sent obligés de chercher, de se poser des questions et le tout se révèle sans surprise. C’est ici que la magie du twist final s’efface un peu, parce que celui-ci est d’ores et déjà prévisible.

Pourtant, The Hole ne dit pas son dernier mot et arrive à dédramatiser les choses et se détendre : des retournements de situation, on en a déjà vu, des connards de gosses de riches qui pensent que le monde leur appartient, aussi, la recherche du coupable façon « c’est pas moi, c’est lui », idem. C’est donc là que le film se pose, derrière tout ce brouillard de déjà vu, cette impression de faux renouveau. Et ce, pour mieux sortir du lot et se démarquer des autres. Là où je veux en venir, c’est que l’œuvre réussit à se démarquer des autres en pointant du doigt leurs défauts, en les reprenant brillamment, en mixant le tout intelligemment et en ressortant quelque chose de répugnant, de malsain, de dégueulasse. Parce que c’est ce qu’est The Hole : une histoire malsaine qui nous colle des frissons dans le dos. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on est dégoûtés à vie ni qu’on perd tout espoir en l’humanité après ce film (ce qui a été plus ou moins le cas pour moi avec Megan is missing, si ça vous intéresse), mais le film a la capacité étrange et dérangeante de nous absorber et de nous balancer un récit incroyable de par son côté putride. On se pense soulagés en apprenant toute la vérité dès les premiers moments du film ? C’est pour mieux nous botter le cul avec des faits morbides par la suite. Comme pour nous punir d’avoir cru un seul instant que l’histoire avait été « belle » et que les coupables avaient été clairement identifiés.

Le film est loin d’être exempt de défauts, notamment dans ses personnages qui sont caricaturaux : le fils de star qui se fout de tout, le sportif un peu détraqué, la blonde délurée pas si conne et, enfin, notre survivante, celle qui rêvait d’être la reine des abeilles alors qu’elle n’est qu’une fille qu’on ne regarde pas. Malgré tout, Thora Birch, qui interprète cette dernière, endosse encore une fois le rôle d’une paumée en mal de vivre, comme elle l’avait fait pour Ghost World ou encore American Beauty. Est-ce qu’elle ne sait faire que ça ? Absolument pas, parce que son personnage va beaucoup plus loin avec The Hole et la gentille et douce petite innocente ne l’est peut-être pas tant que ça. L’histoire révélée par ses soins, ou plutôt, par ce qu’elle voudra bien nous lâcher est sordide et crue. [SPOILER ON] Son personnage d’apparence normale, façon « qu’est-ce que je fous là ? » aura en réalité bien des choses à se reprocher et nous livrera un personnage froid, dur et dénué de toute empathie. Malgré tout, là où je remercie le film, c’est que celui-ci évite de nous livrer des justifications psychiatriques et/ou psychologiques pédantes sur ce personnage. Même si l’on pourrait désigner Liz comme étant une perverse narcissique (cet impressionnant statut qu’on ressort à toutes les sauces ces derniers temps), elle n’est jamais désignée comme folle ou détraquée. Au contraire, elle est normale, et c’est ça qui fait vraiment froid dans le dos. [SPOILER OFF]

Un autre défaut du film, en plus de son twist final qui n’en est en réalité pas un, c’est que, bien que compréhensible malgré les différents récits, nous voici dénués de toute émotion relative au sort des quatre jeunes. Je ne dirai pas non plus qu’on s’en fout complètement, mais que le suspense alimente surtout l’histoire et tente tellement de créer une surprise en se concentrant sur le personnage de Liz uniquement, que les trois autres jeunes sont laissés à côté alors que ceux-ci auraient gagné à être davantage développés et mis en lumière, même s’ils n’ont pas été oubliés par l’histoire racontée. Donc oui, il faut s’accrocher à The Hole car la multitude de vérités énoncées est complexe et peut assez vite nous perdre, mais une fois qu’on est dans le bain, l’ambiance est tellement prenante que le tout se révèle intelligible et fort. L’angoisse monte crescendo et nous maintient durant toute la durée du film, sans aucun temps mort, grâce au rythme et à la mise en scène plutôt bien foutus. Mais les coups de théâtre sont beaucoup trop nombreux pour nous garder à l’abri d’un ennui face à ces innombrables révélations qui ponctuent le film. C’est là que le film perd de son panache, parce qu’en nous balançant trente-six vérités d’un coup, on diminue les sentiments d’empathie pour les personnages, tout comme le tragique, le dramatique ou encore le suspense que l’on devrait ressentir face à ce genre d’événements en temps normal. Ça devient de moins en moins crédible et nous évite d’être affectés. Je ne dirai pas que le tout devient lisse, ce n’est pas le cas, mais tout est rendu plus acceptable, et c’est dommage.

Je le redis encore, car je trouve ce point très appréciable, c’est que l’angoisse est vraiment très prenante, et ce, dès le début du film. Cette horreur de dix-huit longs jours fait froid dans le dos, est malsaine et nous met clairement mal à l’aise. Mais le pire, c’est bien de connaître (la vraie ?) vérité et de savoir que tout a été fait dans un but totalement puéril, dénué de bon sens et d’intelligence et qu’un drame aurait pu être évité si certains avaient été moins nombrilistes. Ça donne un côté réaliste au tout, parce qu’on s’imagine très bien certaines personnes faire vivre un enfer à d’autres pour leur simple satisfaction personnelle, mais, je le répète, cette sensation est vite évacuée par des histoires entrecroisées qui pourrissent toute empathie et contourne des sentiments qui auraient pu rendre le film encore plus intéressant qu’il ne l’est. Mais comme ce défaut est présent, on peut dire en toute connaissance de cause que si la terreur n’avait pas été aussi bien retranscrite ni présente, on aurait moins ressenti un étau se resserrer au fur et à mesure que le temps passe, et donc, que l’inquiétude aurait été moindre, peut-être même que l’on aurait vite décroché, d’autant plus que comme dit plus haut, le twist final se voyant arriver, on aurait pu se permettre de passer à autre chose sans faire attention aux qualités indéniables de The Hole.

En résumé, une bonne surprise.

Respire (2014)

Mélanie Laurent est quoiqu’on en dise, une artiste actuelle des plus prolifiques : actrice, réalisatrice, chanteuse, du haut de sa trentaine, la dame n’a pas à rougir de son CV plus que respectable puisqu’elle s’est notamment associée à Quentin Tarantino, Brad Pitt, Justin Barta, Christoph Waltz et a raflé (ahaha) pas mal de récompenses… Alors certes, elle a la grosse tête, mais avec du recul, on peut lui donner des circonstances atténuantes.

Ici, j’ai envie de parler de sa deuxième réalisation, Respire. Attendue au tournant après sa vidéo virale, Laurent s’en est très bien sorti et nous a même donné un film assez impressionnant. Elle nous livre ainsi une histoire entre deux lycéennes : Sarah, la nouvelle, délurée et extravagante et Charlie, la timide, effacée, se rencontrent. Elles se lient d’amitié, mais Sarah va se montrer de plus en plus étrange.

Avec Respire, la réalisatrice tient à raconter l’histoire du harcèlement scolaire, de ses débuts à sa fin potentiellement dramatique. Pour cela, elle adapte le livre d’Anne-Sophie Brasme et se sert de ses propres expériences, puisqu’elle raconte avoir été souvent moquée par ses camarades de classe plus jeune. En pointant du doigt l’histoire de Charlie et Sarah, elle montre à quel point ce genre d’incident est loin d’être isolé, anodin et sans conséquence pour les victimes. Les adultes (parents, professeurs) ont souvent tendance à minimiser ces problèmes, ce film montre qu’ils ont tort.
Cependant, tout au long du film, on ne voit que le point de vue des jeunes (surtout Charlie) et les adultes semblent éludés du problème. Non pas qu’ils soient forcément ignorants, mais il a été plus juste de ne montrer que le ressenti de la victime, de savoir quelles étaient ses possibilités, ses portes de sortie. Ainsi, on ne sait pas si la mère de Charlie ou même ses professeurs font quelque chose pour enrayer le problème, ce que l’on sait, c’est qu’elle souffre et qu’elle est seule, malgré les potentielles aides qu’elle reçoit.

Ainsi donc, on rentre dans le quotidien d’une victime d’une perverse narcissique. Les fameux dont on entend parler plus que de raison depuis quelques mois. Et ce quotidien est juste un cauchemar, bien qu’idéale au début, la relation entre Sarah et Charlie se défait petit à petit et devient horrible. Ça commence d’abord par la jalousie de Sarah, presque anodine, puis une gifle. Entre ces deux faits, Sarah redevient paisible et n’éveille pas les soupçons de Charlie. Puis ça repart, Sarah commence à se moquer de Charlie, physiquement, psychologiquement, elle la détruit sans raison apparente, juste pour le plaisir, juste pour exercer un certain pouvoir sur plus faible qu’elle. Entre chaque débordement, Sarah nie ou minimise et Charlie l’excuse et s’excuse elle-même. Avant de repartir de plus belle. Et là, la dimension dramatique déjà atteinte s’approche de son paroxysme, Charlie ne veut pas reconnaître que son « amie » est fautive, elle veut davantage se rapprocher d’elle, se faire toute petite, s’excuser et garder leur belle relation. On aurait envie de secouer pendant de bonnes minutes Charlie pour qu’elle comprenne enfin que cette relation est nocive, mais ça serait ne rien comprendre au harcèlement et à la manipulation… A l’instar des violences conjugales, Charlie efface tout et retourne vers son bourreau, elle s’excuse, se demande pourquoi elle est autant détestée. Émotionnellement, pour le spectateur, c’est assez lourd : on est imprégnés voire enrôlés dans une relation cancérogène dont on voudrait connaître l’issue et s’en sortir, mais comme Charlie vis-à-vis de Sarah, on ne peut s’en défaire si facilement, et on attendra le pire pour pouvoir souffler.

Le casting de Respire étant majoritairement féminin, on serait tentés de penser qu’un homme pourrait régler le problème. Le copain de Charlie ? Son père ? Tous les deux aperçus mais absents, on sait que cette pensée machiste ne pourrait rien résoudre. Et avant que vous ne fassiez des liens inutiles, l’œuvre n’est pas féministe. C’est avant tout une histoire de harcèlement scolaire entre deux lycéennes. L’une fait subir à son entourage ce qu’elle subit avec sa mère, l’autre tente de penser à autre chose qu’aux souffrances de sa mère mais se révèle être son portrait craché. Le film ne prend pas non plus le raccourci qui dit que l’enfant emprunte le même chemin que ses parents, mais ne s’en éloigne pas non plus. La volonté est surtout de montrer que ce que l’on voit dans le cercle familial est souvent reproduit, mais aucunement qu’une fille dont la mère est battue sera forcément à la place de sa mère un jour. Tout est si limpide, naturel et sans ficelle dans le film que l’on n’a pas besoin d’expliquer les différentes relations entre les personnages et leur fonctionnement. Ce naturel a été voulu par Laurent qui a tenu à ce que ses deux jeunes actrices soient amies, se connaissent véritablement pour pouvoir mieux se détester devant la caméra. Et le résultat est sans appel : les performances des jeunes femmes sont impressionnantes, posées et naturelles. Aucune ne surjoue, elles habitent leur personnage de manière spectaculaire et avec une facilité déconcertante.
Toujours dans la volonté de montrer une histoire qui peut arriver à tout le monde, Respire ne donne jamais de date ni de lieu. On sait juste que l’histoire a lieu pendant une année scolaire dans une petite banlieue de France. Ici, l’objectif est donc de montrer que ceci peut arriver partout, même là où on ne s’attend pas à voir ce genre de problème, là où on pense être à l’abri.

SPOILER
Les scènes sont dures, tout comme certains dialogues qui font froid dans le dos… La première baffe de Sarah à Charlie « pour rire », la scène où Charlie se fait presque insulter parce qu’elle commence à mettre en doute la parole de son amie, la soirée où Sarahchuchote avec le plus grand sérieux du monde qu’elle va tuer Charlie… Mais celle qui retient toute l’attention, c’est la dernière : centrée sur Charlie, on entend sa mère mais on ne la voit pas, comme si tout était déjà loin, elle pleure doucement, a des spasmes puis fait une crise d’asthme, n’arrivant plus à se retenir, on entend sa mère hurler en découvrant Sarah. Cette scène en particulier est éprouvante et assez insoutenable à regarder, alors pour la tourner, je félicite Joséphine Japy qui a en quelques secondes bascule dans la suffocation horrible sans pouvoir s’arrêter.
SPOILER FINI

Le film n’est pas non plus exempt de défauts. Notamment la scène où Charlie va dans la mer et a de l’eau jusqu’aux genoux. On a juste l’impression que c’est mis là pour faire joli, pour donner un côté artistique, indépendant… Cette scène n’a rien à faire là et n’apporte rien à l’histoire. Et c’est un peu dommage de voir ça, on n’a ni besoin de voir autre chose, ni de peupler l’œuvre de quelques minutes inutiles. Mais ça reste infime.
Cependant, je trouve ce film très intéressant, de par son sujet, de son interprétation impeccable et du déroulé de l’histoire qui nous plonge petit à petit dans l’horreur banalisée.

Imitation Game (2015)

Imitation Game raconte l’histoire du mathématicien britannique Alan Turing qui, lors de la Seconde Guerre Mondiale, a été chargé par son gouvernement de déchiffrer les codes de la machine Enigma utilisée par les allemands et leurs alliés.



Le film nous présente Alan à différents moments de sa vie : adolescent martyrisé par ses camarades d’école, mathématicien talentueux lors de la guerre et l’homme mourant condamné par les autorités pour indécence. Les récits de ces trois parties de sa vie s’entrecroisent durant toute la durée du film, elles permettent au spectateur de mieux comprendre les faits et gestes d’Alan ainsi que leurs causes et conséquences, cependant, le récit était parfaitement clair, on ne se trouve jamais perdu dans l’histoire, le but n’est clairement pas de mettre à mal le spectateur.


En tant que biopic, Imitation Game prend le risque de devoir faire un travail de vérité tout en s’accordant quelques passages romancés. Ne connaissant pas la vie d’Alan Turing en dehors de ses travaux sur Enigma, il m’a été difficile de détecter le faux du vrai, d’autant plus que l’œuvre détient de nombreuses inexactitudes, minimes certes, mais existantes. Elles relèvent surtout de l’idéalisation des personnages (leur véritable nombre était beaucoup plus élevé, les décisions prises par le groupe étaient quasi inexistantes, la marginalisation d’Alan a été plus qu’exagérée, la fin de vie et la mort du personnage…) et de tout le contexte historique éludé (l’intelligence artificielle, l’homosexualité…). Imitation Game a donc voulu romancer l’histoire d’un homme « méconnu » à qui l’on doit des avancées technologiques majeures, même si une bonne partie du film sonne juste, certaines scènes sont peu crédibles voire tirées par les cheveux et des passages sont survolés. Malgré tout, on garde l’essentiel sur la vie de cet homme qui a permis au monde non seulement d’écourter la seconde guerre mondiale (des historiens estiment que les travaux sur Enigma ont raccourci la guerre de deux ans et ont permis à des milliers de vie d’être sauvées), mais aussi de faire des découvertes impressionnantes, qui a été oublié voire rejeté durant la fin de sa vie. Autant biopic que drame, la vie d’Alan Turing est touchante.

D’abord présenté comme un personnage présomptueux et presque arrogant, Alan Turing s’adoucit au fur et à mesure, loin de l’homme sûr de lui et méprisant, il devient en effet un être attachant. Alors si on me demande comment je trouve la performance de Benedict Cumberbatch dans ce film, je répondrais qu’elle est bien exécutée et juste. Les autres acteurs ne sont pas mauvais non plus : Keira Knightley est enfin appréciable à mes yeux depuis des années, Matthew Goode (Ozymandias dans les Watchmen) est assez sympathique, quant aux autres rôles plus secondaires, ils se révèlent tout aussi bons.



Les autres atouts du film, outre l’interprétation, résident dans les lieux, les décors et les costumes magnifiques nous plongeant directement à la première moitié du XXème siècle. La musique est sobre mais révèle toute la tension dramatique liée au personnage d’Alan : des moqueries en passant par l’incompréhension de ses pairs, jusqu’à sa fin tragique. Les images d’archives ainsi que les discours de l’époque sont bien intégrés et utilisés, ils ne sont jamais présentés dans l’excès ni l’incohérence.

Ses défauts sont présents dans l’exactitude historique, la crédibilité de certains passages, mais aussi l’ambition du film : certains passages semblent téléphonés (l’interrogatoire d’Alan ou encore la fameuse scène du choix de l’équipe de ne rien révéler quant au secret d’Enigma…) voulant taper dans le dramatique à tout prix. Certains aspects du film m’ont chiffonnée, notamment le début du film où Alan ne cesse de répéter à son interlocuteur (le spectateur aussi ?) d’être bien attentif. Non seulement ça m’a fait penser au Prestige, donc je m’attendais limite à ce qu’on me sorte un « Abracadabra », mais en plus, je n’ai pas compris l’utilité d’une telle ouverture puisque rien dans le récit n’est incompris ou étrange. Ce qui m’a dérangée également, c’est comme je l’ai dit plus haut, la trop grande ambition du film. Certes, l’œuvre est pressentie pour remporter un grand nombre de distinctions, mais j’ai eu l’impression de regarder un film à oscars : du choix de l’histoire à la réalisation en passant par la mise en scène, j’ai senti une volonté d’en faire beaucoup voire trop pour plaire. L’histoire est je le répète intéressante, mais son traitement est parfois tellement « intellectuel » que l’on a juste la sensation que le film a été produit dans le seul but de rafler tous les prix possibles. Dans ce sens, Imitation Game m’a fait penser à J. Edgar, sorti quelques années plus tôt, ce dernier a pratiquement eu les mêmes techniques : biopic historique, scènes parfois excessives, personnage torturé, casting plus qu’appréciable, sortie du film à la même époque… 


En conclusion, Imitation Game est un film qui sonne parfois faux, l’histoire intéressante est survolée au profit du dramatique. On sent bien que le réalisateur a tout voulu mener de front (entre l’un des décryptages les plus importants de l’histoire, l’homosexualité du personnage, sa relation avec les autres…) et s’y perd un peu, nous laissant en plant et dans l’attente de davantage de profondeur. Malgré tout, je trouve le film bon, l’interprétation et le récit sont notamment ses principaux atouts.

Voyage au centre de l’enfer

Dans ma recherche constante de films qui font flipper, je suis tombée sur une liste de films assez vantarde, puisqu’elle se réclame porteuse de titres inconnus et terrifiants pour Halloween.
Étant quelque peu sceptique vu les titres montrés (j’en ai vu quelques-uns), il y en a un qui a attisé ma curiosité. Il s’agit de The Vanishing, soit Spoorloos dans sa version originale et L’homme qui voulait savoir dans sa version française.



L’ayant vu dans la version originale, à savoir la franco-néerlandaise, je pense que vous ne m’en voudrez pas trop si j’utilise les deux derniers titres dans cet article pour désigner ce film.
Tout d’abord, sachez que Spoorloos n’est PAS un film d’horreur. Donc inutile d’approcher vos mains de vos yeux apeurés : vous ne verrez pas de giclette de sang, pas de jump scare… En revanche, ce que vous allez voir, c’est l’humain dans ses pires profondeurs, dans sa noirceur la plus totale. 
Soyez dégoûtés, le pire va venir.

Rex et Saskia veulent passer des vacances en France. Ce jeune couple néerlandais s’arrête sur une aire d’autoroute très fréquentée. Un moment, Saskia s’éloigne pour acheter des boissons avant de repartir. Elle ne reviendra jamais.
Rex la cherche en vain. Trois ans après, toujours déterminé à retrouver la jeune femme, il reçoit une carte d’un homme prétendant connaître le fin mot de l’histoire.



Bon déjà, en sachant le titre français du film et en voyant l’affiche, on pense à un film français à la con. Monumentale erreur (prononcé à la Danny Madigan qui n’a rien à foutre ici) !
Et même si le début du film ne nous éloigne pas de cette pensée, et ce pendant un sacré bon moment, tout change radicalement vers la moitié du film. Alors non, le début n’est pas ennuyeux, c’est juste qu’on s’attend à ce que le drame arrive, ce qui fait augmenter la tension et limite de l’angoisse.
D’ailleurs, dès le début on voit le méchant de l’histoire, Bernard-Pierre Donnadieu qui est foutrement excellent dans son rôle et qui a du charisme à revendre : malsain et si humain. Celui-ci échafaude son plan devant nous, attirer Saskia avec son bras faussement plâtré. Dès lors, on ne verra plus jamais Saskia mais uniquement Rex, obnubilé par sa recherche, même 3 ans après la disparition de son amie etRaymond Lemorne, le sociopathe de l’histoire.
Alors que le premier ne vit plus, ou du moins, pas en dehors de cette recherche de Saskia, au grand dam de sa nouvelle amie, le second vit sa vie normalement entouré par sa famille aimante, sa femme et ses deux filles avec qui il a une grande complicité. Et c’est là où L’homme qui voulait savoir est assez étrange et original, puisqu’on bascule dans la vie de Raymond, où le suit à regrets dans son quotidien, tout en ayant de la sympathie pour lui et devenant presque complices de ses agissements. Autant qu’il fascine, il inquiète : qui peut pousser un bon père de famille, un homme intégré dans la société à commettre l’irréparable ? Raymond est sociopathe, mais cela ne va-t-il pas à l’encontre de son comportement à l’égard de ses proches ?

De son côté, Rex est contacté par Raymond qui a l’air de tout connaître de lui, alors que lui ignore l’existence même de son ennemi. Raymond va jouer avec les nerfs de Rex et va construire un plan en jouant sur sa détermination, sa volonté de retrouver Saskia : il va tout lui révéler. De A à Z. Comment ses pensées ont pu le contraindre à enlever Saskia, comment il s’est préparé, mais surtout, le plus important pour Rex, qu’est devenue Saskia ? L’a-t-il tuée ou celle-ci est-elle retenue quelque part ? Se dresse alors un plan machiavélique et macabre, un piège se refermant tout doucement sur Rex. Ce dernier sera le personnage de Raymond dans sa mise en scène morbide, il vivra exactement ce qu’a vécu Saskia, c’est la seule possibilité pour Rex de savoir tout ce qui s’est passé.
A nouveau, on va plonger dans le quotidien de Raymond, son chemin vers le kidnapping, ainsi que ses multiples ratés avant sa rencontre avec Saskia. Mais cette fois-ci, on va vraiment connaître les abîmes du personnage et sombrer en même temps que Rex dans cette pourriture humaine. Même si comme avec Saskia, on n’est sûrs de rien et que cela ne présage rien de bon, les choses finissent par arriver avec fatalité, jusqu’au dénouement final malsain et noir à l’ambiance glaçante.
Voulant justifier ses faits, comme n’importe quelle personne normale, Raymond illustre ses agissements envers l’innocent couple de morale, de destin et de contrôle de sa propre vie. Ici, pas de justification bancale, on croit le tueur dans la véracité de ses propos et tout ce qu’il dit ne peut être que vrai, parce qu’après tout, pourquoi mettre en place un jeu où l’on triche ?




En conclusion, Bernard-Pierre Donnadieu est excellent en homme au-dessus de tous soupçons, les autres comédiens sont bons également, mais de par son rôle inoubliable et peu commun, celui-ci efface quelque peu les performances des autres.
Voyez-le, mais pas quand vous avez le cafard s’il vous plaît.

Hitler, la naissance du mal

En 2003, Christian Duguay réalise un film en deux parties pour la télévision, il s’appelle Hitler, la naissance du mal (Hitler: The Rise of Evil). Des acteurs de choix sont appelés pour incarner les personnages emblématiques de l’époque pré-1939 en Allemagne, celle de la montée d’Hitler, il s’agit de Robert CarlyleLiev ShreiberMatthew ModinePeter Stormare ou encore Julianna Margulies.
Comme je vous l’indique plus haut, ce film retrace la vie d’Hitler, de son enfance à son arrivée au poste de Chancelier/Führer de l’Allemagne. On y retrouve donc un enfant maltraité par son père, un pré-adulte torturé et refusé aux Beaux-Arts, un jeune adulte devenu caporal en 14-18, un membre du parti ouvrier allemand, le président de ce parti, et enfin, l’homme au pouvoir.
Ce film dure 3 heures mais a été raccourci de 50 minutes dans la version française par TF1. De nombreuses polémiques sont nées, suite à cette censure inexplicable et ridicule par la chaîne de télévision française.




La censure de TF1, qui a presque enlevé un tiers du film porte surtout sur l’enfance d’Hitler, ses années en tant que soldat de l’armée allemande pendant la première guerre mondiale mais aussi et surtout des discours antisémites (on trouve d’autres passages retirés, comme la présence seule des juifs du film). Et ces 50 minutes sont précieuses pour la compréhension du film : certaines scènes sont complètement dénaturées voire incompréhensibles, et donc, leur sens est erroné, si ce n’est inexistant évidemment. En effet, TF1 a semble-t-il voulu protéger les pauvres petits spectateurs français, les maintenir écartés de toute forme de violence verbale ou physique, faisant fi de la nature même d’Adolf Hitler. Les français sont donc préservés des scènes de violence physiques que le père d’Hitler a à l’encontre de son fils dès son plus jeune âge, mais aussi, son passage dans les tranchées où il tabasse notamment son chien (battre un animal, c’est impensable à la télévision !), et puis, on nous a retirés tous les discours anti-juifs prononcés par le futur Führer, comme si l’antisémitisme d’Hitler n’avait que peu ou pas existé. Par extension, les seuls juifs présents dans le film sont tout bonnement supprimés eux aussi, car vu qu’il n’y a pas de haine contre les juifs, autant virer complètement leur apparition, ils sont inutiles à la bonne marche du film. Bref, on aurait dit qu’une volonté de compassion pour le personnage se fait ressentir parmi les censeurs.
Dans cet esprit de protection, on peut relever l’absence de l’inceste, et ce même dans la version originale. Il est de notoriété publique qu’Hitler avait des relations incestueuses avec sa nièce Geli, mais cette partie a été éludée pour laisser place à une sorte de romance entre les deux personnages. Même si cette romance a ses limites, vu que la nièce est complètement étouffée par son oncle autoritaire et absolument rigide.

Cela dit, certains passages sont insuffisants car la portée de leurs conséquences est insuffisante. Effectivement, on voit un jeune Hitler livré à lui-même, suivant le discours d’un maire qui met sur le dos des juifs les malheurs sociaux, économiques et politiques de l’Allemagne… Et c’est tout. Ce qui aurait été intéressant, c’est de comprendre réellement ce qui s’est passé pour que son idéologie, son antisémitisme soient si extrêmes. Il manque donc des scènes révélatrices sur la nature de sa haine envers les juifs, des scènes qui montrent son formatage dans l’antisémitisme.
Cependant, on peut toutefois noter une volonté nette de donner dans l’authenticité. Car la plupart des scènes sont historiques et retracent parfaitement sa longue et sinueuse route vers le pouvoir : son premier passage en tant qu’intervenant au parti ouvrier allemand, son métier d’informateur après la guerre, la montée de son parti au pouvoir, etc… Ce qui est intéressant, c’est que l’on suit plusieurs personnages autour de la vie d’Hitler, et pas forcément les plus connus, comme sa principale aide financière, Ernst Hanfstaengl ainsi que sa femme ou encore celle du journaliste, Fritz Gerlich qui est l’un des premiers à voir le vrai visage d’Hitler, celui du fou, de l’imprévisible, du dangereux. Ces trois personnages, surtout les deux hommes, sont des proches d’Hitler de prime abord, mais sont vite rattrapés par la vérité et ne partagent aucunement son point de vue extrême sur les juifs, ni même sa façon de voir les choses en général. Au-delà de tout ceci, un véritable cheminement sur la personnalité d’Hitler est à relever et à apprécier, ça frôle parfois la diabolisation (l’enfant battu est forcément un futur adulte pourri ? l’homme refusé à ses études est forcément frustré ?), mais on note cette originalité, car peu d’œuvres auparavant ont pu réunir avec tant d’exactitudes la vie d’Hitler, son ascension au pouvoir. On a plutôt l’habitude de voir un Hitler pendant la guerre, sa suprématie, son déclin, ou tout simplement des œuvres en rapport avec la Shoah, mais guère son long chemin vers le pouvoir.



D’un point de vue cinématographique, le jeu d’acteurs est impressionnant. Personne ne surjoue, tout le monde est bien dans son rôle, authentique, là encore. Je pense notamment à Robert Carlyle et ses scènes où il monte au créneau (doux euphémisme), en éructant, son visage devenant colérique, ses yeux perçants… Bref, celle où il devient Hitler, l’orateur. Son visage donc, mais aussi sa gestuelle nous montrent à quel point il transcende son rôle de Führer empli de haine et de rage.
L’ambiance du film est glauque, à l’image d’Hitler. Effectivement, la photographie, les décors, les costumes… Ils retracent tous une volonté profonde de montrer l’horreur. Les images sont ternes, seul la couleur rouge (des communistes mais aussi de la croix gammée) ressort et devient hypnotique, rappelant la dangerosité d’Hitler face aux autres impuissants.
Ce qui conclut le film, ce sont des images accompagnés de courtes phrases sur le bilan de la guerre, et en général sur ce qu’a provoqué Hitler, à savoir une économie retombée à zéro, des morts, des camps, des essais médicaux, une société en flambeaux… Un lourd bilan, donc, que l’on reproche (à raison, bien entendu) à Hitler, et qu’on nous remet en pleine face afin que personne ne puisse oublier ce personnage et surtout les conséquences de ses actes haineux.

Hitler, la naissance du mal est pour moi un très bon (télé)film : on arrive à mieux percevoir comment un homme cruel, clairement intentionné et absolument haineux a pu arriver au pouvoir, grâce, ou plutôt à cause d’hommes inertes, mais aussi et surtout à cause d’une politique bancale, d’une Allemagne laissée pour morte par les pays vainqueurs et qui avait besoin de connaître des coupables et de se nourrir de fantasmes et d’une possible guérison. On dénote alors une facilité déconcertante, même si semée d’embuches, pour Hitler à accéder au pouvoir avec son idéologie. Il faut donc voir, pour tout saisir et tout comprendre, la version non-censurée et éviter avec hargne celle de TF1, qui en plus de nous prendre pour des imbéciles, est lourde d’incohérences. Ce film est assez original dans son traitement du personnage, car rares sont les fois où l’on nous a montré un Hitler avant la guerre et avant son titre suprême de Führer.

Twin Peaks / Fire walk with me

Diane, I’ve just entered the town of Twin Peaks…




La série Twin Peaks
Twin Peaks est à une série composée de 30 épisodes et réalisée en 1990 par David Lynch et Mark Frost

Cette série s’ouvre sur la découverte d’un corps, celui de Laura Palmer, une jeune fille très populaire et aimée. Ce personnage, bien qu’absent reste le personnage central de la série car celle-ci est articulée autour de Laura et de son meurtre.
Ce meurtre est donc l’intrigue principale de la série et permet au spectateur comme aux habitants de Twin Peaks de découvrir un agent du FBI, Dale Cooper. Un personnage fort sympathique, compréhensif et charismatique. Il participera avec les autorités locales à découvrir les circonstances de la mort de Laura et surtout, de découvrir son meurtrier. Mais Cooper ne sera pas au bout de ses surprises quand il découvrira que tous les habitants de la ville ont des secrets, que des mystères planent autour des habitants comme autour du meurtre.

Certes, le personnage principal est ce charmant agent du FBI, mais la série permet à des acteurs secondaires d’avoir une place très importante, chacun ayant son petit secret ou son lien (même indirect) avecLaura. Le charme de la série Twin Peaks est notamment dû à l’importance accordée aux personnages, qu’ils soient récurrents (DaleHarry Truman (le shérif), Donna (la meilleure amie de Laura)…) ou moins présents (La Femme à la BûcheMaddy…) : chacun a son petit quelque chose, sa petite histoire, son mystère et donc son intérêt. Ils forment un tout, ils sont Twin Peaks.
Des caméos sympathiques sont aussi à découvrir : David Duchovny en agent du FBI travesti, David Lynch lui-même en supérieur de Dale, complètement sourd.

Comme dit plus haut, Dale va découvrir les mystères de Twin Peaks les plus insoupçonnés et va donc découvrir que Laura était loin d’être celle que l’on croyait…
Certaines fois, le spectateur sera tour à tour amusé, effrayé et émerveillé.
Le générique lui-même est inquiétant : la musique (que tout le monde connaît) est sobre et sinistre (ne pas prendre ce terme péjorativement), les noms du casting défilent en lettres vert flashy (à la manière d’un film de fiction) sous des images du paysage de Twin Peaks.
La tension est omniprésente : les cliffhangers de chaque épisode, la découverte de nouveaux personnages à chaque épisode (ou presque), ou encore les plans de nuit sur de simples feux rouges, la forêt et l’hôtel de la ville : tout est fait pour alimenter le mystère et le malaise.

La réalisation est brillante, outre les personnages : 
– Les fils conducteurs sont nombreux, certes le principal est le meurtre de Laura mais il en vient d’autres tout aussi intéressants : le trafic de drogue dans la ville, les magouilles entre personnages pour des terrains, les guerres entre famille, les amours cachées, les relations ambigües… On pourrait croire que Twin Peaks tombe dans la niaiserie, à tort. Et c’est là que la série fait fort et montre une grande habileté : elle abrite elle-même une série (mise en abyme) nommée Invitation à l’amour, un genre de feuilleton à la manière des Feux de l’amour.
– Les lieux sont eux aussi notables : on ressent une certaine familiarité à retrouver nos personnages au Double R Diner, du sérieux à les retrouver au commissariat, de la tristesse chez les Palmer ou encore, une certaine retenue à se retrouver à l’Hôtel Grand Nord
– Les mythes sont intéressants et impressionnants : la Black Lodge, la White Lodge, la Chambre Rouge
– La musique est superbe.

Cette série mêle humour, drame, peur et surtout, de la fiction. Car malgré ses apparences de ville tout à fait réaliste, Twin Peaks est imprégnée de fiction. La série bascule donc lentement de réel à fiction, sans vraiment que l’on s’en aperçoive. Twin Peaks est au cœur de la différence du bien et du mal.


Je dois vous l’avouer, c’est l’une de mes séries préférées : Twin Peaks mélange les genres, m’a fait découvrir des personnages très intéressants et m’a passionnée. 
Je confesse également avoir senti de la tension et de la peur en regardant cette série qui peut donner froid dans le dos.
Twin Peaks a été arrêté à cause du manque d’audience lors de la deuxième saison. En effet, le meurtre de Laura ayant été résolu, les spectateurs se sont désintéressés, à tort de cette série. Car cette dernière a continué au-delà de Laura et a laissé place tout doucement à la fiction. Dale tombé amoureux de la ville tient à y rester et tisse des liens encore plus forts avec les habitants qui, pour certains sont devenus des amis… Voire plus.



Le film Twin Peaks
Feu marche avec moi

Malgré l’arrêt de la série, une préquelle a été réalisée en 1992 toujours par David Lynch et porte pour nom Twin Peaks : Fire walk with me.

Ce film est quant à lui réservé à Laura Palmer puisqu’il présente ses sept derniers jours. Elle est donc le personnage principal de cette œuvre, contrairement à la série où elle était absente, bien que l’histoire fût centrée sur elle.
On retrouve beaucoup de personnages de la série avec des agents du FBI en plus (dont Chris IsaakKiefer Sutherland ou encore David Bowie).



Ici, on comprend mieux les secrets de Laura, ses mystères, bref sa vie. On la voit tantôt accro à la drogue, tantôt sexuelle, puis torturée, mélancolique… Elle devient attachante malgré son comportement très dérangeant : c’est une personne qui a besoin d’aide et qui ne peut se tourner vers personne puisque personne ne peut l’aider.

Nous sommes donc plongés dans un univers assez triste et dramatique : on sait que la seule issue pour Laura sera la mort. Ce film est donc sombre et l’on reconnaît parfaitement le style de Lynch.


Le film est intéressant, mais je l’ai trouvé un peu trop éloigné de la série… Et surtout, j’aurais préféré une suite car la série s’est achevée sur un des plus grands cliffhangers de la télévision (autoproclamé par moi-même).

Be a real hero (part II)

SUPER

Film de James Gunn réalisé en 2011, il a pour acteurs Rainn WilsonEllen PageLiv Tyler ou bien Kevin Bacon.
Super, c’est l’histoire de Frank, un pauvre gars qui décide de se venger du dealer qui lui a volé sa femme, elle-même junkie. Il devient alors Crimson Bolt, un super-héros bien loser, qui combat le crime. Dans sa croisade contre le mal, il va entraîner une jeune tarée psychopathe, Libby qui va quant à elle se faire appeler tout simplement Boltie.




Super, c’est la violence face à la violence. Là où Defendor donnait dans l’émotion, la justesse, Super rejoint le côté violent, pulsionnel et dérangeant du super-héros (si ce côté est censé exister !). Frank est certes un gros loser qui garde comme souvenir sa vieille délation sur un voleur auprès d’un flicard en pleine journée, un lâche, une flipette, mais lorsqu’il devient Crimson Bolt, il développe un côté absolument violent et démesuré. Politiquement incorrect ? Oui. Malsain à souhait ? Complètement. Crimson Bolt va donc combatte le crime avec son slogan « Shut up crime! », armé d’une clé à molette et dès qu’il verra la moindre injustice, l’once d’irrespect, le petit côté méchant des gens, il va donner tout ce qu’il a et fera abattre sur ses victimes de lourdes violences physiques et verbales. Un couple qui passe devant tout le monde dans une file ? C’est pour lui, et il va littéralement les défoncer.

Son côté vengeur, il l’a développé grâce (à cause ?) de sa femme et de son salopard de dealer. Cela dit, lorsqu’il faut se coller à Jacques (le dealeur) et ses hommes de main, là, c’est nettement plus compliqué que de se frotter à de pauvres citoyens qui n’ont rien demandé à personne. Frank est un pauvre mec, situation minable, vie minable, physique peu racoleur, sa seule raison de vivre, c’était Sarah, sa femme, qui préfère carrément un trafiquant de drogue plutôt que de rester avec son con de mari. Elle tombe dans la drogue, elle crève à petit feu. Frank doit inévitablement la sauver. Il crée donc son personnage,Crimson Bolt, une sorte de super-héros avec un costume rouge ridicule, s’inspirant de comics et adulé par sa comparse, la névrosée et nymphomane Libby, devenue elle Boltie, en costume tout aussi ridicule jaune et vert. Cependant, son côté obscur à elle, c’est plus les penchants sexuels, les pulsions, elle prend des poses volontairement sexy dans son costume devant Frank. Ce dernier est d’ailleurs plus un vengeur complètement déphasé qu’un véritable super-héros avec des principes. Héroïsme ? Zéro. Bienfaisance ? Néant. Tout se veut pathétique et dramatique dans Super, tant dans les personnages que dans les événements qui s’enchaînent. C’est immoral et on ne nous manque jamais de nous le rappeler.



A tort, et à l’instar de Defendor, on tient à ranger Super dans une case, à prouver qu’il y avait Kick-Ass avant lui (Supera été écrit antérieurement)… Mais aucune ressemblance là encore avec le plus que connu Kick-Ass. Alors évidemment, on retrouve une personne qui en a marre de se faire marcher sur les pieds, une personne normale voire un peu loser, qui, à grands renforts de comics se transforme en justicier plus ou moins réussi, mais la similarité cesse maintenant. Là où Kick-Ass s’adresse à une communauté jeune, Super convient à un public adulte, mûr et résolumment averti. Un peu comme Defendoralors ? Et bien, pas vraiment, vu que le traitement de l’histoire, la mise en scène et la psychologie des personnages ne sont absolument pas les mêmes ! Defendor est dramatique, tout comme Super, mais là où notre Defendor s’en prenait à ceux qui l’avaient vraiment mérité, Crimson Bolt répartit toute sa haine sur ses pairs, faisant ressortir un côté vraiment dégueulasse, haïssable du personnage. Le faisant passer pour le véritable connard qui se prend pour un Dieu car il a un super-héros. Tout est une histoire de prétexte dans Super. Le héros est un loser bien grinçant qui montre le côté le plus pernicieux de l’humain, sans jamais ressentir d’émotions, ni encore moins de remords. Bref, on s’en prend plein la gueule, et l’Amérique est en tête de file : nation suprême des super-héros, c’est aussi là que naît Crimson Bolt, le revendiqué super-héros qui ne sait pas ce qu’est la justice, qui ne sait pas tempérer et surtout, qui ne connaît pas le mot sacrifice.

Quoique… La fin me ferait peut-être oublier la dernière partie de ma phrase précédente. Là où on avait été habitués à du violent, du pathétique, de l’horrible, du malsain tout au long du film, le dénouement tragique (et en même temps heureux ?) est tellement révélateur du sacrifice que fait Frank pour l’amour de sa femme, Sarah. Même s’ils ne peuvent pas rester ensemble, qu’ils n’ont surtout rien à foutre ensemble, celui-ci veille sur elle et préfère son bonheur plutôt que de la garder et la retenir égoïstement. La fin est donc triste et tellement belle dans un autre sens qu’elle nous met le cul par terre. Frank ne révèle que véritablement son côté humain et altruiste pour Sarah, l’amour de sa vie. Alors oui, c’est carrément bancal et en désaccord avec cette volonté de nous montrer ce qu’il y a de plus pourri chez l’humain, mais c’est une sorte de fin salvatrice qui nous prouve que même si on est le pire des salauds, on peut toujours se racheter ? Utopique, je l’avoue. Mais c’est la seule explication que je puisse fournir.



Alors au-delà de faire passer Batman et ses acolytes pour des cons qui sont trop sages, Super a appuyé là où ça faisait mal : un héros, et surtout un super-héros, ça peut être aussi dévastateur qu’un criminel. Lui, il n’a aucune légitimité à se montrer sous une forme de justicier, et ça ne l’empêche pas pour autant de le faire. La preuve en est dans les faits et gestes de Crimson Bolt : celui-ci a un prétexte pour péter la gueule de n’importe qui, et limite, ses actions sont d’autant plus impardonnables et inacceptables que celles de Jacques, le « pauvre » dealeur qui a piqué la femme de Frank. C’est grâce aux performances d’acteurs de Rainn Wilson et Ellen Page que ce fiasco héroïque a pu se dérouler dans de bonnes conditions : ils campent des personnages haut en couleur, qui dans leur croisade et leur petite vengeance personnelle se montrent particulièrement pourris. Rainn Wilson est en effet bon dans son rôle de loser, puis sans vouloir être méchante, il a le physique de l’emploi, les mimiques pour interpréter ce loser. Quant à Ellen Page, elle nous montre une fois de plus que les personnages peu consensuels, marginaux lui vont comme un gant. Libby/Boltie est spécialement taillé pour elle. Quant aux acteurs secondaires, Kevin Bacon dans le rôle du dealer, on voit bien que ce n’est pas le rôle de sa vie, et pourtant, il s’éclate, il prend plaisir à jouer un gros con presque excusé par rapport aux agissements de ses ennemis, les « gentils ». Liv Tyler, elle qui m’énerve à chaque fois est plutôt pas mal. On la voit peu, même si c’est de sa faute si tout cela arrive. C’est peut-être pour cela que j’arrive à l’apprécier : parce qu’on la voit guère !

Pour résumer, Super est un bon film sur les apprentis super-héros losers qui sont animés par la vengeance et par le licencieux. Les combats glauques et ultra-violents sont ponctués par des onomatopées nous rappelant le côté cartoon des super-héros. La musique est assez cool, notamment celle de la scène d’introduction. Puis, franchement, ce genre de traitement absolument névrosé est assez savoureux. Mais ne sera certainement pas de tous les goûts.