Respire (2014)

Mélanie Laurent est quoiqu’on en dise, une artiste actuelle des plus prolifiques : actrice, réalisatrice, chanteuse, du haut de sa trentaine, la dame n’a pas à rougir de son CV plus que respectable puisqu’elle s’est notamment associée à Quentin Tarantino, Brad Pitt, Justin Barta, Christoph Waltz et a raflé (ahaha) pas mal de récompenses… Alors certes, elle a la grosse tête, mais avec du recul, on peut lui donner des circonstances atténuantes.

Ici, j’ai envie de parler de sa deuxième réalisation, Respire. Attendue au tournant après sa vidéo virale, Laurent s’en est très bien sorti et nous a même donné un film assez impressionnant. Elle nous livre ainsi une histoire entre deux lycéennes : Sarah, la nouvelle, délurée et extravagante et Charlie, la timide, effacée, se rencontrent. Elles se lient d’amitié, mais Sarah va se montrer de plus en plus étrange.

Avec Respire, la réalisatrice tient à raconter l’histoire du harcèlement scolaire, de ses débuts à sa fin potentiellement dramatique. Pour cela, elle adapte le livre d’Anne-Sophie Brasme et se sert de ses propres expériences, puisqu’elle raconte avoir été souvent moquée par ses camarades de classe plus jeune. En pointant du doigt l’histoire de Charlie et Sarah, elle montre à quel point ce genre d’incident est loin d’être isolé, anodin et sans conséquence pour les victimes. Les adultes (parents, professeurs) ont souvent tendance à minimiser ces problèmes, ce film montre qu’ils ont tort.
Cependant, tout au long du film, on ne voit que le point de vue des jeunes (surtout Charlie) et les adultes semblent éludés du problème. Non pas qu’ils soient forcément ignorants, mais il a été plus juste de ne montrer que le ressenti de la victime, de savoir quelles étaient ses possibilités, ses portes de sortie. Ainsi, on ne sait pas si la mère de Charlie ou même ses professeurs font quelque chose pour enrayer le problème, ce que l’on sait, c’est qu’elle souffre et qu’elle est seule, malgré les potentielles aides qu’elle reçoit.

Ainsi donc, on rentre dans le quotidien d’une victime d’une perverse narcissique. Les fameux dont on entend parler plus que de raison depuis quelques mois. Et ce quotidien est juste un cauchemar, bien qu’idéale au début, la relation entre Sarah et Charlie se défait petit à petit et devient horrible. Ça commence d’abord par la jalousie de Sarah, presque anodine, puis une gifle. Entre ces deux faits, Sarah redevient paisible et n’éveille pas les soupçons de Charlie. Puis ça repart, Sarah commence à se moquer de Charlie, physiquement, psychologiquement, elle la détruit sans raison apparente, juste pour le plaisir, juste pour exercer un certain pouvoir sur plus faible qu’elle. Entre chaque débordement, Sarah nie ou minimise et Charlie l’excuse et s’excuse elle-même. Avant de repartir de plus belle. Et là, la dimension dramatique déjà atteinte s’approche de son paroxysme, Charlie ne veut pas reconnaître que son « amie » est fautive, elle veut davantage se rapprocher d’elle, se faire toute petite, s’excuser et garder leur belle relation. On aurait envie de secouer pendant de bonnes minutes Charlie pour qu’elle comprenne enfin que cette relation est nocive, mais ça serait ne rien comprendre au harcèlement et à la manipulation… A l’instar des violences conjugales, Charlie efface tout et retourne vers son bourreau, elle s’excuse, se demande pourquoi elle est autant détestée. Émotionnellement, pour le spectateur, c’est assez lourd : on est imprégnés voire enrôlés dans une relation cancérogène dont on voudrait connaître l’issue et s’en sortir, mais comme Charlie vis-à-vis de Sarah, on ne peut s’en défaire si facilement, et on attendra le pire pour pouvoir souffler.

Le casting de Respire étant majoritairement féminin, on serait tentés de penser qu’un homme pourrait régler le problème. Le copain de Charlie ? Son père ? Tous les deux aperçus mais absents, on sait que cette pensée machiste ne pourrait rien résoudre. Et avant que vous ne fassiez des liens inutiles, l’œuvre n’est pas féministe. C’est avant tout une histoire de harcèlement scolaire entre deux lycéennes. L’une fait subir à son entourage ce qu’elle subit avec sa mère, l’autre tente de penser à autre chose qu’aux souffrances de sa mère mais se révèle être son portrait craché. Le film ne prend pas non plus le raccourci qui dit que l’enfant emprunte le même chemin que ses parents, mais ne s’en éloigne pas non plus. La volonté est surtout de montrer que ce que l’on voit dans le cercle familial est souvent reproduit, mais aucunement qu’une fille dont la mère est battue sera forcément à la place de sa mère un jour. Tout est si limpide, naturel et sans ficelle dans le film que l’on n’a pas besoin d’expliquer les différentes relations entre les personnages et leur fonctionnement. Ce naturel a été voulu par Laurent qui a tenu à ce que ses deux jeunes actrices soient amies, se connaissent véritablement pour pouvoir mieux se détester devant la caméra. Et le résultat est sans appel : les performances des jeunes femmes sont impressionnantes, posées et naturelles. Aucune ne surjoue, elles habitent leur personnage de manière spectaculaire et avec une facilité déconcertante.
Toujours dans la volonté de montrer une histoire qui peut arriver à tout le monde, Respire ne donne jamais de date ni de lieu. On sait juste que l’histoire a lieu pendant une année scolaire dans une petite banlieue de France. Ici, l’objectif est donc de montrer que ceci peut arriver partout, même là où on ne s’attend pas à voir ce genre de problème, là où on pense être à l’abri.

SPOILER
Les scènes sont dures, tout comme certains dialogues qui font froid dans le dos… La première baffe de Sarah à Charlie « pour rire », la scène où Charlie se fait presque insulter parce qu’elle commence à mettre en doute la parole de son amie, la soirée où Sarahchuchote avec le plus grand sérieux du monde qu’elle va tuer Charlie… Mais celle qui retient toute l’attention, c’est la dernière : centrée sur Charlie, on entend sa mère mais on ne la voit pas, comme si tout était déjà loin, elle pleure doucement, a des spasmes puis fait une crise d’asthme, n’arrivant plus à se retenir, on entend sa mère hurler en découvrant Sarah. Cette scène en particulier est éprouvante et assez insoutenable à regarder, alors pour la tourner, je félicite Joséphine Japy qui a en quelques secondes bascule dans la suffocation horrible sans pouvoir s’arrêter.
SPOILER FINI

Le film n’est pas non plus exempt de défauts. Notamment la scène où Charlie va dans la mer et a de l’eau jusqu’aux genoux. On a juste l’impression que c’est mis là pour faire joli, pour donner un côté artistique, indépendant… Cette scène n’a rien à faire là et n’apporte rien à l’histoire. Et c’est un peu dommage de voir ça, on n’a ni besoin de voir autre chose, ni de peupler l’œuvre de quelques minutes inutiles. Mais ça reste infime.
Cependant, je trouve ce film très intéressant, de par son sujet, de son interprétation impeccable et du déroulé de l’histoire qui nous plonge petit à petit dans l’horreur banalisée.

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La Moustache (2005)

Notes de haut de page : Pas lu le livre. Contient des spoilers.

« Qu’est-ce que tu dirais si je me rasais la moustache ? » demande Marc à Agnès. « Je ne sais pas. Je t’aime avec mais je t’ai jamais connu sans. » C’est sur cette question tout à fait anodine entre un couple que démarre ce film.

Car de l’anodin, c’est d’abord ce qu’on nous présente : entre le titre quelconque du film et le début d’histoire d’un couple de bobos parisiens qui vit dans un grand appartement, une invitation à un dîner chez des amis, une vie professionnelle réussie… Une vie normale en bref.
Au début, Marc se cache, Agnès va-t-elle remarquer la surprise qui lui a faite ? Il est amusé, mais déchante un peu quand elle ne voit pas. Ses amis ne remarquent rien non plus. Ses collègues encore moins. Il s’énerve, s’engueule avec Agnès.
« Tu n’as jamais eu de moustache ». Tout bascule.

L’enfer c’est les autres

La Moustache nous montre avant tout l’importance de vivre à travers les autres. Quand ceux-ci ne nous remarquent pas, on est plus rien, on ne vit plus. Quand Marc n’est pas remarqué auprès de sa femme, son couple et sa vie ne sont plus. Pourquoi ne remarque-t-elle pas ? Lui joue-t-elle un tour ? Ou est-ce que c’est lui qui devient malade ? Bref, le problème de l’indifférence se pose. Le simple détail futile de se raser la moustache est indifférent à tout son entourage.
Là, une certaine ressemblance avec un film de David Lynch apparaît : folie, schizophrénie, descente aux enfers, trou spatio-temporel, paranoïa… ? Toutes les questions sont permises. Mais c’est bien à de la paranoïa à laquelle on est confrontés (selon mon interprétation). On est brouillés entre rêve et réalité. Qui dit vrai ? Quelle est la vérité ? Il y en a-t-il au moins une ? On s’inquiète. On est frustrés.
Le cauchemar et l’angoisse se confrontent violemment à la tranquillité d’un couple. C’en est dérangeant et troublant.

Une interprétation parfaite

Vincent Lindon est Marc. Il joue au début, s’amuse avec sa femme, puis vient la déception, son regard de chien battu arrive. Puis il est perdu.
Emmanuelle Devos est exquise. Je n’avais jamais vu de film avec cette personne, et à vrai dire, elle me rebutait un peu, mais son rôle, tantôt de femme ne remarquant pas son mari, tantôt de (presque) manipulatrice si je puis dire, est complexe et incroyable. Elle se révèle être d’une importance capitale, puisque c’est elle qui dit ou non si Marc a tort ou raison. Et ici, il a plutôt tort…
Leurs dialogues, souvent ponctués par des silences et de la musique classique nous mènent vers l’incompréhension. Ils essayent de se réparer, de panser leurs blessures, mais tout dégringole après un autre événement ravageur dans la vie de Marc et de sa fameuse moustache.

Un film en demi-teinte

Malheureusement, la dernière partie, là où Marc s’enfuit à Hong-Kong tombe un peu comme un cheveu sur la soupe et conclut mal cette histoire. On aurait pu continuer cette dernière à Paris, je trouve vraiment inutile d’avoir mené cette fin de film à l’autre bout du monde.
Vous l’aurez compris, on s’ennuie un peu durant cette partie à Hong-Kong.
Incompréhensible pour beaucoup et sans réelle clé pour se faire (sauf l’imagination et des hypothèses), La Moustache est pour certains un film d’intellectuels, laissant pour compte les autres, les ignorants. Le réalisateur et auteur du livre, Emmanuel Carrère ne sait même pas où va son film, où cette folie s’arrête. Troublant.
La fin n’en est donc pas une, pas d’explication, pas de remède sorti de nulle part pour nous dire où se trouve la vérité. C’est peut-être mieux comme cela, même si frustrant de prime abord, une vraie fin nous aurait peut-être déçus. Bref, on est à nouveau dans cette spirale infernale. Que Marc accepte finalement, et sans savoir où ça va le mener…

Le téléphone sonne toujours deux fois

Il s’agit du film des Inconnus, Le téléphone sonne toujours deux fois. Bien que Les Inconnus n’ont que leur nom pour prouver qu’ils sont méconnaissables, ce film reste très très peu connu. A l’inverse de leurs autres films (Les trois frères, Le Pari…).

Réalisé par Jean-Pierre Vergne que je ne connais ni officiellement ni officieusement, ce film est sorti en 1985 dans les salles obscures françaises. A cette époque, Les Inconnus étaient Les Cinq et étaient formés par Didier Bourdon, Bernard Campan, Pascal Légitimus, Smaïn et Seymour Brussel.
C’est donc leur premier film et il a largement inspiré Les Nuls pour La cité de la peur, tellement c’est con !

Mais tout d’abord, parlons de l’histoire

Un tueur en série sévit dans Paris en assassinant étrangement des femmes en les assommant avec le combiné d’un téléphone et en leur plantant sur le front le cadran du téléphone. Pour retrouver ce malotru, un détective mène l’enquête, il s’agit de Marc Elbichon (ou plutôt Marcel Bichon), mais la tâche se révèle plus dure que prévue. Il se fait donc aidé de son adjoint/homme de ménage, Momo, de ses deux amis d’enfance, Franck et Blacky. Ils seront rejoints par un reporter-photographe, Ugo, qui mène également l’enquête.

Maintenant, le pourquoi du comment je l’aime

Les atouts du film reposent essentiellement sur les conneries qui ont, comme dit plus haut, inspiré Les Nuls : imaginez donc le niveau !
Les personnages sont comiques : entre le détective en quête de notoriété qui n’est pas capable d’enquêter seul et qui a des idées plutôt loufoques pour coincer le tueur (à savoir casser toutes les cabines téléphoniques de Paris), son adjoint qui fait office d’homme de ménage très maladroit, Blacky un animateur radio qui à ses heures de grande écoute réunit 3 auditeurs, Franck qui cherche désespérément à retrouver son ennemi d’enfance… Seul Ugo est un peu moins con que les autres ! Même si y’a du level…

On a également droit à des scènes cultes, comme celle du sabotage des cabines téléphoniques ou celle du calcul de Bernstein que vous pouvez voir ici, ou encore la scène dans la boîte gay ici.

Des répliques tout aussi cultes comme « Hey chef, vous avez qu’à lui demander si sa grand-mère fait du vélo ! » ou encore, la chanson du serment des trois amis d’enfance que vous pouvez écouter ici.

Des caméos magiques comme Jean Yanne, Clémentine Célarié, Michel Galabru, Patrick Sébastien…).

J’espère vous avoir donné envie de voir ou revoir ce film.

Polisse (2011)

Polisse.
Je l’ai découvert grâce aux Césars du cinéma récemment. Comme je me sentais bien conne à n’avoir vu aucun des films présentés, j’ai voulu me rattraper et je suis tombée sur Polisse. Et c’est franchement sans regret.

Alors pour le casting, les récompenses et tout ça, Polisse c’est un film de et avec Maïwenn, mais aussi avec Karin Viard, Joey Starr, Marina Foïs ou encore Nicolas Duvauchelle.
Ce film a reçu le prix du Jury à Cannes, aux prix Lumières, celui du meilleur réalisateur et a été nominé dans de nombreuses catégories et a remporté d’autres récompenses.

Le pitch de Polisse :
Tout d’abord, on doit les deux « s » de « Polisse » à une faute du fils de Maïwenn. Ça c’est pour l’anecdote.
Pour ce qui est de l’histoire, on est tout droit plongés dans une brigade de la police : la BPM, autrement dit, la Brigade de Protection des Mineurs de Paris. Où l’on rencontre toute une équipe de policiers est chargée de traquer les pédophiles, les parents maltraitants, mais aussi les jeunes à la dérive et tous les autres problèmes de mœurs liés aux enfants, adolescents et leur entourage. Mélissa, une photographe vient dans cette brigade pour faire un portfolio du travail des policiers, ce qui n’est pas au goût de tout le monde…

Un jeu d’acteurs assez impressionnant
J’étais réticente quant au fait de voir Joey Starr en tant qu’acteur. Le personnage ne me plaisant guère, j’émettais des réserves et j’ai été incroyablement surprise. Alors certes, il est la tête brûlée de la bande, mais il montre beaucoup d’humanité et d’empathie.
Marina Foïs, quant à elle m’a étonnée. Je n’ai pas l’habitude de la voir dans des rôles dramatiques et je dois avouer que sa prestation m’a séduite et conquise. Elle se révèle petit à petit dans ce film, on comprend non seulement qu’elle est l’un des personnages clés du film, mais aussi et surtout, on nous sous-entend qu’elle est aussi une victime.
Les autres acteurs, que je n’avais pour la plupart jamais vus sont eux aussi brillants et composent leurs rôles respectifs à merveille.
J’émets seulement une réserve sur Maïwenn. En effet, je la trouve tout simplement inutile dans ce film. Je ne comprends pas pourquoi elle a voulu faire ce personnage. En fait, le rôle de la photographe est un faux prétexte pour amorcer le film, son personnage n’a nulle importance dans ce film, pire, elle passe pour une gourdasse et c’est un des points noirs du film.

Un peu de voyeurisme…
Il aurait été difficile de faire un film comme celui-là sans sombrer dans le voyeurisme. Et malheureusement, Maïwenn n’a pas pu empêcher cela. Rien que par son personnage de photographe qui vient mitrailler des enfants qui pleurent, des familles en détresse, elle nous dresse un tableau presque malsain et misérabiliste des victimes. Comme si ces victimes n’étaient que des clichés et qu’il n’y avait aucune profondeur dans ces histoires : elle, elle a été violée, lui, il s’est fait martyrisé… Dans les affaires traitées, on a l’impression de déjà tout connaître : entre le père marocain qui veut marier sa fille mineure avec un cousin au pays, la mère malienne qui « abandonne » son enfant à la police pour que celui-ci n’ait plus à vivre dans la rue ou encore la descente dans un camp de roms où tous les gosses sont embarqués pour aller dans un foyer… Tout cela est mitraillé sans relâche par cette potiche bourgeoise de Mélissa (Maïwenn) qui veut ses photos, peu importe le sort des victimes.

…mais beaucoup de réalisme
Maïwenn ne passe pas par quatre chemins pour montrer les habitudes de cette brigade, preuve en est, on nous laisse devant des scènes, des paroles crues et directes. Entre les « Papa me gratte les fesses » et les « J’imagine que je fais l’amour à ma fille… Ça vous choque ? », on écoute aussi bien les victimes que les auteurs des incestes et viols. Le spectateur n’est pas ménagé, c’est trash, mais c’est comme ça. D’ailleurs, lors d’une conversation (engueulade) avec sa femme, le chef de la brigade crie « C’est dit comme ça parce que c’est comme ça ! ».
Polisse met également un point d’honneur à mettre en avant le conflit générationnel entre les policiers et les jeunes de maintenant qui baisent, sucent et s’enculent à tous les râteliers sous n’importe quel prétexte. Des répliques édifiantes viennent montrer à quel point ce choc générationnel est existant, en effet, à un moment, une jeune crie dans les locaux « A 14 ans, on baise, on suce, c’est ça la vie ! Regardez un peu la télé, j’sais pas, mettez-vous à jour ! ».
Vous vouliez voir un film Bisounours où toutes les victimes s’en remettent et les méchants sont en prison ? Changez de film, Polisse, c’est pas ça. Polisse, c’est la réalité. Et pourtant, le générique de début du film qui utilise le thème de L’île aux enfants pourrait nous faire croire que si, mais je vous assure que non.
De plus, l’aspect privé des policiers est lui aussi abordé, on veut nous montrer que ce sont eux aussi des personnes avec leurs problèmes : divorce, amours cachées, engueulades… On se prend d’affection pour ces policiers qui doivent non seulement gérer leur vie quotidienne et leur vie professionnelle.
On passe aussi par les problèmes de hiérarchie, les jalousies entre services…

Cependant, l’une des grandes forces de Polisse est son rythme. Effectivement, pour casser ce côté sombre et dramatique, elle désamorce les situations et met en avant les vies des policiers, mais aussi et surtout leurs fous rires face à certaines situations.
Une ado gothique qui fugue, on entend Fred (Joey Starr) répliquer : « Quand tu l’as chez toi, faut pas éteindre les lumières. T’es sûr que c’est pas ses parents qui ont fugué ? »
Une fille suce des mecs pour récupérer son téléphone portable, ce même Fred demande « Et pour un ordinateur, tu fais quoi ? » et Iris (Marina Foïs) renchérit « Eh ! J’ai perdu mon portable ! ».
Ces situations provoquent fous rires chez le spectateur qui a auparavant entendu et vu des choses crues, dont notamment, l’IVG d’une jeune fille qui s’est fait violer et dont le fœtus est au premier plan d’une scène sous les yeux médusés d’Iris.

En résumé
Ce film est un véritable choc, tant pour les yeux que pour les oreilles. Malgré son côté voyeuriste et le personnage de la courge vite effacés par du réalisme pur et dur, Polisse nous en envoie plein la face et dépeint avec force et vérité les mœurs qui arrivent autour de nous.
Le côté vie privée des inspecteurs appartient lui aussi au côté réaliste, chacun a ses problèmes, comme dans la vraie vie, ils sont pas tous bien dans leurs pompes et on nous le fait savoir. Même s’ils arrivent à se détendre de temps en temps, ils sont souvent ramenés à la difficulté psychologique que leur apporte leur travail et qui entache leur vie familiale et affective.