Eddie the Eagle (2016)

Les JO d’hiver de 1988 à Calgary, ce contexte avait déjà été pris pour la célèbre comédie inspirée de faits réels, Rasta Rockett. Dans ce film, quatre jamaïcains s’illustraient dans un sport où on ne les attendait pas, le bobsleigh. Leur but : avoir la fierté de représenter leur pays aux célèbres jeux olympiques. Pas pris au sérieux au début, ils ont affiché une détermination sans limite et ce sont fait aidés par un coach atypique.
Eddie the Eagle, c’est un peu le même pitch : ça se passe à ces mêmes JO et le sportif en question, c’est Michael « Eddie » Edwards. Ne s’illustrant dans aucun sport en particulier, mais hautement attaché à participer aux jeux, il jette son dévolu sur le saut à ski, discipline redoutable où il est la risée de tous. Ne comptant que sur sa persévérance et le soutien indéfectible de sa mère, il parvient à se qualifier et représenter le Royaume-Uni dans cette discipline.

Soyons clairs, le seul atout que je voyais dans ce film, c’était la présence de Taron Egerton, chouchou de mon petit cœur de beurre depuis Kingsman. Parce que Eddie the Eagle, en lui-même, ne m’intéressait pas, je ne suis pas très biopic et encore moins quand ça touche au sport. Mais sur un coup de tête, j’ai décidé de me rendre à la dernière séance de ma ville (et du département entier), et je n’ai regretté que deux choses : avoir eu des a priori sur ce long-métrage et ne pas y être allée plus tôt pour pouvoir vanter ses mérites au plus grand nombre.

Déjà, je tiens à dire que le film est « seulement » inspiré de faits réels, et n’est pas un biopic à proprement parler, puisque certains éléments ont été rajoutés, d’autres romancés. C’est notamment le cas du coach bourru aux allures de cowboy, Bronson Peary, joué par Hugh Jackman. Ce coach a été créé pour les besoins du film, il n’existe donc pas dans la vraie histoire. Ainsi, tout ce qui a trait à ce personnage est purement fictif et aide à nous attacher non seulement à ce personnage, mais en plus, à créer une relation entre Eddie et Peary. Cette relation va au-delà du simple maître/élève, et aborde une très belle amitié. Je dois dire que ce duo fonctionne à merveille, mais aussi qu’il est absolument touchant. D’un côté, on a le coach avec sa chemise de western et ses santiags, plutôt adepte du lever de coude, qui va se trouver un but dans la vie : aider Eddie, mais aussi se racheter, lui qui a déçu son ancien coach et a foiré sa vie ainsi que son potentiel. De l’autre côté, on a Eddie, pas un grand sportif, mais qui a l’avantage d’être courageux et déterminé. Alors que le premier va souvent refuser d’aider Eddie, celui-ci va continuer de s’entraîner, jusqu’à faire craquer celui qui deviendra son coach, voulant lui éviter une mort certaine dans cette envie de gloire.

Les personnages sont attachants, comme vous avez sûrement compris. Eddie est captivant, parce qu’on le voit depuis ses plus jeunes années s’entraîner à diverses disciplines, en vain. Et dès son enfance, celui-ci nous attire, sûrement à cause de son handicap et de son air benêt. En cela, Taron Egerton est presque méconnaissable, il réussit à retranscrire les mimiques du célèbre olympien et le fait bien : il ne le rend pas du tout idiot, mais lui donne une vraie âme et un côté naïf qui en fascine plus d’un. Ça serait une sorte de Forrest Gump en cela, même si ce dernier est vraiment bête, car Eddie joue plus sur la candeur que l’imbécilité. Bon et puis, ce personnage avec ses airs bêtas nous livre quand même une belle leçon de vie : ne rien lâcher, aller jusqu’au bout et se dépasser. Parce que c’est exactement de ça dont il est question durant tout le film, de persévérance. La conversation qu’il aura lors du championnat avec le numéro 1 mondial de saut à ski, Matti Nykänen (trois médailles d’or lors de ces JO) le prouvera. Ce dernier lui glissera que tous les deux sont faits du même bois et n’ont rien à voir avec les autres athlètes de la discipline, puisqu’ils sont là pour aller au-delà d’eux-mêmes. Découragé (notamment par son propre père), moqué et même humilié par beaucoup (son coach au début, les autre sportifs, le comité olympique de son propre pays) au début, il montrera sa volonté de sauter et sa légitimité à être là, sans être celui qui amuse la galerie. Sa liesse se partage à chaque atterrissage et une vraie connexion se fait avec le public. Il devient alors le chouchou des spectateurs, de certains présentateurs et des journalistes, qui le surnommeront l’« Aigle ». Et de nous. Parce que sa joie est tellement communicative qu’on est forcés d’être émus et heureux pour lui. Je me souviens d’avoir eu envie de crier et de l’applaudir à chacune de ses réussites, j’avais vraiment l’impression d’avoir assisté aux sauts et de prendre part à ce bonheur. En cela, je trouve que ça en fait un personnage entier, sans retenue et qui se donne à fond pour atteindre son objectif et ses rêves. A la cérémonie de clôture des jeux olympiques, le discours prononcé lui rendra d’ailleurs un bel hommage : « Lors de ces Jeux, des concurrents ont gagné l’or, certains ont battu des records, et certains d’entre vous ont même volé comme un aigle ».

Niveau émotion, j’ai été servie. Cela fait très longtemps que je n’ai pas pleuré devant un film, du moins, pleuré de joie, et Eddie the Eagle m’a donné l’occasion de le faire, et plutôt deux fois qu’une. Je me suis surprise à avoir les larmes aux yeux en voyant le générique de fin. Et d’avoir tout de suite été mise dans le bain, non seulement grâce aux essais du petit Eddie dans diverses activités sportives représentées aux jeux olympiques, mais aussi à cause de l’attachement que j’ai eu pour lui et de la leçon qu’il transmet, comme dit précédemment. Chaque saut était propice à l’émotion, car on voulait au moins autant qu’Eddie sa victoire et voir son rêve se réaliser. Je crois que c’est plus que du partage, c’est davantage une fusion. Et tout était réuni pour que cette connexion se réalise. Eddie est proche de nous, accessible, pas comme les autres sportifs et tellement humain. Ses qualités nous projettent vers l’avant et j’ai ressenti un fort optimisme après ce visionnage. J’ai rarement vu de film aussi puissant et beau. Car en plus, Eddie the Eagle ne se tourne jamais dans le découragement et n’a pas à vocation d’être tire-larmes, au contraire, le protagoniste est admirable et sa persévérance inspire.

Brillamment mis en scène et interprété (autant le duo principal, que les parents d’Eddie et les autres seconds rôles (bordel, Christopher Walken ne rajeunit pas !)), la production de Matthew Vaughn nous plonge non seulement au cœur d’une épopée presque palpable et optimiste, mais aussi à la fin des années 1980. Code vestimentaire inclus. Et surtout, la bande son contribue à cette immersion temporelle, puisque Eddie the Eagle s’accompagne de chansons de groupes et artistes des 80’s, comme Kim Wilde, Frankie goes to Hollywood, Nik Kershaw ou encore Van Halen. Quant aux différents thèmes du film, ils sont composés par Matthew Margeson, que l’on a déjà croisé dans Kingsman ou Kick Ass. Le thème sobrement intitulé Eddie the Eagle, que l’on entend dès le début du film est brillant. Toutes ces chansons et musiques nous filent la patate et s’associent facilement à des moments de victoire.

Je conseille ce film à tous et suis impatiente de voir sa sortie en Blu-ray. Si jamais vous avez encore l’occasion de le voir en salles, foncez. Eddie the Eagle est un énorme coup de cœur et indéfectiblement un film que j’adore.

Birdman (2015)

Je commence par quoi : la mise en scène, l’interprétation, l’histoire, la critique de la célébrité dépeinte dans le film… ?
Aucune idée, alors ça va vous être déposé comme ça vient dans mon esprit.
Tout d’abord, il est difficile de passer à côté de Birdman, tant ces temps-ci à cause de la course aux récompenses (Oscars et consorts), et tant dans le fait que ce film est tellement encensé que même le plus reculé des troglodytes veut le voir. Le pitch ne nous promet rien de précis et encore moins quelque chose de véritablement incroyable : un acteur déchu tente de se refaire une place dans la célébrité en montant une pièce à Broadway. Qui aurait pu penser que sous ses airs bien lourds, ce synopsis allait nous faire décoller (tous sens du terme acceptés) ? Surtout pas moi. Birdman tape sans ménagement dans la machine à faire des stars : Hollywood. Sa critique est dure sans pour autant être dénuée d’humour, c’est donc délicieusement cynique. On voit donc le réel dessous des stars qui, entre l’absence d’humilité, la volonté d’être au-devant de la scène pour être aimé, la puissance des critiques (au regard plus que biaisé) et le côté artistique qui lie chaque personnage, n’ont plus trop de paillettes une fois la caméra éteinte. Telle une mise en abyme réussie, Birdman critique ses propres acteurs : notamment un Michael Kaeton dans un rôle sur mesure, ayant rayonné avec Bat/Birdman mais désormais sur le déclin, tentant de refaire surface avec un coup de maître (Birdman/la pièce), mais aussi la consommation presque inévitable de drogue dans le milieu (Emma Stone), l’artiste performeur (Edward Norton)…

La mise en scène, soit un unique plan séquence de 2h est intéressante bien que dérangeante dans les premières minutes. Là encore, ce plan s’inscrit dans la mise en abyme de Birdman, la caméra nous invite à assister à quelques moments de la vie de ces acteurs, à les survoler pour passer à autre chose, un peu comme si le spectateur était transformé en succès et que l’on s’arrêtait quelques minutes sur certains pour repartir vers d’autres. D’autres points assez dérangeants de prime abord, c’est de mêler à notre histoire de la fiction (Birdman himself) et de la folie (Keaton himself). Pensant que ce mix peu ragoûtant rajouté au réalisme du film ne peut donner quelque chose de bon, on se trompe. Les scènes valent de l’or, notamment la traversée de Broadway par Keaton dans son plus simple appareil, Norton et Stone sur le toit et le pétage de câble de Norton à l’avant-première de la pièce. Les dialogues cyniques, désespérés et tellement vrais des acteurs viennent confirmer leur don, tout comme celui du réalisateur qui a réussi à nous emporter ailleurs pour quelques heures. Pour finir, j’ai bien envie d’insister sur le jeu d’acteurs puissant et intéressant : Norton pète son câble à la manière d’un Durden survolté, Stone se fait camée, Keaton avec un égo surdimensionné… Watts et Galifianakis n’en restent pas moins mauvais.

 

Dépêchez-vous d’apprécier, avant que la critique ne vienne détruire ce bon moment et nous fasse passer à autre chose.

Dies iræ (part III)

LIVRE VI

Le Livre VI de Kaamelott met en scène la genèse de la série, on y voit l’évolution d’Arthur ou plutôt du romain Arturus, un simple milicien de Rome. Il est anonyme et son destin va pourtant changer grâce à la volonté du Sénat et des dieux. Il va alors gravir les échelons (de simple soldat à roi, en passant par les grades de centurion et de chef de guerre) et s’élever dans la haute société romaine qui va l’instruire. Il va donc être forcé d’avoir de l’ambition, d’accepter son rôle de personnage légendaire, lui qui n’avait guère de volonté. Il va sortir de l’anonymat, tomber amoureux d’une femme plus vieille que lui et accepter sa destinée royale. Pour les nostalgiques de la pluie et des pécores, l’histoire alterne entre les passages à Rome et les petits voyages en Bretagne où l’on va voir les chefs de clans prêts à défoncer la piètre défense romaine, mais aussi Merlin qui rassemble d’illustres bretons dans le but d’en faire des chevaliers au service du futur roi.
L’ultime épisode du livre (et par extension, de la série) est quant à lui, un retour dans le présent, où l’on voit Arthur à Tintagel où l’on a annoncé sa mort.




Là où le Livre V développait tous ses personnages en laissant Arthur de côté (même s’il se montrait plus faible, plus déprimé), ici, on nous montre un jeune Arturus plein de bons sentiments et sous un nouveau jour : c’est un grand sentimental qui a déjà des prédispositions à sauver la veuve et l’orphelin, il a des amis, dont Manilius, lui aussi soldat de la milice urbaine romaine ou encore Caïus, mais il n’est pas animé par une quête divine. Ici on trouve beaucoup de personnages romains (logique) : les soldats, les sénateurs, les habitants, la haute société ou encore l’empereur lui-même. On y voit aussi les « jeunes » MerlinPère Blaise ou encore le Maître d’armes.
Pour ce qui est des romains, je voudrais notamment parler de deux personnages très importants : Aconia, la préceptrice d’Arturus dont il tombe amoureux au fil du livre. Malgré leur engagement marital respectif (lui va devoir épouser une fille de clan dans un but politique, elle est mariée à un homme absent), elle accepte le mariage secret (et chrétien) avec Arturus. Elle lui fait d’ailleurs tenir une promesse : il ne touchera jamais sa femme (Guenièvre), il pourra avoir autant de maîtresses qu’il veut, mais il ne devra en aucun cas coucher avec sa femme. J’y reviendrai. On a également la présence d’un personnage, qui malgré sa petite présence, se révèlera très important, c’est celui de César (incarné par feu Pierre Mondy). Très enfantin, à la limite de la sénilité, l’empereur donne pourtant à Arturus des conseils précieux sur son futur rôle de roi de Bretagne, mais lui fait également un cadeau pour qu’il croit à la magie. César étant symboliquement le père d’Arturus, ils se respectent, se font confiance. Seulement, l’empereur va trouver la mort, les veines tranchées avec l’aide d’un certain Méléagant qui l’a poussé au suicide, lui rapportant que la journée préférée de l’empereur peut être vécue des centaines de fois par celui-ci, mais qu’il n’y a qu’une seule solution pour cela : mourir. Méléagant trouve donc encore bon de foutre la merde dans un empire déjà bancal.



Avec le Livre VI, on assiste au passage de série télévisée à œuvre de cinéma. Parce que oui, ce livre est bien la transition entre la série Kaamelott et les futurs films que l’on verra sur grand écran. Tout d’abord, le format, ici, un épisode dure aussi longtemps que la moitié d’un film. Le générique se veut plus en rapport avec le monde du cinéma que du paysage télévisuel et est plutôt sympathique, tant niveau musique, qu’au niveau de l’image. Les décors sont très travaillés, d’ailleurs, les scènes à Rome ont été tournées à la Cinecittà, qui est tout bonnement un complexe de studios de cinéma italien. Un autre point qui tend à nous montrer cette volonté d’entrer dans le monde du cinéma, c’est la présence quasi-constante d’acteurs de cinéma. Je ne dis pas qu’il n’y en avait pas dans les autres livres, mais en moindre mesure, puis ils étaient davantage sortis du théâtre. Non, ici, on a des personnes qui ont fait du cinéma : Tcheky KaryoValeria Cavalli ou encore Pierre Mondy. Et puis, parlons pour finir de la musique tarantinesque des dernières minutes du dernier épisode du Livre VI.

Déjà que le Livre V faisait le scandale chez les fans de la première heure, reprochant au livre de ne pas être comique, d’être long… Le Livre VI ne fait qu’accroître leur déception, pire leur colère. Combien de fois ne suis-je pas tombée sur des forums de « fans » de Kaamelott qui insultaient Alexandre Astier, qui l’accusaient de leur avoir volé Kaamelott ? Qu’est-ce qu’a donc fait Alexandre Astier pour s’attirer les foudres de son public qui l’avait élevé au rang de chéri de la France, de créateur de génie. Génie oui, mais que lorsqu’il va dans leur sens apparemment. Bref : le créateur de Kaamelott a juste construit et amené son œuvre là où il voulait qu’elle aille. Car les fans auront beau dire ce qu’ils veulent, si A. A veut transformer sa série, c’est encore lui qui décide. Et il y change non seulement le format (ici, on a neuf épisodes d’une quarantaine de minutes environ), le lieu (Rome) et les acteurs (au revoir les chevaliers de la Table ronde). Envolés, l’humour véritable, l’esprit de Kaamelott, le rythme adopté par des milliers de fans, A. A a trahi son public ! Scandale ! Sans vouloir faire la connasse, je trouve juste qu’Alexandre Astier n’a pas les fans qu’il mérite. Bien entendu, je ne généralise pas, on a le droit de ne pas aimer une œuvre, mais la critiquer juste par son manque d’humour, je trouve cela d’une injustice flagrante et d’un manque de respect envers le créateur de la série. Par le simple manque d’humour, ces admirateurs préfèrent décamper plutôt que d’essayer de voir ce qu’est Kaamelott sans ses répliques. Certes, ces répliques ont constitué un atout majeur pour la série, ils étaient limite son âme dans les premiers livres, mais Alexandre Astier nous montre qu’il peut prendre des angles plus graves et rester intéressant et captivant. Kaamelott n’est pas que des vannes, ni des répliques bien senties. Si on n’exploite cette série que par ses vannes, c’est ne donner aucune importance aux autres atouts du créateur qui nous montre à quel point son œuvre est rare et absolument délicieuse, quels que soient les angles qu’il prend.

La relation entre Arturus et Aconia mérite d’être approfondie. En effet, c’est à cause d’elle que la pauvre Guenièvre connaît bien des tourments quant à son mari qui ne la touche pas. Seulement, cette promesse mérite elle aussi d’être explorée plus en détail, car elle pose certes la réponse ultime du non-désir d’Arthur pour Guenièvre, mais nous donne en revanche une multitude de questions qui méritent d’être éclaircies. Pas de panique, je vous mâche le travail (ne prenez pas ce que je dis pour la parole divine non plus, ce n’est qu’une interprétation). La promesse faite à Aconia est la suivante : non, je ne toucherai pas ma femme. Qu’en est-il de l’épisode de Mevanwi alors ? Je pense que c’est seulement la VRAIE future reine qui est visée, ni voyez pas de dimension personnelle, puisque Guenièvre et Aconia ne se connaissent pas. Mais pour moi, il a le droit de coucher avec Mevanwi car elle n’est que la femme d’un autre et qu’elle est au début une simple maîtresse, en effet, la promesse s’adressait uniquement à la femme à laquelle Arthur pourrait potentiellement tomber amoureux. Seulement, pourquoi respecter la promesse faite à une femme qui s’enfuit avec son mari ? Tout simplement par amour. Je n’ai pas de meilleure explication que celle-ci. Aconia reste la seule femme qu’Arthur n’ait jamais aimé. Mais avec qui une vie heureuse est impossible, d’ailleurs la perte de l’alliance d’Arthur par Manilius est révélatrice de cet amour impossible. Mais plutôt que de trahir l’amour de sa vie, il préfère la respecter, même si celle-ci l’a justement trahi. Sans compter que par extension, c’est à cause d’elle que son meilleur ami est mort. En effet,Arthur insiste pour retourner à Rome avec Manilius pour chercher Aconia, celui-ci lui prédit leur mort certaine (les romains ne voulant plus entendre parler d’Arthur), alors que sa femme s’enfuit avec son mari, lui laissant une robe rouge en souvenir, Manilius est tué par la milice romaine alors qu’il allait chercher sa femme. En même temps qu’il perd son meilleur ami, Arthur voit César mort. Le retour romain d’Arthur se solde par un échec, une solitude amicale, paternelle et amoureuse, une profonde tristesse.



Qu’en est-il du dernier épisode ? C’est sûrement l’épisode le plus noir de la série Kaamelott. Plusieurs mois se sont écoulés après la tentative de suicide d’Arthur et celui-ci est encore très faible, sa mère dans sa légendaire délicatesse annonce même sa mort, c’est alors que ces anciens chevaliers et proches viennent le visiter sur son lit de mort. On y voit notamment Perceval, à qui Arthur raconte son rêve qui peut potentiellement lui plaire vu qu’il aborde le sujet de l’espace et d’un vieux (les fantasmes ultimes du chevalier). Ce vieux l’emmène jusqu’à Kaamelott, dans la salle de bain où il a voulu se suicider et lui explique que la baignoire est le Graal, que tous les suicidés sont le Christ. D’ailleurs, Arthur a l’apparence d’un véritable Jésus : vieille toge, cheveux longs, barbe…
Entre ses périodes de sommeil, il reçoit également Guenièvre qui lui en veut terriblement d’avoir tenté de se suicider dans le bain qu’elle avait préparée elle-même. Il lui répond qu’il avait fait surtout cela pour que personne ne ferme les yeux sur sa souffrance, sur son existence.
Enfin, il reçoit Lancelot à qui il lègue le pouvoir (qu’il venait de récupérer par Karadoc qui en a tout bonnement marre de régner)… Sauf que celui-ci se fait une fois de plus détourner par Méléagant qui l’incite à mettre à feu et à sang le royaume, pourchassant les chevaliers et brûlant symboliquement la Table ronde, réduisant à néant tout le travail d’Arthur.
C’est alors qu’Arthur reçoit Venec qui l’emmène et le sauve des griffes de Lancelot et de ses hommes, il l’emmène sur la plage et le conduit au dernier endroit où Lancelot irait le chercher : Rome. Il se réfugie alors dans la villa d’Aconia et se refait une santé et prépare son retour.
Venec était pas la première personne à laquelle j’aurais pensé pour endosser le rôle de sauveur d’Arthur, mais je trouve que faire passer ce personnage pour un réel gentil est assez agréable. Il est tout simplement beau dans cet épisode (physiquement comme symboliquement). Bien entendu, Venec a toujours montré du respect envers le roi, et même si c’était par intérêt, on sait que son acte à l’issue de cet épisode est complétement désintéressé et dénué de tout sens politique et économique.

Le dernier épisode, et surtout ses dernières minutes sont révélatrices du passage au cinéma d’une part et du renouveau d’Arthur, de sa volonté de revenir et de se battre. La présence de la robe rouge d’Aconia est symbolique : elle lui donne la force de se reprendre en main et c’est grâce à elle qu’il s’entraîne à l’épée dans le vide avec, comme musique de fond, le thème de Jo, dont la seule présence pourrait s’expliquer par l’hommage rendu à Louis de Funès, auquel Kaamelott entier est dédié. Mais ce thème est aussi un mélange de musique de films français d’antan et de western, on se croit vraiment dans un film de Tarantino, la musique est assez héroïque et donne un côté de renouveau à la série et au personnage d’Arthur.


Je voudrais finir par cette conclusion très personnelle qui va sûrement me faire passer pour une imbécile sentimentale, mais qu’à cela ne tienne, je fais ce que je veux, moi aussi ! En fait, je voulais surtout, comme je l’ai dit en avant-propos, faire un hommage à la meilleure série française selon moi, celle qui m’a fait rire, pleurer. Je ne me lasse pas de la revoir encore et encore. Mais je n’ai eu l’occasion (l’envie surtout) de regarder le Livre VI de Kaamelott que dernièrement, car je n’avais pas envie d’être déçue et j’en avais entendu parler par des termes plutôt négatifs, alors j’ai fait l’autruche. Et je me rends compte que j’ai été conne, vu que l’issue de la série me plaît. Seulement voilà, maintenant, je suis confrontée à un autre problème… Appelons-le le « syndrome de la série finie ». Je ne sais pas vous, mais je me sens super mal à l’aise à la fin d’une série que j’ai appréciée, je me sens comme abandonnée et résolument seule. Je crois que j’ai tellement accroché aux personnages, à l’histoire, que je ne peux plus m’en défaire, je ne peux décemment pas leur dire au revoir. Kaamelott m’accompagne depuis 2004 et je n’ai fini la série qu’en 2014. Dix ans d’admiration totale et d’amour, ça ne s’efface pas comme ça. Bien sûr, je peux toujours voir et revoir les épisodes, mais ça ne change rien quant au sentiment que je ressens actuellement. Là j’ai vraiment atteint la fin de la série, des épisodes inédits ne m’attendent plus. Et je suis triste. Bien sûr, j’attends avec impatience (comme beaucoup) le retour de Kaamelott au cinéma, mais j’ai l’impression que cela n’arrivera pas : cette arrivée dans nos salles obscures est sans cesse repoussée et actuellement bloquée pour des problèmes d’ayants-droit.
Après avoir fait ma drama queen, je voudrais passer aux remerciements. Remerciement logique à vous, lecteurs, qui m’avez lue jusqu’au bout. J’espère que ces trois articles vous auront plu et que j’ai traité la série avec tout le respect et l’hommage qui lui revient, que je lui dois.
Mais surtout, remerciement au créateur, merci Alexandre Astier de m’avoir fait rêver, merci d’avoir donné à la légende arthurienne un souffle inédit.


PS : J’ai nommé mes trois articles avec les titres des trois derniers épisodes de la série, car je trouve qu’ils correspondaient bien aux saisons : 
– Arturus Rex, c’est le Roi Arthur indiscutable des quatre premiers livres.
– Lacrimosa, c’est la tristesse engendrée par le Livre IV, sa noirceur et son issue.
– Dies iræ, c’est pour finir la colère d’Arthur, sa rébellion et sa volonté de revenir aux dernières minutes.
Oui je pars loin, mais zut ! 

Lacrimosa (part II)

LIVRE V

Ici, l’histoire est chronologique, donc plus de compréhension, plus de cohésion.
Même si d’apparence, le calme est revenu à Kaamelott, ce n’est qu’illusion, car même si Arthur a réparé son péché adultère, la situation est catastrophique au royaume. En effet, Lancelot est introuvable et supposé mort, des clans indépendants se forment, Arthur perd la confiance du peuple… Une seule solution est envisagée, celle-ci redonnerait au roi toute sa splendeur, son pouvoir, et sa popularité auprès de ses gens : il lui faut replanter l’épée Excalibur. Le but est qu’il la replante, laisse quelques jours se passer, permettant à tous les pécores et autres seigneurs d’essayer leur tour, puis de la retirer à nouveau, prouvant toute sa noblesse et sa légitimité à gouverner Kaamelott au monde entier. 
Parallèlement, on suit Lancelot, terré dans une grotte et souvent visité par l’homme en noir, Méléagant. Celui-ci le pousse dans ses retranchements : il en sait beaucoup trop sur lui, ce qui en fait un personnage tout à fait énigmatique.
Arthur, ayant complètement perdu la foi, se rend au rocher pour retirer l’épée, mais refuse de le faire au dernier moment. Le royaume de Kaamelott se retrouve donc sans roi à sa tête.
Par des concours de circonstances et grâce aux lois, le pouvoir tombe dans les mains de Guenièvre, de Léodagan et surtout de la terrible Mevanwi. Notre regretté roi n’a plus qu’une seule idée en tête, trouver ses potentiels enfants, qu’il aurait pu avoir avec ses maîtresses ou des filles des environs. Il parcourt donc le pays, avec Guenièvre au début, puis seul… Ne trouvant aucune progéniture, il décide de rentrer et trouve un guide en la personne de Méléagant, celui-ci va également tenter de le briser psychologiquement, mais surtout, il va le pousser au suicide. Il sera sauvé in extemis par Lancelot et sa magie blanche.




Là, on commence à entrer dans le vif du sujet. Le Livre V est très important pour Kaamelott, puisqu’il se passe plein de choses, explicites ou non. Je vais donc essayer de parler de toutes ces choses, sans en omettre aucune, même si l’exercice s’avère difficile.

Le Livre V, c’est avant tout une quête. Et on le voit bien dans les décors, puisque l’histoire ne stagne plus au château, Arthur évolue dans la nature, et au passage, on y voit des paysages sublimes : la forêt, la côte, les falaises… L’ancien roi sera davantage motivé à chercher sa potentielle progéniture qu’il ne l’a jamais été pour rechercher le GraalArthur rencontre à l’aller des personnages qu’il connaît bien, comme ses anciens chevaliers ou les paysans. Au retour, il côtoie, avec l’appui de Méléagant à nouveau des personnes inconnues qui sont pourtant révélatrices du passé d’Arthur : une amie d’enfance, son père adoptif… Son retour se solde non seulement par un échec (à l’aller, il n’a pas trouvé d’enfant), mais aussi et surtout, pas des rencontres qui lui en apprennent sur lui, son passé… Méléagant n’a qu’un seul but, voir Arthur souffrir et il réussit, puisqu’il arrive même à lui faire croire qu’il est infécond. La quête d’Arthur pour trouver un enfant est donc vaine, tout comme celle du Graal. Il voyait un moyen de se racheter, de donner un sens à sa vie, d’être pour une fois heureux et accompli… Il en revient perdu, déboussolé et profondément déprimé. La preuve, au dernier épisode, il tente de se suicider dans une baignoire préparée par sa femme.

Le développement des personnages est ici accru et c’en est plaisant. Davantage de psychologie, moins de surface, on arrive à mieux cerner les protagonistes. Leurs relations en subissent les conséquences pour notre plus grand bonheur pour certains. Tout d’abord, même s’ils passent toujours pour des glands, on s’aperçoit que Karadoc mais surtout Perceval sont d’une fidélité incroyable quant à Arthur. On s’en rend notamment compte lorsque Karadoc veut à tout prix retirer l’épée du rocher, il s’engueule avec Perceval qui lui interdit pour la simple et bonne raison qu’il n’y a qu’un seul roi, qu’un seul détenteur d’Excalibur et celui-ci se nomme ArthurKaradoc accepte donc pour son amitié envers Perceval de ne pas retirer Excalibur. Même si insignifiant aux yeux de beaucoup, j’ai trouvé ce fait tellement démonstratif de la dévotion que porte Perceval à Arthur. Je trouve que c’est la meilleure preuve de l’amitié que les deux personnages se portent, même si le chevalier tape sur les nerfs du roi. Malgré tout, lors des premiers livres, le roi invitait souvent Perceval à sa table, lui avouant même qu’il aimait passer du temps avec lui, alors qu’il regrettait systématiquement son choix. Ils auraient en fait, une relation de protecteur/protégé, et on peut le voir encore une fois dans les livres précédents, lorsque Arthur aide son chevalier à donner davantage de consistance à ses récits à la Table ronde.
Le personnage de Guenièvre est quant à lui moins con, moins maladroit et carrément plus mûr. Même si ce n’est pas réciproque, celle-ci est prête à tout pour Arthur, elle l’aide, le soutient, le défend. Et on y voit un certain respect de la part de ce dernier, car lui aussi, il la défend et l’apprécie. Guenièvre, là où elle était complétement débile dans les premiers livres se transforme en un véritable pilier pour son mari, il peut se reposer sur elle, se confier, et trouver une aide inconditionnelle auprès d’elle.
De plus, des relations père/fils se tissent : Arthur et son enfant fantasmé lors de ses rêves en est un très bon exemple. Il imagine cet enfant, il lui sourit, il le porte, s’amuse avec lui. Mais ce genre de relations est aussi vu lors de ses « retrouvailles » avec son père adoptif. Il sait à quel point il l’a blessé en ne lui donnant pas de nouvelle et s’excuse tant bien que mal auprès de lui. Puis parlons de ce passage plus ou moins énigmatique au phare, le repère du Pêcheur, le père des Jumelles. Plus révélateur qu’autre chose, le Pêcheur raconte qu’il attend son fils, parti à la pêche, il angoisse de ne plus le revoir, sauf que cela fait quinze ans qu’il est parti. Cependant, il l’attend toujours, avec la même angoisse qu’au premier jour, pensant qu’il va revenir d’une minute à l’autre, c’est un homme rongé par la folie. Lors du départ d’Arthur, il s’excuse de n’avoir parlé que de son fils. Celui-ci lui répond qu’il n’a pas parlé de lui souvent, et le Pêcheur confirme que si, il n’a parlé que de son fils disparu. Désappointant, mais tellement révélateur de ce que ressent Arthur avec son enfant qui n’est pas disparu, mais qu’il attend aussi depuis quinze ans. Les deux hommes ne sont plus que les ombres d’eux-mêmes et sont obnubilés par la pensée de cet enfant disparu/inexistant. A tous les deux, il leur manque quelque chose : leur fils.



Abordons le sujet de Méléagant, sûrement le personnage le plus sombre et complexe de Kaamelott. Sombre, car il montre une volonté de fer à voir s’écrouler autour de lui des personnes, il est censé leur montrer le chemin, mais ne fait que les enfoncer. Il pousse Lancelot à tuer Arthur, mais voyant que le premier est trop faible psychologiquement pour s’y atteler, il préfère prendre les choses en main lui-même et se présente à Arthur en tant que guide. Plutôt que de l’emmener à Kaamelott, il le guide vers son passé, le brisant à chaque rencontre. Coup de maître, il se sert de la Pytie pour lui croire qu’il ne peut pas avoir d’enfant. C’est donc un personnage voué au sabordage des gens, il n’a qu’une motivation, celle de semer le chaos autour de lui. Complexe, car on ne sait pas vraiment qui il est, même si on suppose qu’il est la Réponse des Dieux, évoqué par le livre Les Prophéties du Père Blaise. La réponse à son affront quant à l’histoire avec Mevanwi. Cette réponse, c’est la venue sur terre du Dieu des morts solitaire des frayeurs. Il a la capacité de voir l’avenir et surtout, il soumet Lancelot et surtout Arthur à sa volonté, volonté de les saborder, de tuer ce qu’ils ont de positif en eux. Et même s’il réussit son coup avec Arthur, puisqu’il le pousse au suicide, il n’y parvient pas avec Lancelot, vu que c’est lui qui sauve l’ancien roi, alors qu’il était initialement venu pour le tuer. Pire : pour le sauver, il utilise la magie blanche, l’instrument des dieux « de la vie », dont la messagère est la Dame du Lac.

Les personnages « anciens » de Kaamelott ne sont pas en reste. Puisque comme je le disais plus haut, leur psychologie a été développée et certes, Guenièvre a changé, mais Bohort devient courageux, on surprend Merlin à se racheter une sorte d’estime et de respect, parce que celui-ci passait davantage pour un abruti qu’autre chose, mais maintenant dans son élément (la nature, la vie extérieure), il peut vaquer à ses occupations de druide initial. Alors oui, le comique des personnages a carrément perdu de son poids, mais cela profite à leur personnalité carrément accrue, le Livre V, c’est le livre le plus sombre et le plus sérieux de Kaamelott, les personnages sont construits, creusés, et c’est tout bonnement plaisant. C’est les nouveaux qui prennent leur place en leur piquant l’humour, c’est le cas du personnage duDuc d’Aquitaine qui est véritablement soumis à sa femme, mais qui est aussi très intelligent.




Le Livre V a déçu les fans. Il les a déçus parce qu’il ne présente plus le même format, parce qu’il n’est plus drôle. Là où ce livre signe la déception, il sonne pour moi comme une sorte de révélation et d’admiration. Révélation puisque c’est grâce à lui que j’ai pu apprécier à sa juste valeur le travail de qualité d’Alexandre Astier qui n’hésite pas à déboussoler son public. C’est un petit peu comme le créateur de Kaamelott avait créé le monde des Bisounours pour pouvoir mieux y foutre le feu. A l’image de MéléagantAlexandre Astier « saborde » sa propre série pour lui donner un registre totalement différent, un ton plus grave, et une dimension complètement sérieuse. Il donne à ses personnages, à ses créations, une nouvelle force, une occasion de se racheter et de passer pour des gens biens et tellement humains. La narration a évolué, on ne se contente plus de petites histoires drôles, de gags, mais d’une réelle histoire travaillée. On prend plaisir à voir Alexandre Astier secouer tout ce petit monde (public et personnages de la série), à le voir s’élever au rang de créateur de série. Attention, je ne dis pas qu’il était nul avant. Mais grâce au Livre V, on prend vraiment conscience de tout son génie narratif qui peut aussi bien exercer dans un ton sérieux. Il utilise même les décors pour montrer à quel point il peut faire autre chose que des plans à l’intérieur, ici, la caméra bouge, elle se fond dans le décor, la nature est la meilleure alliée du créateur de Kaamelott, elle est variée et révélatrice du temps qui passe : on passe de l’hiver au printemps. Bref : il a osé, il a eu raison. 

Arturus Rex (part I)

Avant-propos : Vu que je ne sais pas débarquer quelque part sans mettre les pieds dans le plat, je préfère faire une légère introduction, qui vous indiquera mes réelles intentions, ce que je veux faire et ne pas faire. Mon objectif, plus que de faire une simple présentation technique, serait d’aller au-delà de ce qui est montré, savoir pourquoi, comment, etc. Sans pour autant dénaturaliser cette série. Faut plus voir ça comme un hommage, un foutu cadeau d’une fan à son idole (Astier himself), même s’il lira jamais. C’est très utopiste, mais c’est exactement ce que je veux. Alors autant vous le dire directement : non, vous ne verrez pas de fiche technique ni de présentation basique des personnages, vous avez assez de la page Wikipédia de Kaamelott pour cela. L’intérêt est donc non pas de rester à la surface, mais de vouloir creuser, d’établir des liens, de trouver des significations et de donner des interprétations (plus ou moins tirées par les cheveux). Ah, et, petite précision, je n’aborde pas le court-métrage Dies Irae.




LIVRE I

Le Livre I de Kaamelott, c’est avant tout une découverte de l’univers qu’a construit Alexandre Astier, plutôt que de prendre l’exemple sur des séries/films fantastiques et pour la plupart peu réussis, A. Apréfère donner une autre dimension à la légende arthurienne que celle attendue : moins d’héroïsme, plus de débilité. Parce qu’après tout, Kaamelott c’est ça, des chevaliers ridicules qui ont chacun une particularité (Bohort l’efféminé trouillard, Léodogan le caractériel, Lancelot le seul qui tient à peu près la route, Perceval l’idiot du village ou encore Karadoc similaire à Perceval mais carrément axé sur la bouffe) mais qui œuvrent inconsciemment dans le même but : certes trouver le Graal mais surtout passer pour des cons ! Parce que c’est un fait établi, Kaamelott met en scène des chevaliers peu dégourdis, avec un QI avoisinant celui d’une poule (Elle est où la poulette ?). Alors les épisodes sont très comiques et centrés tour à tour sur un ou plusieurs chevaliers, tentant vainement de servir Arthur mais qui se casse la gueule, parfois littéralement. On y voit souvent Arthur péter un câble d’ailleurs, ce qui rajoute une dimension comique, vu que ses colères sont absolument savoureuses : il engueule son personnel, ses chevaliers et sa femme. Parce que les chevaliers ne sont effectivement pas les seuls à porter le fardeau de la connerie, les femmes ne sont pas plus intelligentes, notamment Guenièvre qui en plus de ne pas avoir un physique avantageux, est souvent prise pour une conne par son époux, faut dire qu’elle ne broque pas grand-chose…

Situations comiques (avoir la chiasse en pleine bataille après avoir bouffé des champignons vénéneux, pour ne citer qu’un exemple), personnages débiles et répliques carrément hilarantes : ce sont les ingrédients que réunit Kaamelott. Car en effet, que serait cette série sans ses répliques ? Qui n’a jamais entendu un « C’est pas faux » ? « Le gras c’est la vie » ? Ou tout simplement repris le « Cuillère ! » du chef burgonde ? Peu de personnes je le crains.


LIVRE II

En globalité, le Livre II de Kaamelott a gardé la même recette que le premier : humour omniprésent, quêtes plus ou moins éventrées par maladresse, ras-le-bol d’Arthur.
Pas grand-chose à dire de plus sur ce livre, si ce n’est qu’on commence gentiment mais sûrement à apercevoir une certaine tension entre le roi et son fidèle Lancelot, révélatrice du début de la perte d’équilibre du royaume et de la légitimité qu’a Arthur à gouverner.

La particularité de ces deux premiers livres, c’est de n’avoir aucun fil conducteur : vous avez raté l’épisode de la veille ? Aucun souci, vous ne serez jamais perdus, puisque chaque épisode a son histoire.


LIVRE III

Dans le Livre III, on commence à avoir une chronologie des épisodes. Là encore, on est toujours face à l’humour, véritable signature des premiers livres de Kaamelott, seulement les choses se gâtent, puisque le roi voit son meilleur élément se détacher peu à peu de lui. Effectivement, Lancelot y exerce une double vie, à la fois chevalier servant à Kaamelott et chevalier errant dans la forêt, où il élit domicile la moitié du temps. Les engueulades sont de plus en plus fréquentes entre ces deux-là. Pour ne rien arranger, Arthur commence à avoir une liaison avec la femme de l’un de ses chevaliers (Karadoc) : dame Mevanwi. Tout d’abord secrète, elle est découverte à l’issue du dernier épisode, par Guenièvre qui y voit une trahison de son mari dans une moindre mesure (après tout, il a des maîtresses), mais surtout une trahison envers son ami, le seigneur Karadoc, qui selon la loi, va devoir être tué par le roi s’il veut prendre sa femme. La reine s’enfuit donc vers le seul homme qui l’aime, Lancelot.

Ce livre amorce des situations plus graves, et a, comme les précédents livres, même si je ne l’ai pas mentionné, des références et des indices quant à la légende Arthurienne mais aussi sur la suite qui va être donnée à la série.
Et ce, notamment, avec l’histoire raconté au neveu de Karadoc qu’Arthur est contraint de garder. La légende du roi est donc transposée ici pour être comprise par un enfant, les personnages deviennent des ours, faisan et autre cerf. C’est mignon, mais ça a une conclusion qui pour le moment est anodine, puisqu’elle parle de la dépression du petit ourson, qui n’est autre qu’Arthur.


LIVRE IV

Tout commence à foutre le camp à Kaamelott : Lancelot forme un clan séparatiste, Guenièvre est restée avec lui… Arthur ne voit pas le mal, mais pourtant, la Dame du Lac le met en garde contre la volonté des Dieux et l’avenir de Kaamelott. Plusieurs choses inévitables se passent : l’échange d’épouse Mevanwi/Guenièvre, la première devenant ainsi la reine du royaume, commence à être détestée de tous et toutes, puisqu’elle prend des initiatives, elle accède au pouvoir, veut diriger. Elle se présente donc comme une femme avide de pouvoir, ce qui la rend particulièrement désagréable. On lui préfère largement la candide Guenièvre, qui elle, déchante complètement dans sa nouvelle vie de pécore avec un Lancelot qui devient peu à peu taré, voyant un homme en noir partout… De plus, Arthur refusant d’écouter la Dame du Lac, celle-ci est reniée des Dieux et reléguée au rang de simple mortelle qui ne sait rien faire. Plus grave encore, le royaume de Kaamelott est en train de se déchirer, et chacun doit choisir son côté : soit rester fidèle à Arthur et à la table ronde, soit rejoindre le rebelle Lancelot. Pour tenter de rétablir l’ordre, Arthur quitte Mevanwi et attaque le camp de Lancelot pendant son absence, tout en récupérantGuenièvre, en lui proposant d’être de nouveau la reine. A son retour, Lancelot voit son camp pillé, ses hommes disparus et sa bien-aimée enfuie, c’est alors que l’on voit enfin l’homme en noir…



Sur ces quatre livres, je n’ai pas grand-chose à dire niveau interprétation, car tout est assez clair. Mais je reviendrai régulièrement sur ces livres lors de mes deux prochaines propas, c’est pourquoi il fallait absolument que je vous en parle, pour que les relations entre les livres ne soient pas incomprises.
Pour résumer, je dirai vraiment que ces quatre premiers livres sont souvent considérés comme les piliers de Kaamelott, effectivement, ce sont souvent les préférés du public, puisque ceux-ci n’acceptent pas (ou ne comprennent pas) le changement brutal dès le Livre V de traitement de l’histoire, de format et de registre. Personnellement, j’ai longtemps considéré que les deux derniers livres de Kaamelott n’avaient pas lieu d’être s’ils étaient ainsi. Un récent visionnage de l’intégrale m’a permis de comprendre certaines choses et d’avouer mon crime : je préfère Kaamelott et ses personnages dans un registre plus grave, et je vous expliquerai pourquoi prochainement. 

La Moustache (2005)

Notes de haut de page : Pas lu le livre. Contient des spoilers.

« Qu’est-ce que tu dirais si je me rasais la moustache ? » demande Marc à Agnès. « Je ne sais pas. Je t’aime avec mais je t’ai jamais connu sans. » C’est sur cette question tout à fait anodine entre un couple que démarre ce film.

Car de l’anodin, c’est d’abord ce qu’on nous présente : entre le titre quelconque du film et le début d’histoire d’un couple de bobos parisiens qui vit dans un grand appartement, une invitation à un dîner chez des amis, une vie professionnelle réussie… Une vie normale en bref.
Au début, Marc se cache, Agnès va-t-elle remarquer la surprise qui lui a faite ? Il est amusé, mais déchante un peu quand elle ne voit pas. Ses amis ne remarquent rien non plus. Ses collègues encore moins. Il s’énerve, s’engueule avec Agnès.
« Tu n’as jamais eu de moustache ». Tout bascule.

L’enfer c’est les autres

La Moustache nous montre avant tout l’importance de vivre à travers les autres. Quand ceux-ci ne nous remarquent pas, on est plus rien, on ne vit plus. Quand Marc n’est pas remarqué auprès de sa femme, son couple et sa vie ne sont plus. Pourquoi ne remarque-t-elle pas ? Lui joue-t-elle un tour ? Ou est-ce que c’est lui qui devient malade ? Bref, le problème de l’indifférence se pose. Le simple détail futile de se raser la moustache est indifférent à tout son entourage.
Là, une certaine ressemblance avec un film de David Lynch apparaît : folie, schizophrénie, descente aux enfers, trou spatio-temporel, paranoïa… ? Toutes les questions sont permises. Mais c’est bien à de la paranoïa à laquelle on est confrontés (selon mon interprétation). On est brouillés entre rêve et réalité. Qui dit vrai ? Quelle est la vérité ? Il y en a-t-il au moins une ? On s’inquiète. On est frustrés.
Le cauchemar et l’angoisse se confrontent violemment à la tranquillité d’un couple. C’en est dérangeant et troublant.

Une interprétation parfaite

Vincent Lindon est Marc. Il joue au début, s’amuse avec sa femme, puis vient la déception, son regard de chien battu arrive. Puis il est perdu.
Emmanuelle Devos est exquise. Je n’avais jamais vu de film avec cette personne, et à vrai dire, elle me rebutait un peu, mais son rôle, tantôt de femme ne remarquant pas son mari, tantôt de (presque) manipulatrice si je puis dire, est complexe et incroyable. Elle se révèle être d’une importance capitale, puisque c’est elle qui dit ou non si Marc a tort ou raison. Et ici, il a plutôt tort…
Leurs dialogues, souvent ponctués par des silences et de la musique classique nous mènent vers l’incompréhension. Ils essayent de se réparer, de panser leurs blessures, mais tout dégringole après un autre événement ravageur dans la vie de Marc et de sa fameuse moustache.

Un film en demi-teinte

Malheureusement, la dernière partie, là où Marc s’enfuit à Hong-Kong tombe un peu comme un cheveu sur la soupe et conclut mal cette histoire. On aurait pu continuer cette dernière à Paris, je trouve vraiment inutile d’avoir mené cette fin de film à l’autre bout du monde.
Vous l’aurez compris, on s’ennuie un peu durant cette partie à Hong-Kong.
Incompréhensible pour beaucoup et sans réelle clé pour se faire (sauf l’imagination et des hypothèses), La Moustache est pour certains un film d’intellectuels, laissant pour compte les autres, les ignorants. Le réalisateur et auteur du livre, Emmanuel Carrère ne sait même pas où va son film, où cette folie s’arrête. Troublant.
La fin n’en est donc pas une, pas d’explication, pas de remède sorti de nulle part pour nous dire où se trouve la vérité. C’est peut-être mieux comme cela, même si frustrant de prime abord, une vraie fin nous aurait peut-être déçus. Bref, on est à nouveau dans cette spirale infernale. Que Marc accepte finalement, et sans savoir où ça va le mener…

Happiness therapy (Silver linings playbook)

Hier soir, j’ai eu la chance de trouver en exclusivité ce film en VO et en excellente qualité avant sa sortie au cinéma… Ce film, c’est Happiness therapy, ou plutôt Silver linings playbook dans la version dans laquelle je l’ai vu.

Every cloud has a silver lining…

SLP, c’est l’histoire de Pat (Bradley Cooper), qui sort d’un hôpital psychiatrique pour avoir tabassé méchamment l’amant de sa femme. Il a tout perdu : job, maison, famille, il retourne donc chez ses parents, dont le génial Robert de Niro en Pat Sr.. Il rencontre une jeune veuve, Tiffany (Jennifer Lawrence) qui lui propose un deal : s’il l’aide à remporter un concours de danse, elle l’aidera à reconquérir sa femme.

Car on nous parle d’abord de souffrance, celle de la perte d’un être cher (dans la séparation et dans la mort) et de la réhabilitation sociale après une importante coupure (l’un est dans un hôpital psychiatre, l’autre a hiberné après le décès de son mari)… On pourrait d’abord croire à un film triste et dramatique, mais pas du tout. Tout est comique et les personnages se montrent d’une férocité désarmante pour clamer leur envie de vivre, de renaître et de nouveau se sentir eux-mêmes. On a donc un véritable optimisme qui s’opère ici, les personnages, malgré leur souffrance restent optimistes et ça donne un grand bol d’air frais à l’histoire.

Folie, vous avez dit folie ?
Ici, c’est à celui qui rendra le plus dingue l’autre et qui sortira plus des sentiers battus pour nous faire décocher en premier un sourire : Tiffany qui pète les plombs toutes les deux secondes, mais sans jamais nous lasser ni nous laisser dans la bouche ce goût de lourdeur et Pat Jr. qui ne comprend plus rien mais qui pète ses petits câbles à ses moments perdus…

Des scènes qui donnent la pêche
Je le répète, les scènes de pétages de plombs entre les deux protagonistes sont savoureuses, mais il n’y a pas que ça, même si elles sont nombreuses (et Dieu merci !). En effet, les scènes entre Pat Jr. et ses parents sont tout aussi drôles, les scènes de répétition de danse sont exquises et nous donnent la patate ou encore, la scène finale qui n’est pas sans rappeler un certain Little miss sunshine, mais chut, pas de spoiler !

Des personnages détonants !
C’est ce que nous offre SLP avec sa magnifique distribution…
Pat Jr. est un bipolaire qui court avec un sac poubelle par-dessus son sweat, Tiffany, une jeune veuve complétement dingue qui crie tout le temps, Pat Sr. est un papa qui fait tout pour que son fils aille mieux.
On a le droit également à des seconds rôles vraiment sympathiques, comme ceux de Chris Tucker, Jacki Weaver ou encore John Ortiz.
En bref, d’excellentes performances dont on comprend la nomination aux Oscars.

Bon visionnage !