Lost Themes (2015)

John Carpenter, rien qu’en prononçant ce mot, vous vous imaginez The Thing, L’Antre de la folie ou encore Halloween. En clair, vous imaginez un réalisateur aussi connu que talentueux tourné vers l’horreur. Il avait déjà composé la musique de certains de ses films (Big Trouble in Little China, Christine…), mais n’avait jamais fait de VRAI album studio, du moins, pas apparenté à une bande originale. Ce temps est révolu désormais, puisque depuis février 2015 est sorti l’album Lost Themes qui est un voyage à travers l’hommage à l’horreur, le tout en musique électronique, son premier «first standalone record ».

Rassurez-vous musique électronique n’est pas synonyme ici de David Guetta, notre bon vieux Carpenter n’a pas (encore) vendu son âme au diable.
Ici, il a notamment été assisté de son fils à la composition de cet album et a affirmé que cette expérience était quelque chose de forcément nouveau. En effet, il a pu réaliser les morceaux qu’il avait envie, avec les moyens qu’il avait envie, sans être dérangé par une quelconque pression ni des éléments extérieurs (comme une boîte de production, des acteurs…).
Étant donné que c’est le premier album de Carpenter qui n’est pas une bande originale, on peut facilement mettre nos propres images d’horreur sur ces musiques qui sont aussi angoissantes que si nous avions des images prédéfinies devant nos yeux. En ce sens, l’exercice est assez chouette puisqu’on a tous nos propres cauchemars, nos films d’horreur personnels et autres phobies, et ici, on peut les mettre en scène dans notre tête, en se faisant un véritable film d’horreur, aussi personnel que complètement barré.

Cette expérience mise de côté, je vais vous parler des 9 morceaux de l’album. D’une longueur de 4 minutes 30 en moyenne, ils se suivent, se ressemblent un peu, mais sont facilement dissociables les uns des autres. Vu que je ne m’y connais guère en musique, c’est un peu mon angoisse à chaque nouvel album que j’écoute : ne pas reconnaître le début et la fin d’une chanson tellement le tout forme un rendu aseptisé et linéaire. Ici, on a vraiment à faire à des morceaux bien distincts qui ont des particularités bien distinctes eux aussi. Pour plonger dans l’ambiance, la première chanson, qui n’est pourtant pas une introduction, est incroyable. Au bout de 50 secondes, je savais que j’allais aimer l’album. Non pas parce que je suis un brave mouton (quoique…), mais parce que les morceaux sont tous intéressants et que le premier a été un véritable coup de cœur. Bref, on aime, autant qu’on ressent de l’angoisse et qu’on est imprégnés par ce penchant horreur-vintage qui forme le style musical de Carpenter. Evidemment, certaines musiques sont à assimiler à ce qu’on a déjà entendu, (notamment à Tubular Bells entendue dans L’Exorciste et même un côté Gremlins), et c’est peu inspiré mais le tout est assez bon, simple sans être simpliste et parfois même, on arrive à rapprocher Lost themes de certains morceaux de la musique électro actuelle (genre les Daft Punk, je ne parle toujours pas de David Guetta), donnant à l’album un côté rétro sombre, le genre qu’on aime forcément bien. M’voyez ?

Conclusion, entre hommage aux films d’horreur (pas que les siens), angoisse et originalité, l’album Lost Themes se place maintenant au beau milieu de mon petit cœur, et pas que pour mes soirées d’Halloween.
Je ne peux que vous conseiller de vous procurer cet album et d’écouter mes deux musiques préférées : Vortex et Obsidian.

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Turbo Kid (2015)

Y’a des films comme ça, sans prévenir, sans penser à voir quelque chose de grandiose, ils nous explosent à la gueule par leur génie. On pensait passer le temps, se divertir, et ça aurait été en soi, déjà un exploit, mais ce qu’on se ramasse, c’est mieux qu’un bonus, c’est une bénédiction.

J’me souviens d’avoir entendu parler de Turbo Kid en début d’année et avoir eu envie de le voir, sans pour autant taper du pied avec impatience ni sautiller à sa sortie. Bon déjà, techniquement, je ne pouvais pas pour la dernière, vu que ce film n’est tout simplement pas sorti dans les salles obscures, du moins, pas dans nos contrées franco-belges (je me trompe ?). Alors récupérer la bête a dû relever d’un goût du risque Hadopien et d’une pointe d’illégalité. Certes, je n’en suis pas fière, d’autant que le film m’a plu, mais se procurer ce genre de film peut paraître plutôt délicat, vu qu’il n’est pas couvert médiatiquement, donc, introuvable. Bref, j’vous raconte un peu ma vie, mais j’aime ces petites introductions merdiques qui font que je vous donne un contexte totalement inutile mais qui me confère le pouvoir de blablater en toute impunité. Alors maintenant, on peut passer au vif du sujet : ce que j’ai pensé de Turbo Kid.

Initialement tiré d’un court métrage, Turbo Kid raconte l’histoire d’un jeune homme qui vit de la vente de bricoles et autres camelotes dans un contexte post-apocalyptique. En effet, les événements relatés se passent en 1997 à la suite d’une explosion (semblable à celle que les dinosaures ont connue) qui a décimé la majeure partie de la population, le reste se trouvant en guerre pour trouver de l’eau potable. Le film a initialement été présenté au festival du film Sundance début 2015. L’univers tire vers celui de Mad Max, tant par ses grandes lignes que par ses personnages qui ressemblent physiquement aux méchants de la franchise avec Rockatansky. Ça y ressemble sur beaucoup de points, sauf qu’ici, on a troqué les voitures et les motos par des BMX. Un côté ridicule ? Peut-être. Un côté enfantin ? Sûrement, mais pas que ! En fait, la force de Turbo Kid réside dans le fait qu’il arrive à naviguer sur plein de genres à la fois, sans donner la désagréable impression de bouffer à tous les râteliers, à l’inverse, il trouve sa véritable identité car le tout est assez intelligent pour emprunter ses bases à quelques œuvres, tout en allant plus loin et en s’offrant le luxe de sortir des sentiers battus (sa fin le prouve), sans toutefois prendre d’énormes risques.
Ainsi, l’œuvre nous balance des hommages à divers objets culturels bien connus : la musique des années 80, le walkman, le ghetto-blaster, les tenues fluo, les films comme Mad Max déjà cité, les jeux vidéo, les comics, et arrive à surfer sur tout à la fois avec une facilité presque déconcertante et en assumant son côté loufoque qui frise parfois le risible.

Le film est héroïque, car il est construit comme un film de super-héros, où le protagoniste principal est simplement Turbo Kid, dérivé de sa BD préférée, Turbo Rider, qui doit sauver sa belle qui ici, ne s’appelle pas Peach comme dans Super Mario mais Apple. Le film emprunte également quelques doses de western, de gore, de science-fiction et forcément, de post-apo. Mais ne nous méprenons pas, l’œuvre est avant tout humoristique et envoie vraiment de ce point de vue-là : les situations sont parfois très drôles, tout comme certaines répliques, ou encore les personnages, notamment le personnage principal, mais aussi son ami cowboy presque indestructible, avec des couilles en acier et un calme incroyable, et surtout Apple, dont l’optimisme est infini, tendant presque sur la folie. Je vous l’ai dit, Turbo Kid rend quelques hommages à certaines œuvres comme Zombieland (le gamin énonce ses règles de survie à sa petite amie qui les respecte scrupuleusement, ou encore le fait que le personnage de cowboy est dans la même veine que Tallahassee, physiquement tout comme dans son comportement), Shaun of the dead, puisque ce jeune qui n’a pas de prédispositions à se battre ou à sauver tout le monde se retrouve dans l’obligation de se vêtir d’une panoplie de super-héros pour retrouver sa belle. Vous l’aurez compris, les personnages sont détonnants et ont tous un petit quelque chose de plaisant, même le méchant joué par Michael Ironside (qui grossit mais ne vieillit jamais ?) se révèle charismatique, tout comme son bras droit que l’on entendra jamais mais qui fout les jetons par sa ressemblance avec un certain Immortan Joe. Par toutes ces caractéristiques, cette multitude d’univers représentés, Turbo Kid est une sorte de melting pot, à l’instar de Kung Fury, davantage enfantin et peut-être moins « fouillis » et embrouillé que l’œuvre de Sandberg.

Toujours dans le parallèle avec d’autres œuvres cinématographiques, pour son environnement, on retrouve un peu du film La route puisque les paysages sont assez semblables, sans pour autant être aussi désolés, et sans pour autant que Turbo Kid prenne la tension dramatique qui se dégage de l’adaptation de Cormac McCarthy. Au contraire, notre œuvre arriver à composer ce côté terne et gris, en un mot : post-apocalyptique avec un univers pop, coloré et presque enfantin, notamment avec la présence d’Apple habillée comme une Barbie et de son vélo licorne, et de celle de Turbo Kid de son accoutrement lui aussi, très vif, et de sa collection d’objets désormais inutile mais visuellement pigmentée, éclatante, bref vivante. Le personnage d’Apple arrive à donner au film cette dimension légère, avec comme dit précédemment, son optimisme, mais aussi son côté envahissant, son comportement, ses réactions, sa façon de penser, son sourire, ou aussi ses jeux de chat avec son nouvel ami. En fait, Turbo Kid a ce côté puéril assumé qui ne dépasse jamais la connerie crasse, c’est bon enfant et ça complète les quelques scènes et situations gores qu’on nous donne, rendant le tout à la fois réaliste et désopilant.
La bande originale du film permet elle aussi de composer avec cet univers triste, puisque l’ouverture est couverte par Stan Bush et son fameux Thunder in your heart, et le reste sonne très musique électronique des 80’s/90’s. D’ailleurs, si quelqu’un réussit un jour à obtenir la bande originale, j’en veux une part.

Pour conclure, j’ai envie de dire que Turbo Kid est une sorte de madeleine de Proust que je n’avais jamais eu l’occasion de goûter auparavant. Ses emprunts à divers genres et autres hommages feront certainement passer l’œuvre comme opportuniste, mais je trouve que ce défaut est en fait une qualité, comme vous l’aurez compris. J’ai vraiment adoré. Je vous conseille vivement de regarder ce film.

John Tucker doit mourir (2006)

Si mes souvenirs sont exacts, j’ai vu ce film 4 ans après sa sortie. Vu que je suis un peu coconne, je confondais avec Roméo doit mourir, et comme j’étais en croisade contre les films d’action (je sors doucement de cette guerre), je ne voulais pas en entendre parler. Alors quand mon ex m’a présenté le bousin en utilisant le mot clé teen movie, j’ai sauté dessus comme la misère sur le bon Dieu. Oui, vous vous dites « La meuf, elle préfère les teen movies débiles à de l’action ? Débile non ? », Coupable !

Et en parlant de coupable, John Tucker doit mourir (que j’abrégerai à partir de maintenant en JTDM) est un plaisir coupable à l’état pur. En clair, ce film est vraiment nul, inintéressant, dispensable, risible… pour le commun des mortels. Moi, j’adore revoir ce film de temps en temps, histoire de débrancher mon cerveau et de mater ma dose de girly/lobotomie mensuelle. Mais avant de passer aux explications poussées, laissez-moi vous conter le pitch de cette pépite…
Les trois reines des abeilles d’un lycée se rendent compte que John Tucker sort avec chacune d’entre elles. Leur plan va alors être de faire tomber John, et après de nombreuses tentatives infructueuses pour le mettre à terre, elles décident de lui briser le cœur avec l’aide de la petite nouvelle, Kate, qui va accepter de se retrouver au beau milieu de ce complot pour se faire des amies.

Vous l’aurez compris, il n’y a rien de novateur, d’original, d’incroyable ni même de réellement intéressant dans ce film. On pourrait même dire que tout est à jeter. Pourtant, de mon point de vue, cette œuvre sans grande ambition atteint son but : me divertir.
Bien entendu, je ne suis pas aveugle, ni sourde (putain je l’ai vu en VQ !), ni complètement atteinte. Je suis consciente des énormes défauts, ou du moins, du peu de qualités détenues par JTDM. On vient pour nous raconter une histoire bien conne afin d’amasser de la populace jeune, elle-même dépeinte dans le film, et on le fait : aucune fioriture, aucun procédé énorme pour plaire. Les personnages sont tous des clichés connus et que l’on retrouve facilement dans les autres œuvres du genre : la geek intelligente, la chef des pompom girls, la vegan coconne mais carrément active sexuellement, le beau gosse capitaine de l’équipe de basket, le frère qui fait pâle figure et enfin, la petite nouvelle, timide, naïve mais pas trop conne qui tient juste à se faire une place dans ce bas monde. Et comme on n’a plus de chances de ressembler à cette dernière, elle nous paraît sympathique et on l’apprécie. Le pire, c’est qu’on ne déteste pas les trois reines des abeilles. D’une part parce que si elle se serve de Kate(la nouvelle) pour atteindre leur but, elles ne le font jamais pour l’envoyer au casse-pipe : elle reste toujours leur alliée. Puis, on peut comprendre le pourquoi du comment de leurs agissements. A côté de ça, Lolita malgré moi (Mean Girls), que je porte très haut dans mon cœur, parvient à nous faire détester cette reine (l’excellent Rachel McAdams) qui elle, utilise le petit monde qui l’entoure pour parvenir à ses fins, elle est crainte et a du pouvoir… Non ici, les trois cocues, Heather, Beth et Carrie sont vraiment sympathiques. Même le beau gosse qui prend les filles pour des connes n’est pas détestable, et il a de quoi l’être en plus. En fait, là où je veux en venir, c’est que ce teen movie dépeint un plan machiavélique, mais le tout est amené de manière si innocente et gaie que ça passe crème. Evidemment, on n’échappe pas à la morale de ce genre de films, qui ici serait une sorte de « Reste toi-même », mais elle est vite éludée, du moins, on ne la sent pas très présente, puisque comme je vous l’ai dit, le film reste gentillet.

A côté de ça, les défauts s’enchaînent mais je fais abstraction sans problème de ceux-là. Je le redis : ce film est un divertissement, c’est volontairement insipide, destiné à un public jeune, n’a pas la prétention de nous amener à une réflexion poussée sur la vie adolescente ni sur la condition humaine. Ça ne vole jamais bien haut, je dirai même que ça ne décolle jamais réellement, c’est très peu réaliste… Mais ça a le don de me redonner du pep’s et de me faire sourire lorsque le temps dehors est maussade (je suis la fille de Baudelaire). Parce que oui, c’est drôle, con, mais drôle. Puis le tout est accompagné d’une musique pop qui ne nous pète pas trop les oreilles, ce qui reste appréciable (mais j’ai une certaine résistance et dévotion pour les chansons pop merdiques, alors ceci explique peut-être cela…).
Les personnages sont donc sympathiques, pas trop insupportables, même si Ashanti joue comme un pied. Sophia Bush est bonne dans ce rôle d’écervelée vegan qu’a du mal à biter quelque chose (elle a même reçu un award pour ce rôle lors des Teen Choice Awards), Brittany Snow, que je trouve toujours cool est parfois un peu chiante dans son rôle d’innocente, mais est bien dans ses pompes. On y trouve aussi Jesse Metcalfe et Penn Badgley qui m’ont fait vibrer telle une petite fille en émoi (et en chaleur, faut l’dire).
Certaines scènes valent le coup d’œil : je me souviens de m’être marrée comme une conne la première fois que j’ai vu la scène où tout le monde se prend des balles dans la gueule, lorsque les trois reines découvrent le pot aux roses. La fin, qui est assez surprenante pour un film de ce genre, est à voir aussi. D’autres situations mignonnettes et drôles sont à noter.

J’ai un peu de mal à en dire davantage sur ce film, puisque l’essentiel est déjà évoqué et qu’une description poussée est presque impossible, vu que l’œuvre n’a pas vocation à rentrer dans les annales. Je le redis : JTDM amène au divertissement et remplit son contrat ! Je ne lui en demande pas plus, puis de toute façon, il ne peut pas vraiment m’en apporter davantage…
En résumé, je vous le conseille, à moins que vous ne soyez complètement hermétiques à ce genre de films et que vous attendez plus qu’un divertissement concon et destiné à vous ramener à vos 16 ans. Vraiment, si tel est le cas, évitez-le de toute urgence.

La Isla Mínima

Qui a dit que les espagnols ne savaient faire que des drames et des films d’horreur ? Parce que là, on a un joli thriller et il n’a rien à envier à ses pairs plus célèbres. Beaucoup parlent d’une certaine ressemblance avec Fargo ou True Detective. Pour le deuxième, je n’en sais rien, je n’ai jamais vu, mais pour le premier, je peux effectivement dire que les deux films sont semblables sur plusieurs points. Quant à moi, je rajoute une autre similitude, avec le thriller sud-coréen Memories of Murder. Je vous expliquerai cela plus bas.

Dans les années 80, deux policiers que tout oppose sont envoyés dans la campagne andalouse afin d’enquêter sur les meurtres de deux adolescentes. Ils vont découvrir leurs passés troubles et les habitudes d’une petite ville restée dans l’époque franquiste.
C’est le pitch de ce film d’Alberto Rodríguez , qui a raflé plusieurs Prix Goya (ainsi que d’autres récompenses dans de nombreux festivals) et qui a pour acteurs principaux Javier Gutiérrez et Raúl Arévalo.

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Pour une énième fois, on a rien de bien original avec le synopsis, mais le traitement de l’histoire est bien géré, ce qui fait que le tout est cohérent et intriguant. Dès le début, on est plongés dans l’ambiance, les présentations sont rapides avec les deux flics, et on arrive direct dans le fin fond de la province andalouse, à côté des Marais du Guadalquivir. Là on rencontre des magnifiques paysages, bien que désolés, qui contre-balancent avec la population locale, murée dans le silence et pleine de retenue, encore bien ancrée dans l’époque franquiste. J’insiste sur ce point, mais les paysages et les décors alimentent cette ambiance particulière qui ne nous lâche plus et qui nous intrigue tout au long du film. C’est là que vient la similitude avec Fargo. L’œuvre des frères Coen a été très présente dans mon esprit, à de nombreuses reprises, lors du visionnage de La Isla Mínima, avec ces décors notamment, car même si le premier film nous montre des paysages enneigés éloignés de n‘importe quelle grande ville, il arrive à créer une ambiance désertique mais magnifique, tout comme le film espagnol. Visuellement, ça vaut le détour. Idem pour les personnages qui présentent des particularités, des secrets et dont les actes sont tout autant condamnables dans les deux œuvres, donnant dans le glauque à souhait, histoire de bien appuyer sur le versant maussade déjà bien défini. Il en va de même pour Memories of Murder qui dessine à peu près les mêmes paysages et personnages que dans le film espagnol. L’œuvre sud-coréenne permet d’établir davantage de ressemblances avec les personnages principaux, puisque l’on retrouve deux flics aux méthodes et pensées très différentes l’un de l’autre. Malgré tout, on est très éloignés d’un buddy movie, où les deux ne pourraient pas se piffrer au départ, pour devenir copains comme cochons à la fin. Non ici, on n’est pas là pour montrer ce genre de lien, mais plutôt pour découvrir un film à l’atmosphère prenante et surprenante, même si on a un chouette panel de personnages, qui sont joués à la perfection, des rôles principaux à ceux n’apparaissant que quelques minutes.

Le film est très bien rythmé. Je vous l’ai dit, dès le début, on est mis dans le bain, et on ne nous lâche plus pendant ces 1h40 de visionnage. On ne retombe jamais, rien ne s’essouffle tellement tout est bien ficelé. Chaque scène apporte son quelque chose et fait avancer l’enquête, de plus, cela permet d’en apprendre un peu plus sur les précédents des deux flics. Même si cela n’apporte rien à l’histoire, dans le sens où tout est intéressant, mais on est tellement dans l’envie de voir l’enquête se résoudre que les faits et gestes antérieurs de nos deux personnages atypiques ne nous importent peu… jusqu’à la fin. Cette dernière est d’une incroyable efficacité, et pas besoin de nous balancer un nouveau twist final qui ne ferait que nous décevoir, non, on découvre juste et on finit avec ça. Sans m’être pris une bonne claque dans la gueule, je dois avouer que j’ai été un peu secouée. Et je trouve ça encore plus malin quand on sait que cela ne change rien à l’histoire, disons que c’est un petit bonus, qu’on aurait aimé ne pas découvrir, mais qui n’affecte pas vraiment la fin des événements que l’on venait de voir.

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L’histoire est passionnante, pas d’action, pas de gunfight, pas d’effets spéciaux à en vomir, on nous amène juste à suivre un récit qui préfère faire fonctionner ses événements, ses personnages, ses éléments nouveaux, ses pistes et donc à suivre son avancée dans une enquête, sans pour autant donner dans le « trop ». Et à vrai dire, on ne va pas blâmer le choix du réalisateur puisque tout marche impeccablement, et que s’encombrer de ce genre d’inutilités casserait les propos d’un tel film. Ici, pas d’artifices, d’ailleurs, le dénouement de l’enquête nous montre avec réalisme une série de meurtres qui n’a pas besoin d’être expliquée par des profileurs, c’est « banal », dans le sens où rien n’est exagéré et que l’horreur de tels crimes se suffit à elle-même.

En conclusion, un très bon thriller, haletant, avec pas mal de suspense et de petites surprises. Le tout avec une interprétation incroyable.

Go Goa Gone (2013)

J’vous fais la plâtrée sur SensCritique ou vous en avez assez ? Parce que je veux bien repartir dans l’éloge de ce merveilleux site/Saint-Graal qui m’a fait découvrir des films sympas, dont celui qui est l’objet de cet article… Ça m’fait pas peur.

Go Goa Gone c’est un film indien. Je le précise, parce que j’en ai chié pour trouver ce film et ai dû tomber sur des sites vérolés qui m’ont sûrement filé des virus et autres conneries. Je reprends, après cette précision pas du tout importante pour la suite : des noms au casting ne me disent rien, mais sont apparemment un peu connus pour les rodés de Bollywood (Raj Nidimoru et Krishna D.K. sont à la réalisation, et nous avons Saif Ali Khan, Kunal Khemu, Vir Das et Puja Gupta comme acteurs principaux). Sinon, c’est une comédie horrifique avec des zombies.

Alors je ne sais pas pour vous, mais, personnellement, je suis assez hermétique aux films indiens, la faute à Bollywood et ses comédies musicales longuettes, je préfère me taper du bon gros blockbuster sauce américaine qui satisfait ma rétine et m’apporte ma dose de bien-être par mois, mais là n’est pas le sujet. Là où je veux en venir, c’est que, de prime abord, je ne suis pas tentée du tout par les films hindi et que le pitch à lui seul m’a convaincue. Alors le voilà :
Deux colocataires et potes d’herbe partagent leurs déboires : l’un a perdu son travail, l’autre a perdu sa petite amie. Alors pour se consoler, ils décident de se rendre à Goa avec leur colocataire (oui, ils sont trois), là-bas, l’un des trois rencontre une fille qui l’invite à une after-party organisée par la mafia russe. Lors de cette fête, circule une nouvelle drogue qui transforme ses consommateurs en morts-vivants. Ils vont devoir établir un plan pour sortir vivants de l’île…

Oui je sais, ça ne paye pas de mine (et encore, vous n’avez pas lu le synopsis d’Allociné), l’affiche sonne très série Z, et pourtant, les éloges que j’ai pu lire ont fini de me convaincre…
Première chose, les avertissements anti-tabac en préambule du film m’ont interloquée, et je me suis demandé où j’étais. Après renseignements, j’ai appris que l’Inde dans sa lutte contre le tabagisme, oblige les films où des acteurs consomment tabac, alcool et stupéfiants à introduire un avertissement contre ce genre de comportements. Rien de bien choquant, mais je préfère que vous soyez au courant que les trois premières minutes du film ont un message anti-tabac.

Le film a quelques grosses ficelles qui traduisent un manque de prise de risques, comme le fait que c’est une drogue qui a infecté tout le monde, raison plus ou moins valable qui aurait pu être travaillée ou complètement éludée au profit du mystère, puisque les raisons d’une telle transformation ne sont pas non plus indispensables au bon déroulement d’un film de ce genre. La morale, si on peut parler d’une morale, est dispensable puisqu’elle est évoquée sans réelle subtilité ; en bref, on a l’impression d’entendre « La drogue c’est mal ». Bien sûr, cette morale n’est pas très présente et ne trahit pas la qualité du film, mais elle a le malheur de tomber comme un cheveu sur la soupe.
Le début permet de connaître tout ce petit monde dans son train-train quotidien et nous montre alors des losers parfaits, dans tous leurs clichés : amours foireuses, situations professionnelles bancales, fumette, oisiveté et une certaine mauvaise perception de la réalité… Cependant, l’introduction paraît longue puisque la véritable histoire met beaucoup de temps à démarrer (une bonne trentaine de minutes) et gâche un peu les festivités, à savoir les apparitions de zombies.

Malgré tout, Go Goa Gone donne un petit coup de frais aux comédies horrifiques. Tout d’abord, de par son pays d’origine, mais aussi parce qu’il utilise de nouveaux outils pour mettre en scène ces zombies. D’habitude, quand on parle de ces joyeux personnages, on imagine l’obscurité, les routes désertiques, les pubs, bref, du produit anglophone m’voyez, et là, on se tape un soleil radieux, une île magnifique et une plage qui fait rêver, avouez que c’est déroutant. Evidemment, une comédie horrifique avec des zombies, même si son contexte est différent de ce qu’on a pu voir auparavant, a de grandes chances d’avoir des similitudes avec ses aînées, c’est ainsi que l’on a de sympathiques hommages à Shaun of the dead ou Zombieland avec la retenue de ne pas les citer afin d’éviter d’établir un lien trop forcé avec la comédie horrifique britannique et l’américaine. A côté de ça, les clichés subsistent et, ici, on arrive à les détourner de façon subtile et drôle, sans ironie ou sarcasme, démontrant un certain respect envers les œuvres mythiques du genre. Car, même si les situations sont trop évidentes, connues et banales, elles restent très drôles, notamment grâce aux répliques qui font mouche et au charisme des acteurs qui jouent tellement bien les abrutis, aussi maladroits qu’attachants.

Ainsi, les personnages de cette œuvre n’ont guère d’originalité vis-à-vis de leurs pairs dans d’autres films, mais j’ai envie de dire tant mieux, parce que c’est une recette qui fonctionne. On a donc une bande de copains, un peu gauches, pas mal allumés, mais profondément gentils, qui rentrent dans la peau de héros d’un jour pour sauver une demoiselle en détresse qui n’a pas vraiment besoin d’être surprotégée, le tout, conduit par un véritable tueur de zombies sachant manier les armes et ayant une ribambelle de flingues dans ses poches. Tout ce petit monde est marrant puisque souvent con, et ça permet de savourer un film de zombies sans personnages qui se prennent vraiment au sérieux. Même le mafieux-dealer-faux russe-zombie killer a des faiblesses et des petits penchants pour la bêtise. Ce qui explique surtout ce côté loufoque et drôle, c’est la fumette, puisque les deux personnages principaux sont de gros consommateurs, et leurs réactions s’en ressentent. Nous ne sommes pas dans un stoner comedy, et les personnages ne sont pas ravagés non plus, mais ce petit penchant leur offre un petit quelque chose d’amusant. Dans cette comédie horrifique, l’accent est donc davantage mis sur le côté comédie qu’horrifique. Le bad ass du film est une sorte de Tallahassee indien, avec le même entrain à dézinguer des zombies, les autres le suivent et se servent des armes tant bien que mal : les gentils losers deviennent des héros qui poutrent de l’infecté, permettant d’avoir notre petite ration de coups de feu entraînant d’importantes giclettes de sang, il en va de même pour les armes plus inusitées qui nous amènent leur lot de morts dégueulasses, parce qu’il faut bien se défendre, et que tout peut servir d’arme si on parvient à l’utiliser. Les personnages sont donc arrachés à leur vie monotone pour combattre des zombies et réagir face à cette situation extrême, et ils s’en sortent plutôt bien. A côté de ça, l’interprétation est chouette, on sent que les acteurs ont pris du plaisir à jouer ces rôles et ils sont tous dans la peau de leur personnage.

En somme, il n’y a rien de très surprenant ni de novateur dans Go Goa Gone. Pourtant, il tire son épingle du jeu, notamment en nous offrant un bon jeu d’acteurs et des répliques sympas. Le film n’est pas crédible, mais il est suffisamment audacieux et divertissant et je pense que ça suffit amplement pour le voir, d’autant qu’on sent que tous ceux qui ont participé au projet ont mis du cœur à l’ouvrage. Ce n’est donc pas indispensable, mais ça n’a pas l’ambition d’égaler Shaun of the dead, ce qui fait que l’œuvre est honnête et savoureuse. Vous ne le regretterez pas.

You’re Next (2013)

Avant-propos : Il y a du spoiler uniquement lorsque c’est indiqué, vous pouvez donc vous aventurer dans la lecture de cet article sans problème.

Vous n’avez sans doute pas entendu parler de You’re Next, et en tant que combattante des injustices avertie, je viens réparer cette erreur.

Ce film a été mon tout premier coup de cœur de l’année 2015, comme quoi, ça sert de faire des listes SensCritique (prochain challenge : écrire un article sans parler de SC). C’est donc un film que je porte dans mon cœur et qui m’a laissé un bon souvenir. Cependant, je tiens à vous informer que ce n’est pas LE film qu’il faut absolument voir, celui dont vous vous souviendrez dans dix ans, ni celui qui révolutionnera votre perception sur le cinéma et la vie en général.
Non, You’re Next n’a pas cette ambition. Il est simple sans être simpliste, percutant sans être inoubliable, honnête sans forcément donner dans l’intellectuel. Il n’est pas original, pas merveilleux, mais il n’en reste pas moins intéressant, divertissant et plaisant.

Le pitch est simple : la famille Davison se réunit dans leur maison de campagne pour fêter l’anniversaire de mariage des parents. Pendant le dîner, alors que les enfants et leurs conjoints respectifs s’échangent des paroles plus ou moins cordiales, une bande de psychopathes portant des masques d’animaux les attaquent…
V’voyez ce que je vous disais vis-à-vis de l’originalité ? Maintenant, vous ne pouvez pas vous sentir trompés et vous pouvez regarder ce film en toute connaissance de cause, parce qu’il vaut vraiment le coup d’œil. Et si ça peut vous aider, sachez que le film a reçu quelques chouettes récompenses, comme le Prix du jury Syfy au Festival international du film fantastique de Gérardmer ou le Prix TSR du public au Festival international du film fantastique de Neuchâtel, et quelques autres encore. Et si ça permet de faire pencher un peu plus la balance, sachez que le réalisateur est Adam Wingard, à savoir le géniteur de V/H/S et de sa suite. Bon personnellement, j’ai pas aimé du tout, mais apparemment, ces films ont été encensés, alors si c’est votre trip, tapez dans le fond…

Au lieu de vous tenir encore des heures sur « pourquoi voir You’re Next avec des arguments bancals et peu approfondis », je préfère vous allonger la marchandise dès maintenant et vous dire POURQUOI j’ai ADORÉ.

Le film se présente comme un slasher home invasion, sous-genre d’un sous-genre donc, impliquant une multitude d’idées résumées et remixées dans un seul et même film. Le pari est risqué, encore plus quand on veut faire un film d’horreur (même si ici, on est plus dans le thriller qu’autre chose), mais je trouve réellement que You’re Next s’en sort avec les honneurs. Dans votre tête résonne sûrement « American Nightmare », d’autant que les affiches des deux œuvres se ressemblent, n’ayant pas vu celui-ci, je ne peux pas m’essayer à la comparaison. Je tiens juste à dire que You’re Next dégage une ambiance particulière, une atmosphère qui nous prend aux tripes dès le début. La petite introduction nous laisse présager à un foutu merdier pour les personnages qui suivent, mais surtout à un massacre au hasard, ce qui n’a pas l’air d’être le cas… Plus loin, une fois que les brèves présentations sont faites, on rentre dans le vif du sujet, et les assaillants arrivent vite sur le tapis (sens propre comme figuré) pour dézinguer à tout-va les membres de cette sympathique famille d’apparence normale. A l’instar des victimes, on a du mal à comprendre réellement ce qui se passe dans cette maison devenue un véritable champ de bataille : mékikison, koikiveul, kanteskonariv ? Ce n’est qu’en même temps que les survivants qu’on aperçoit quelques éléments de réponse, qui étaient quand même captés d’avance (j’vous refais le laïus sur l’originalité ou c’est bon ?), et donc qu’on arrive à comprendre les enjeux de ces tueurs.

Pourtant, même si le film balance dans le convenu en ce sens, il arrive à sortir des sentiers battus sans réelle peine. Il nous évite donc le très connu « c’est pas moi, c’est lui », qui aurait pu être transformé dans le contexte familial, avec un truc du genre « Papa et Maman t’ont toujours tout laissé faire » ou que sais-je. Bref, on remercie le réalisateur qui nous sort de ce pétrin et qui passe donc à côté de la case gerbe, tout en faisant de ses personnages des combattants qui veulent survivre avec hargne. Le point fort du film, c’est le personnage principal. C’est la nouvelle copine d’un des fils de la famille, réservée, timide, sage, elle est la pièce rapportée insignifiante aux yeux des autres membres de la tablée, et pourtant, elle se révèle être la personne qui sauvera (enfin tentera de le faire) les autres occupants de la maison. Elle interprète un personnage singulier qui se défend tant bien que mal contre ces enfoirés de psychopathes. Et là où je trouve le film assez fort, c’est qu’il ne nous met pas en scène une guerrière, ancienne championne de krav-maga ou fille cachée de Chuck Norris, non non, elle est simplement une fille normale [SPOILER] qui a été élevée par son père dans une communauté de survivalistes. Alors oui, forcément, ça a moins de la gueule, et les survivalistes représentent maintenant les p’tits foufous de l’humanité, mais j’ai trouvé ça brillant et honnête de nous présenter ce genre de personnage, plutôt qu’un autre qui aurait eu le don de nous prendre pour des billes. [/SPOILER] La nana en question n’est donc pas infaillible, pas immortelle, elle en prend plein sa race quand on la frappe, mais à côté de ça, elle sait rendre les coups et a des ovaires en acier. Elle défend les membres de sa belle-famille, ce qu’il en reste en fait, en élaborant quelques pièges qui en font la sœur spirituelle de Kevin McCallister. La scream queen n’en est plus une, puisqu’ici, elle se transforme en adversaire redoutable du trio de tueurs aux masques d’animaux, et ça permet de souffler par rapport aux autres œuvres qui présentent ce genre de caractéristiques pour des rôles uniquement masculins. Après le petit tour des autres personnages qui sont caricaturaux, elle reste bien entendu la seule à montrer de l’intérêt et à laquelle on s’attache, elle est charismatique, ce que les autres ne sont pas, en tout cas, c’est difficilement concevable avec une présentation torchée en 30 secondes. De là à en vouloir au réalisateur, non, puisque l’importance des autres est reléguée à celle de crever, alors on va dire que c’est un mal pour un bien, même si l’émotion que l’on voudrait susciter à chaque mort ne nous atteint pas plus que ça, puisque les seules secondes où l’on a connu ces personnages, ceux-ci nous ont paru soit antipathiques, soit plus inutiles que les autres…

A côté de ça, le manque d’originalité fait son œuvre dans certaines scènes, notamment la toute dernière qui nous plonge dans un énième twist final qui n’apporte rien et ne sert qu’à alimenter le film d’une part de mystère qui s’est fait cramer depuis de longues minutes. Un peu trop inspiré de la saga Scream sur certains aspects (surtout pour l’identité de l’instigateur du massacre notamment), You’re Next arrive à composer avec des touches d’humour noir, comme c’est le cas entre la confrontation frère-frère au sous-sol, et explose le quota d’hémoglobine et de violences sur certaines scènes. Certaines morts sont surprenantes, effroyables, mais toujours terribles. C’est peut-être là le problème : cette volonté d’en donner trop, de chercher à chaque meurtre une façon hyper calculée de faire mourir le personnage, ça lasse un peu, on a vraiment l’impression d’être dans le trop. Certaines scènes sont inutiles, par contre, dans ces dernières, beaucoup parlent de la scène d’introduction, je la trouve juste magnifiquement horrible, c’est grâce à elle qu’on est dans le ton et qu’on perçoit le reste du film comme il (n’)est (pas). Puis la musique qui accompagne cette scène est captivante, limite hypnotique, alors quand on l’entend de nouveau, on ne peut pas s’empêcher d’avoir froid dans le dos, tout en ayant l’envie morbide de regarder la suite des événements. J’ai trouvé une certaine similitude avec La colline a des yeux, dans le sens où la plupart des personnages sont décimés en peu de temps et dès le début. Là encore ça nous met dans le bain très vite, mais ça se révèle efficace puisque on nous montre que You’re Next ne fait pas dans le détail et se montre violent dans la mort de ses personnages, tant sur le fond que sur la forme. En ce sens, le film est parfaitement bien rythmé, même si la deuxième moitié s’essouffle peu à peu, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a plus trop de monde à tuer… Sauf dans le camp d’en face, qui va naturellement subir quelques pertes avec toujours autant de violence, mais je trouve, avec moins de saveur.

Le film est, dans sa quasi-totalité en huis-clos, ce qui permet de se servir au maximum de la grande maison comme décor, qui d’une part, présente autant de ressources que l’héroïne, et qui d’autre part, est au fur et à mesure à l’image des morts de l’habitation : les murs, les sols, les plafonds, tout est recouvert de sang, de cadavres et d’autres blessures difficilement effaçables. Je n’irai pas jusqu’à dire que la maison est ultra-importante, mais je trouve que son utilisation a été fort bien faite. Elle nous garde à l’intérieur, aussi coupés du monde extérieur que les personnages, et donc éloignés de toute potentielle solution ou aide quelconque : on ne sait pas ce qui se passe dehors, mais on n’en sait pas plus à l’intérieur… C’est pourquoi chaque scène à l’extérieur se révèle importante (l’introduction, la petite sortie maladroite pour nous faire voir que les voisins sont ceux qui ont été sauvagement butés et la fin) et qu’à chaque fois qu’un membre de la famille essaye de sortir, ses efforts sont vains, la scène sur la sœur qui court est juste terrible, même si l’effet de ralenti gâche un peu la surprise, mais permet de composer entre une certaine douceur et violence.

En somme, je dirai qu’il ne faut pas voir You’re Next dans l’espoir d’y voir une œuvre parfaite, mais au contraire, d’accepter ses défauts qui en font une œuvre singulière. C’est un savoureux mélange entre horreur et second degré, sans jamais nous définir de véritable cadre auquel s’accrocher. Certes, c’est absurde malgré quelques volontés de réalisme, c’est pas original, c’est quelquefois maladroit, mais le film n’essaye jamais de nous prendre pour des cons et réussit toujours à nous divertir, à ne jamais nous lâcher grâce à son rythme, tout en nous apportant une héroïne combattante qui n’est pas dénuée d’humanité et qui sait ressentir la douleur, comme toute personne normalement constituée.

Et voici la chanson qui est utilisée pour la scène d’introduction.

Vorace (1999)

J’me dis qu’un jour, je ferai une ode à SensCritique qui dans sa globalité m’offre la possibilité de découvrir de véritables pépites. C’est ainsi que j’ai vu Vorace, qui ne me tentait pas de base, mais la note très positive globale sur l’œuvre a eu raison de moi, et je n’ai absolument pas regretté.

Vorace ou Ravenous en VO, possède un casting sympathique : Guy Pearce, Robert Carlyle, Jeffrey Jones… Le tout orchestré par Antonia Bird.
Pour le pitch, nous suivons John Boyd, capitaine dans l’armée américaine lors du conflit américano-mexicain. Par un quiproquo, cet homme pleutre se retrouve héros d’un acte de bravoure. Ne laissant pas ses supérieurs dupes, il se voit muté en Californie dans un fort isolé et dont la garnison compte une poignée d’hommes. Peu après son arrivée, le fort accueille un étrange personnage terrifié, Colqhoun, qui relate les faits de cannibalisme dont il a réchappé et qui a décimé ses anciens compagnons alors qu’ils étaient bloqués dans une grotte. Le colonel du fort organise alors une expédition pour sauver les potentiels survivants et retrouver le responsable de ces actes violents et extrêmes, qui serait un militaire que la faim aurait rendu fou…

J’ai essayé de ne pas faire de SPOILER, mais révéler une infime partie du film sans tout dévoiler s’est avéré délicat. Alors à vos risques et périls.

Avec ce synopsis, je suis bien consciente que ça passe ou ça casse, vu que ça annonce quelque chose d’assez cru (quel jeu de mot mes enfants), violent et terrible. L’affiche très « knacki » sonne série Z et ne donne pas forcément envie non plus, mais croyez-moi, outrepassez vos appréhensions, parce que ce film est une pépite.
Alors je le reconnais, ce film est violent, d’une part parce qu’il décrit des personnages psychopathes sans rien dissimuler, et d’autre part parce que ces mêmes personnages sont anthropophages, et que la notion même de cannibalisme est immorale et forcément taboue dans la plupart des cultures, passées comme existantes.
Je comprends totalement le fait de classer Vorace dans le genre épouvante-horreur, néanmoins, il n’y a aucun jumpscare, ni aucun réel retournement de situation, ni de tueur fou près à dézinguer n’importe qui. Ce film est plus intelligent que ça, et n’a aucun besoin de mettre en scène des aspects téléphonés, puisque les situations présentées suffisent largement à nous mettre mal à l’aise et à nous filer les miquettes.

L’ambiance de l’œuvre y est pour quelque chose. Dès le début, on décèle de l’éprouvant sans pour autant sentir du palpable, et c’est ça qui est très fort, puisqu’on est plongés dans l’univers du film dès le début, sans prendre le temps de s’échauffer, sans avoir une introduction rallongée qui prendrait le temps de nous ménager. Non, Vorace nous attaque directement, sans préavis, sans attendre une quelconque autorisation de notre part. Cela s’explique surtout par la durée du film, qui est d’à peine plus d’1h30. Dès les premières minutes s’enchaînent donc les scènes d’horreur, les morts et des faits et paroles violentes. On pourrait croire que le film se contenterait de nous exposer le tout, mais il va encore plus loin et nous pose dans le tiraillement entre le bien et le mal, à savoir la morale et l’interdit, soit le cannibalisme (qui représente ici la vie) ou l’humanité (qui serait donc la mort). Le personnage de Guy Pearce joue donc à merveille ce lâche qui est le seul humain auquel on a envie de s’identifier, augmentant davantage ce sentiment de malaise, puisque tout nous mène à penser que la faiblesse serait le refus de dépasser la morale et de sombrer dans l’interdit. En effet, bien que les antagonistes principaux, soit les anthropophages, sont dégoûtants et représentant à eux seuls le tabou ultime, ils sont présentés comme des demi-dieux, ou au moins, des personnages ayant la raison avec eux.

A l’inverse du personnage de Pearce, on trouve l’excellent Carlyle qui est impressionnant dans son rôle d’humain-animal, psychopathe puissance 10, et qui représente à lui seul le malaise que l’on ressent pendant tout le film. Ce personnage est dérangeant, vous vous en doutez, tant par ses préférences culinaires que par la remise en question, si j’ose dire, qu’il nous fait ressentir à propos du cannibalisme et plus généralement, du mal qui peut envahir n’importe qui. On se retrouve donc brillamment tiraillés entre ces deux personnages qui illustrent avec intelligence la lutte du mal contre le bien, qui ne trouve jamais de vainqueur ni de réelle finalité. J’entends par là que chaque partie a ses raisons, et que celles-ci, une fois évoquées peuvent être recevables et acceptables. Puisque qui peut dire en toute connaissance de cause que l’on pourrait ou non, dans des cas extrêmes, se transformer en animal pour garantir sa survie ? Vorace nous pose donc entre ces deux points de vue, sans pour autant nous balader, mais sans nous donner une véritable idée de quoi penser.
Bien entendu, le film n’œuvre pas pour la promotion du cannibalisme, en aucun cas. La nuance est qu’il nous pousse dans nos retranchements et nous amène à réfléchir sur le bien et le mal dans sa globalité, avec un exemple peu commun et d’un avis d’apparence tranché.
Pour illustrer ce changement de position et ce sentiment d’être perdu, le film navigue lui-même dans plusieurs thèmes : western, humour (noir, je précise) et horreur, forcément. On passe du tout au tout là encore, sans transition, mais sans nous donner le sentiment d’être baladé là encore. La musique est magnifique, mais aussi annonciatrice de ces revirements de genres. Elle compose chaque scène, chaque moment avec efficacité et passe là encore, du tout au tout en quelques secondes. La musique permet donc d’apporter une certaine tension quand il faut, nous apaiser quelques instants pour nous emmener de nouveau dans une scène plus terrible.
Les décors sont magnifiques et composent là encore les faits relatés par le film. Effectivement, ils permettent de nous montrer une nature sauvage, simple, parfois terrifiante, parfois apaisante.
La plupart des scènes sont magnifiques, notamment celle du saut dans le vide par lâcheté extrême, et surtout celle de la grotte, où il se passe autant de choses dedans que dehors…

A côté de ça, Vorace est une savoureuse critique des Etats-Unis, puisqu’elle montre que les civilisations se forment par les guerres, la violence et l’horreur. Cette démonstration est, vous l’aurez compris, mise en scène avec les joyeux anthropophages qui trouvent des justifications à leurs gestes immoraux. Ici, l’enfer est pavé de bonnes intentions, et à l’image de Pearce, on lutte tant bien que mal contre l’homme plus charismatique que le Diable lui-même (Carlyle himself, si vous suivez pas) qui nous rallierait presque à sa cause, c’est pour cela qu’à l’image du ridicule protagoniste, on flanche souvent, et on en sort changés, voire traumatisés pour les plus prudes.

Pour conclure, Vorace est une œuvre efficace car maîtrisée de bout en bout, elle amène à réfléchir, tout en reflétant d’autres problèmes moins décelables de prime abord. L’atmosphère, autant que les personnages, fait froid dans le dos, tout en étant dénuée d’artifices nous faisant tressauter pour nous garder alertes.
On a donc devant nous un film second degré, terrible et inquiétant, qui a le don de nous foutre une grosse claque.

Quelques musiques présentes dans le film :
Le thème de Boyd
La musique utilisée lors de la fameuse scène de la grotte