Spaced

Spaced ou Les allumés en VF, c’est une série réalisée par Edgar Wright et écrite par Simon Pegg et Jessica Stevenson qui en sont les deux acteurs principaux. Cette série a vécu deux saisons, ce qui lui fait un total de 14 épisodes, de 1999 à 2001.

Le pilote de Spaced met les choses en place : on voit Tim d’une part, dessinateur de comics qui vient de se faire larguer par sa copine et qui se retrouve à la rue. D’autre part, Daisy tout aussi paumée que lui cherche également un logement. Ils auraient pu passer le reste de leur existence à ne pas se côtoyer, mais le hasard en a fait autrement, c’est ainsi qu’ils se retrouvent chaque jour à la même table du même café pour chercher un appartement. Puis vient une brillante idée : ils vont se faire passer pour un couple auprès d’une logeuse, Marsha pour que celle-ci leur cède un des appartements de sa grande maison. Tim et Daisy vont donc devoir apprendre à vivre ensemble et à traîner malgré eux avec les amis de l’autre : Mike, le meilleur ami de Tim, un boulet fan d’armes, de guerre et toujours habillé en militaire, et Twist, la meilleure amie de Daisy, pimbêche et absolument détestable. En plus de ces deux-là, vont se greffer la logeuse, Marsha une femme très affectueuse qui ne se sépare jamais de son verre de vin et de sa cigarette, et Brian un de leur voisin qui est un artiste torturé et conceptuel. Ce petit monde va donc vivre au fil des épisodes des événements assez surréalistes, drôles et singuliers.



Car c’est ainsi que l’on peut résumer un épisode de Spaced : singulier, car les épisodes, ne suivent aucun fil rouge et il est donc tout à fait possible de louper un épisode et de voir le suivant, le spectateur ne sera pas perdu ; surréaliste, car il n’y a pas forcément une logique narrative mais on peut totalement passer du rêve à la réalité en passant par les pensées, avec beaucoup de facilités ; et surtout drôle, car l’essence même de la série, c’est l’humour. Spaced ne se prend jamais au sérieux, et si on a l’impression que l’on va aborder quelque chose de sérieux (comme la séparation, la trahison des deux personnages principaux vis-à-vis de leur logeuse ou encore la difficulté à trouver un travail), on nous remet vite dans le registre de l’humour. Et ce, soit avec le comique de situation, notamment avec les nombreux quiproquos que comprend la série, avec le comique de mots, car les personnages ne manquent pas de piquant ni d’une certaine autodérision (parfois malgré eux) ou le comique de gestes, vu notamment avec les combats feintés par Tim ou Mike, en référence à leur jeu vidéo adoré : Tekken. L’humour est donc omniprésent dans Spaced. Les personnages hauts en couleur ne manquent pas de nous faire rire chacun à leur façon et ce sentiment est décuplé lorsqu’ils sont réunis. Car tous les personnages sont importants, même les seconds rôles : ils forment un tout irréductible. On peut même y voir l’avènement de ces acteurs et du réalisateur dans le Made in Britain, car on les retrouve quelques années plus tard dans les réalisations d’Edgar Wright qui s’inscrivent dans la continuité de la série : humour, parodie, références culturelles sont notamment les mots d’ordre de ces films (Scott Pilgrim ou la Blood and Ice cream trilogy).

Comme dit plus haut, Spaced accorde une place très importante, si ce n’est essentielle, à l’humour. La série se veut parodique car elle rend hommage aux nombreux chefs-d’œuvre de la culture populaire : Star WarsMatrix, mais aussi les comics, les jeux vidéo… On pourrait presque dire que Spaced est un pionnier de la culture geek qui a engendré un bon nombre d’œuvres dans le genre (les réalisations de Wright mais aussi le méconnu The IT Crowd) ou qui a inspiré des d’œuvres dans un autre registre mais qui nous fait directement penser à notre série (Friends et autres HIMYM). Spaced nous surprend même en parodiant Les feux de l’amour avec leur musique d’ascenseur ou en rendant hommage à Shining avec ce passage absolument énorme.
Avec ces références geek et nos personnages particuliers, il est tout à fait possible voire probable de s’identifier à un ou plusieurs personnages : ils sont drôles, ont des problèmes, sont paumés et relativement jeunes (une vingtaine d’années pour les Tim et Daisy) : pathétiques mais terriblement attachants. Rajoutons à cela leur propension à sombrer dans l’excentricité et le délire, Spaced a des personnages qui nous ressemblent.



Seulement deux saisons de sept épisodes chacune, c’est court, mais cela renforce le côté « légende » autour de Spaced : ce petit nombre d’épisodes qui sont tous des pépites, chacun ayant une histoire à raconter qui a sa particularité. Évidemment, la fin n’en est pas vraiment une, car on pourrait s’attendre à du concret entre Tim et Daisy, mais il n’en est rien, et cela casserait tout que de les voir ensemble. En réalité, la série n’a nullement besoin d’un dénouement, car le dernier épisode se suffit à lui-même : on ne sait pas ce qui va se passer pour nos personnages, mais après tout, n’est-ce pas ça la vie ?
Sur cette magnifique conclusion, je vous invite à voir cette série trop méconnue et à rectifier le tir.

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Hitler, la naissance du mal

En 2003, Christian Duguay réalise un film en deux parties pour la télévision, il s’appelle Hitler, la naissance du mal (Hitler: The Rise of Evil). Des acteurs de choix sont appelés pour incarner les personnages emblématiques de l’époque pré-1939 en Allemagne, celle de la montée d’Hitler, il s’agit de Robert CarlyleLiev ShreiberMatthew ModinePeter Stormare ou encore Julianna Margulies.
Comme je vous l’indique plus haut, ce film retrace la vie d’Hitler, de son enfance à son arrivée au poste de Chancelier/Führer de l’Allemagne. On y retrouve donc un enfant maltraité par son père, un pré-adulte torturé et refusé aux Beaux-Arts, un jeune adulte devenu caporal en 14-18, un membre du parti ouvrier allemand, le président de ce parti, et enfin, l’homme au pouvoir.
Ce film dure 3 heures mais a été raccourci de 50 minutes dans la version française par TF1. De nombreuses polémiques sont nées, suite à cette censure inexplicable et ridicule par la chaîne de télévision française.




La censure de TF1, qui a presque enlevé un tiers du film porte surtout sur l’enfance d’Hitler, ses années en tant que soldat de l’armée allemande pendant la première guerre mondiale mais aussi et surtout des discours antisémites (on trouve d’autres passages retirés, comme la présence seule des juifs du film). Et ces 50 minutes sont précieuses pour la compréhension du film : certaines scènes sont complètement dénaturées voire incompréhensibles, et donc, leur sens est erroné, si ce n’est inexistant évidemment. En effet, TF1 a semble-t-il voulu protéger les pauvres petits spectateurs français, les maintenir écartés de toute forme de violence verbale ou physique, faisant fi de la nature même d’Adolf Hitler. Les français sont donc préservés des scènes de violence physiques que le père d’Hitler a à l’encontre de son fils dès son plus jeune âge, mais aussi, son passage dans les tranchées où il tabasse notamment son chien (battre un animal, c’est impensable à la télévision !), et puis, on nous a retirés tous les discours anti-juifs prononcés par le futur Führer, comme si l’antisémitisme d’Hitler n’avait que peu ou pas existé. Par extension, les seuls juifs présents dans le film sont tout bonnement supprimés eux aussi, car vu qu’il n’y a pas de haine contre les juifs, autant virer complètement leur apparition, ils sont inutiles à la bonne marche du film. Bref, on aurait dit qu’une volonté de compassion pour le personnage se fait ressentir parmi les censeurs.
Dans cet esprit de protection, on peut relever l’absence de l’inceste, et ce même dans la version originale. Il est de notoriété publique qu’Hitler avait des relations incestueuses avec sa nièce Geli, mais cette partie a été éludée pour laisser place à une sorte de romance entre les deux personnages. Même si cette romance a ses limites, vu que la nièce est complètement étouffée par son oncle autoritaire et absolument rigide.

Cela dit, certains passages sont insuffisants car la portée de leurs conséquences est insuffisante. Effectivement, on voit un jeune Hitler livré à lui-même, suivant le discours d’un maire qui met sur le dos des juifs les malheurs sociaux, économiques et politiques de l’Allemagne… Et c’est tout. Ce qui aurait été intéressant, c’est de comprendre réellement ce qui s’est passé pour que son idéologie, son antisémitisme soient si extrêmes. Il manque donc des scènes révélatrices sur la nature de sa haine envers les juifs, des scènes qui montrent son formatage dans l’antisémitisme.
Cependant, on peut toutefois noter une volonté nette de donner dans l’authenticité. Car la plupart des scènes sont historiques et retracent parfaitement sa longue et sinueuse route vers le pouvoir : son premier passage en tant qu’intervenant au parti ouvrier allemand, son métier d’informateur après la guerre, la montée de son parti au pouvoir, etc… Ce qui est intéressant, c’est que l’on suit plusieurs personnages autour de la vie d’Hitler, et pas forcément les plus connus, comme sa principale aide financière, Ernst Hanfstaengl ainsi que sa femme ou encore celle du journaliste, Fritz Gerlich qui est l’un des premiers à voir le vrai visage d’Hitler, celui du fou, de l’imprévisible, du dangereux. Ces trois personnages, surtout les deux hommes, sont des proches d’Hitler de prime abord, mais sont vite rattrapés par la vérité et ne partagent aucunement son point de vue extrême sur les juifs, ni même sa façon de voir les choses en général. Au-delà de tout ceci, un véritable cheminement sur la personnalité d’Hitler est à relever et à apprécier, ça frôle parfois la diabolisation (l’enfant battu est forcément un futur adulte pourri ? l’homme refusé à ses études est forcément frustré ?), mais on note cette originalité, car peu d’œuvres auparavant ont pu réunir avec tant d’exactitudes la vie d’Hitler, son ascension au pouvoir. On a plutôt l’habitude de voir un Hitler pendant la guerre, sa suprématie, son déclin, ou tout simplement des œuvres en rapport avec la Shoah, mais guère son long chemin vers le pouvoir.



D’un point de vue cinématographique, le jeu d’acteurs est impressionnant. Personne ne surjoue, tout le monde est bien dans son rôle, authentique, là encore. Je pense notamment à Robert Carlyle et ses scènes où il monte au créneau (doux euphémisme), en éructant, son visage devenant colérique, ses yeux perçants… Bref, celle où il devient Hitler, l’orateur. Son visage donc, mais aussi sa gestuelle nous montrent à quel point il transcende son rôle de Führer empli de haine et de rage.
L’ambiance du film est glauque, à l’image d’Hitler. Effectivement, la photographie, les décors, les costumes… Ils retracent tous une volonté profonde de montrer l’horreur. Les images sont ternes, seul la couleur rouge (des communistes mais aussi de la croix gammée) ressort et devient hypnotique, rappelant la dangerosité d’Hitler face aux autres impuissants.
Ce qui conclut le film, ce sont des images accompagnés de courtes phrases sur le bilan de la guerre, et en général sur ce qu’a provoqué Hitler, à savoir une économie retombée à zéro, des morts, des camps, des essais médicaux, une société en flambeaux… Un lourd bilan, donc, que l’on reproche (à raison, bien entendu) à Hitler, et qu’on nous remet en pleine face afin que personne ne puisse oublier ce personnage et surtout les conséquences de ses actes haineux.

Hitler, la naissance du mal est pour moi un très bon (télé)film : on arrive à mieux percevoir comment un homme cruel, clairement intentionné et absolument haineux a pu arriver au pouvoir, grâce, ou plutôt à cause d’hommes inertes, mais aussi et surtout à cause d’une politique bancale, d’une Allemagne laissée pour morte par les pays vainqueurs et qui avait besoin de connaître des coupables et de se nourrir de fantasmes et d’une possible guérison. On dénote alors une facilité déconcertante, même si semée d’embuches, pour Hitler à accéder au pouvoir avec son idéologie. Il faut donc voir, pour tout saisir et tout comprendre, la version non-censurée et éviter avec hargne celle de TF1, qui en plus de nous prendre pour des imbéciles, est lourde d’incohérences. Ce film est assez original dans son traitement du personnage, car rares sont les fois où l’on nous a montré un Hitler avant la guerre et avant son titre suprême de Führer.

Dies iræ (part III)

LIVRE VI

Le Livre VI de Kaamelott met en scène la genèse de la série, on y voit l’évolution d’Arthur ou plutôt du romain Arturus, un simple milicien de Rome. Il est anonyme et son destin va pourtant changer grâce à la volonté du Sénat et des dieux. Il va alors gravir les échelons (de simple soldat à roi, en passant par les grades de centurion et de chef de guerre) et s’élever dans la haute société romaine qui va l’instruire. Il va donc être forcé d’avoir de l’ambition, d’accepter son rôle de personnage légendaire, lui qui n’avait guère de volonté. Il va sortir de l’anonymat, tomber amoureux d’une femme plus vieille que lui et accepter sa destinée royale. Pour les nostalgiques de la pluie et des pécores, l’histoire alterne entre les passages à Rome et les petits voyages en Bretagne où l’on va voir les chefs de clans prêts à défoncer la piètre défense romaine, mais aussi Merlin qui rassemble d’illustres bretons dans le but d’en faire des chevaliers au service du futur roi.
L’ultime épisode du livre (et par extension, de la série) est quant à lui, un retour dans le présent, où l’on voit Arthur à Tintagel où l’on a annoncé sa mort.




Là où le Livre V développait tous ses personnages en laissant Arthur de côté (même s’il se montrait plus faible, plus déprimé), ici, on nous montre un jeune Arturus plein de bons sentiments et sous un nouveau jour : c’est un grand sentimental qui a déjà des prédispositions à sauver la veuve et l’orphelin, il a des amis, dont Manilius, lui aussi soldat de la milice urbaine romaine ou encore Caïus, mais il n’est pas animé par une quête divine. Ici on trouve beaucoup de personnages romains (logique) : les soldats, les sénateurs, les habitants, la haute société ou encore l’empereur lui-même. On y voit aussi les « jeunes » MerlinPère Blaise ou encore le Maître d’armes.
Pour ce qui est des romains, je voudrais notamment parler de deux personnages très importants : Aconia, la préceptrice d’Arturus dont il tombe amoureux au fil du livre. Malgré leur engagement marital respectif (lui va devoir épouser une fille de clan dans un but politique, elle est mariée à un homme absent), elle accepte le mariage secret (et chrétien) avec Arturus. Elle lui fait d’ailleurs tenir une promesse : il ne touchera jamais sa femme (Guenièvre), il pourra avoir autant de maîtresses qu’il veut, mais il ne devra en aucun cas coucher avec sa femme. J’y reviendrai. On a également la présence d’un personnage, qui malgré sa petite présence, se révèlera très important, c’est celui de César (incarné par feu Pierre Mondy). Très enfantin, à la limite de la sénilité, l’empereur donne pourtant à Arturus des conseils précieux sur son futur rôle de roi de Bretagne, mais lui fait également un cadeau pour qu’il croit à la magie. César étant symboliquement le père d’Arturus, ils se respectent, se font confiance. Seulement, l’empereur va trouver la mort, les veines tranchées avec l’aide d’un certain Méléagant qui l’a poussé au suicide, lui rapportant que la journée préférée de l’empereur peut être vécue des centaines de fois par celui-ci, mais qu’il n’y a qu’une seule solution pour cela : mourir. Méléagant trouve donc encore bon de foutre la merde dans un empire déjà bancal.



Avec le Livre VI, on assiste au passage de série télévisée à œuvre de cinéma. Parce que oui, ce livre est bien la transition entre la série Kaamelott et les futurs films que l’on verra sur grand écran. Tout d’abord, le format, ici, un épisode dure aussi longtemps que la moitié d’un film. Le générique se veut plus en rapport avec le monde du cinéma que du paysage télévisuel et est plutôt sympathique, tant niveau musique, qu’au niveau de l’image. Les décors sont très travaillés, d’ailleurs, les scènes à Rome ont été tournées à la Cinecittà, qui est tout bonnement un complexe de studios de cinéma italien. Un autre point qui tend à nous montrer cette volonté d’entrer dans le monde du cinéma, c’est la présence quasi-constante d’acteurs de cinéma. Je ne dis pas qu’il n’y en avait pas dans les autres livres, mais en moindre mesure, puis ils étaient davantage sortis du théâtre. Non, ici, on a des personnes qui ont fait du cinéma : Tcheky KaryoValeria Cavalli ou encore Pierre Mondy. Et puis, parlons pour finir de la musique tarantinesque des dernières minutes du dernier épisode du Livre VI.

Déjà que le Livre V faisait le scandale chez les fans de la première heure, reprochant au livre de ne pas être comique, d’être long… Le Livre VI ne fait qu’accroître leur déception, pire leur colère. Combien de fois ne suis-je pas tombée sur des forums de « fans » de Kaamelott qui insultaient Alexandre Astier, qui l’accusaient de leur avoir volé Kaamelott ? Qu’est-ce qu’a donc fait Alexandre Astier pour s’attirer les foudres de son public qui l’avait élevé au rang de chéri de la France, de créateur de génie. Génie oui, mais que lorsqu’il va dans leur sens apparemment. Bref : le créateur de Kaamelott a juste construit et amené son œuvre là où il voulait qu’elle aille. Car les fans auront beau dire ce qu’ils veulent, si A. A veut transformer sa série, c’est encore lui qui décide. Et il y change non seulement le format (ici, on a neuf épisodes d’une quarantaine de minutes environ), le lieu (Rome) et les acteurs (au revoir les chevaliers de la Table ronde). Envolés, l’humour véritable, l’esprit de Kaamelott, le rythme adopté par des milliers de fans, A. A a trahi son public ! Scandale ! Sans vouloir faire la connasse, je trouve juste qu’Alexandre Astier n’a pas les fans qu’il mérite. Bien entendu, je ne généralise pas, on a le droit de ne pas aimer une œuvre, mais la critiquer juste par son manque d’humour, je trouve cela d’une injustice flagrante et d’un manque de respect envers le créateur de la série. Par le simple manque d’humour, ces admirateurs préfèrent décamper plutôt que d’essayer de voir ce qu’est Kaamelott sans ses répliques. Certes, ces répliques ont constitué un atout majeur pour la série, ils étaient limite son âme dans les premiers livres, mais Alexandre Astier nous montre qu’il peut prendre des angles plus graves et rester intéressant et captivant. Kaamelott n’est pas que des vannes, ni des répliques bien senties. Si on n’exploite cette série que par ses vannes, c’est ne donner aucune importance aux autres atouts du créateur qui nous montre à quel point son œuvre est rare et absolument délicieuse, quels que soient les angles qu’il prend.

La relation entre Arturus et Aconia mérite d’être approfondie. En effet, c’est à cause d’elle que la pauvre Guenièvre connaît bien des tourments quant à son mari qui ne la touche pas. Seulement, cette promesse mérite elle aussi d’être explorée plus en détail, car elle pose certes la réponse ultime du non-désir d’Arthur pour Guenièvre, mais nous donne en revanche une multitude de questions qui méritent d’être éclaircies. Pas de panique, je vous mâche le travail (ne prenez pas ce que je dis pour la parole divine non plus, ce n’est qu’une interprétation). La promesse faite à Aconia est la suivante : non, je ne toucherai pas ma femme. Qu’en est-il de l’épisode de Mevanwi alors ? Je pense que c’est seulement la VRAIE future reine qui est visée, ni voyez pas de dimension personnelle, puisque Guenièvre et Aconia ne se connaissent pas. Mais pour moi, il a le droit de coucher avec Mevanwi car elle n’est que la femme d’un autre et qu’elle est au début une simple maîtresse, en effet, la promesse s’adressait uniquement à la femme à laquelle Arthur pourrait potentiellement tomber amoureux. Seulement, pourquoi respecter la promesse faite à une femme qui s’enfuit avec son mari ? Tout simplement par amour. Je n’ai pas de meilleure explication que celle-ci. Aconia reste la seule femme qu’Arthur n’ait jamais aimé. Mais avec qui une vie heureuse est impossible, d’ailleurs la perte de l’alliance d’Arthur par Manilius est révélatrice de cet amour impossible. Mais plutôt que de trahir l’amour de sa vie, il préfère la respecter, même si celle-ci l’a justement trahi. Sans compter que par extension, c’est à cause d’elle que son meilleur ami est mort. En effet,Arthur insiste pour retourner à Rome avec Manilius pour chercher Aconia, celui-ci lui prédit leur mort certaine (les romains ne voulant plus entendre parler d’Arthur), alors que sa femme s’enfuit avec son mari, lui laissant une robe rouge en souvenir, Manilius est tué par la milice romaine alors qu’il allait chercher sa femme. En même temps qu’il perd son meilleur ami, Arthur voit César mort. Le retour romain d’Arthur se solde par un échec, une solitude amicale, paternelle et amoureuse, une profonde tristesse.



Qu’en est-il du dernier épisode ? C’est sûrement l’épisode le plus noir de la série Kaamelott. Plusieurs mois se sont écoulés après la tentative de suicide d’Arthur et celui-ci est encore très faible, sa mère dans sa légendaire délicatesse annonce même sa mort, c’est alors que ces anciens chevaliers et proches viennent le visiter sur son lit de mort. On y voit notamment Perceval, à qui Arthur raconte son rêve qui peut potentiellement lui plaire vu qu’il aborde le sujet de l’espace et d’un vieux (les fantasmes ultimes du chevalier). Ce vieux l’emmène jusqu’à Kaamelott, dans la salle de bain où il a voulu se suicider et lui explique que la baignoire est le Graal, que tous les suicidés sont le Christ. D’ailleurs, Arthur a l’apparence d’un véritable Jésus : vieille toge, cheveux longs, barbe…
Entre ses périodes de sommeil, il reçoit également Guenièvre qui lui en veut terriblement d’avoir tenté de se suicider dans le bain qu’elle avait préparée elle-même. Il lui répond qu’il avait fait surtout cela pour que personne ne ferme les yeux sur sa souffrance, sur son existence.
Enfin, il reçoit Lancelot à qui il lègue le pouvoir (qu’il venait de récupérer par Karadoc qui en a tout bonnement marre de régner)… Sauf que celui-ci se fait une fois de plus détourner par Méléagant qui l’incite à mettre à feu et à sang le royaume, pourchassant les chevaliers et brûlant symboliquement la Table ronde, réduisant à néant tout le travail d’Arthur.
C’est alors qu’Arthur reçoit Venec qui l’emmène et le sauve des griffes de Lancelot et de ses hommes, il l’emmène sur la plage et le conduit au dernier endroit où Lancelot irait le chercher : Rome. Il se réfugie alors dans la villa d’Aconia et se refait une santé et prépare son retour.
Venec était pas la première personne à laquelle j’aurais pensé pour endosser le rôle de sauveur d’Arthur, mais je trouve que faire passer ce personnage pour un réel gentil est assez agréable. Il est tout simplement beau dans cet épisode (physiquement comme symboliquement). Bien entendu, Venec a toujours montré du respect envers le roi, et même si c’était par intérêt, on sait que son acte à l’issue de cet épisode est complétement désintéressé et dénué de tout sens politique et économique.

Le dernier épisode, et surtout ses dernières minutes sont révélatrices du passage au cinéma d’une part et du renouveau d’Arthur, de sa volonté de revenir et de se battre. La présence de la robe rouge d’Aconia est symbolique : elle lui donne la force de se reprendre en main et c’est grâce à elle qu’il s’entraîne à l’épée dans le vide avec, comme musique de fond, le thème de Jo, dont la seule présence pourrait s’expliquer par l’hommage rendu à Louis de Funès, auquel Kaamelott entier est dédié. Mais ce thème est aussi un mélange de musique de films français d’antan et de western, on se croit vraiment dans un film de Tarantino, la musique est assez héroïque et donne un côté de renouveau à la série et au personnage d’Arthur.


Je voudrais finir par cette conclusion très personnelle qui va sûrement me faire passer pour une imbécile sentimentale, mais qu’à cela ne tienne, je fais ce que je veux, moi aussi ! En fait, je voulais surtout, comme je l’ai dit en avant-propos, faire un hommage à la meilleure série française selon moi, celle qui m’a fait rire, pleurer. Je ne me lasse pas de la revoir encore et encore. Mais je n’ai eu l’occasion (l’envie surtout) de regarder le Livre VI de Kaamelott que dernièrement, car je n’avais pas envie d’être déçue et j’en avais entendu parler par des termes plutôt négatifs, alors j’ai fait l’autruche. Et je me rends compte que j’ai été conne, vu que l’issue de la série me plaît. Seulement voilà, maintenant, je suis confrontée à un autre problème… Appelons-le le « syndrome de la série finie ». Je ne sais pas vous, mais je me sens super mal à l’aise à la fin d’une série que j’ai appréciée, je me sens comme abandonnée et résolument seule. Je crois que j’ai tellement accroché aux personnages, à l’histoire, que je ne peux plus m’en défaire, je ne peux décemment pas leur dire au revoir. Kaamelott m’accompagne depuis 2004 et je n’ai fini la série qu’en 2014. Dix ans d’admiration totale et d’amour, ça ne s’efface pas comme ça. Bien sûr, je peux toujours voir et revoir les épisodes, mais ça ne change rien quant au sentiment que je ressens actuellement. Là j’ai vraiment atteint la fin de la série, des épisodes inédits ne m’attendent plus. Et je suis triste. Bien sûr, j’attends avec impatience (comme beaucoup) le retour de Kaamelott au cinéma, mais j’ai l’impression que cela n’arrivera pas : cette arrivée dans nos salles obscures est sans cesse repoussée et actuellement bloquée pour des problèmes d’ayants-droit.
Après avoir fait ma drama queen, je voudrais passer aux remerciements. Remerciement logique à vous, lecteurs, qui m’avez lue jusqu’au bout. J’espère que ces trois articles vous auront plu et que j’ai traité la série avec tout le respect et l’hommage qui lui revient, que je lui dois.
Mais surtout, remerciement au créateur, merci Alexandre Astier de m’avoir fait rêver, merci d’avoir donné à la légende arthurienne un souffle inédit.


PS : J’ai nommé mes trois articles avec les titres des trois derniers épisodes de la série, car je trouve qu’ils correspondaient bien aux saisons : 
– Arturus Rex, c’est le Roi Arthur indiscutable des quatre premiers livres.
– Lacrimosa, c’est la tristesse engendrée par le Livre IV, sa noirceur et son issue.
– Dies iræ, c’est pour finir la colère d’Arthur, sa rébellion et sa volonté de revenir aux dernières minutes.
Oui je pars loin, mais zut ! 

Lacrimosa (part II)

LIVRE V

Ici, l’histoire est chronologique, donc plus de compréhension, plus de cohésion.
Même si d’apparence, le calme est revenu à Kaamelott, ce n’est qu’illusion, car même si Arthur a réparé son péché adultère, la situation est catastrophique au royaume. En effet, Lancelot est introuvable et supposé mort, des clans indépendants se forment, Arthur perd la confiance du peuple… Une seule solution est envisagée, celle-ci redonnerait au roi toute sa splendeur, son pouvoir, et sa popularité auprès de ses gens : il lui faut replanter l’épée Excalibur. Le but est qu’il la replante, laisse quelques jours se passer, permettant à tous les pécores et autres seigneurs d’essayer leur tour, puis de la retirer à nouveau, prouvant toute sa noblesse et sa légitimité à gouverner Kaamelott au monde entier. 
Parallèlement, on suit Lancelot, terré dans une grotte et souvent visité par l’homme en noir, Méléagant. Celui-ci le pousse dans ses retranchements : il en sait beaucoup trop sur lui, ce qui en fait un personnage tout à fait énigmatique.
Arthur, ayant complètement perdu la foi, se rend au rocher pour retirer l’épée, mais refuse de le faire au dernier moment. Le royaume de Kaamelott se retrouve donc sans roi à sa tête.
Par des concours de circonstances et grâce aux lois, le pouvoir tombe dans les mains de Guenièvre, de Léodagan et surtout de la terrible Mevanwi. Notre regretté roi n’a plus qu’une seule idée en tête, trouver ses potentiels enfants, qu’il aurait pu avoir avec ses maîtresses ou des filles des environs. Il parcourt donc le pays, avec Guenièvre au début, puis seul… Ne trouvant aucune progéniture, il décide de rentrer et trouve un guide en la personne de Méléagant, celui-ci va également tenter de le briser psychologiquement, mais surtout, il va le pousser au suicide. Il sera sauvé in extemis par Lancelot et sa magie blanche.




Là, on commence à entrer dans le vif du sujet. Le Livre V est très important pour Kaamelott, puisqu’il se passe plein de choses, explicites ou non. Je vais donc essayer de parler de toutes ces choses, sans en omettre aucune, même si l’exercice s’avère difficile.

Le Livre V, c’est avant tout une quête. Et on le voit bien dans les décors, puisque l’histoire ne stagne plus au château, Arthur évolue dans la nature, et au passage, on y voit des paysages sublimes : la forêt, la côte, les falaises… L’ancien roi sera davantage motivé à chercher sa potentielle progéniture qu’il ne l’a jamais été pour rechercher le GraalArthur rencontre à l’aller des personnages qu’il connaît bien, comme ses anciens chevaliers ou les paysans. Au retour, il côtoie, avec l’appui de Méléagant à nouveau des personnes inconnues qui sont pourtant révélatrices du passé d’Arthur : une amie d’enfance, son père adoptif… Son retour se solde non seulement par un échec (à l’aller, il n’a pas trouvé d’enfant), mais aussi et surtout, pas des rencontres qui lui en apprennent sur lui, son passé… Méléagant n’a qu’un seul but, voir Arthur souffrir et il réussit, puisqu’il arrive même à lui faire croire qu’il est infécond. La quête d’Arthur pour trouver un enfant est donc vaine, tout comme celle du Graal. Il voyait un moyen de se racheter, de donner un sens à sa vie, d’être pour une fois heureux et accompli… Il en revient perdu, déboussolé et profondément déprimé. La preuve, au dernier épisode, il tente de se suicider dans une baignoire préparée par sa femme.

Le développement des personnages est ici accru et c’en est plaisant. Davantage de psychologie, moins de surface, on arrive à mieux cerner les protagonistes. Leurs relations en subissent les conséquences pour notre plus grand bonheur pour certains. Tout d’abord, même s’ils passent toujours pour des glands, on s’aperçoit que Karadoc mais surtout Perceval sont d’une fidélité incroyable quant à Arthur. On s’en rend notamment compte lorsque Karadoc veut à tout prix retirer l’épée du rocher, il s’engueule avec Perceval qui lui interdit pour la simple et bonne raison qu’il n’y a qu’un seul roi, qu’un seul détenteur d’Excalibur et celui-ci se nomme ArthurKaradoc accepte donc pour son amitié envers Perceval de ne pas retirer Excalibur. Même si insignifiant aux yeux de beaucoup, j’ai trouvé ce fait tellement démonstratif de la dévotion que porte Perceval à Arthur. Je trouve que c’est la meilleure preuve de l’amitié que les deux personnages se portent, même si le chevalier tape sur les nerfs du roi. Malgré tout, lors des premiers livres, le roi invitait souvent Perceval à sa table, lui avouant même qu’il aimait passer du temps avec lui, alors qu’il regrettait systématiquement son choix. Ils auraient en fait, une relation de protecteur/protégé, et on peut le voir encore une fois dans les livres précédents, lorsque Arthur aide son chevalier à donner davantage de consistance à ses récits à la Table ronde.
Le personnage de Guenièvre est quant à lui moins con, moins maladroit et carrément plus mûr. Même si ce n’est pas réciproque, celle-ci est prête à tout pour Arthur, elle l’aide, le soutient, le défend. Et on y voit un certain respect de la part de ce dernier, car lui aussi, il la défend et l’apprécie. Guenièvre, là où elle était complétement débile dans les premiers livres se transforme en un véritable pilier pour son mari, il peut se reposer sur elle, se confier, et trouver une aide inconditionnelle auprès d’elle.
De plus, des relations père/fils se tissent : Arthur et son enfant fantasmé lors de ses rêves en est un très bon exemple. Il imagine cet enfant, il lui sourit, il le porte, s’amuse avec lui. Mais ce genre de relations est aussi vu lors de ses « retrouvailles » avec son père adoptif. Il sait à quel point il l’a blessé en ne lui donnant pas de nouvelle et s’excuse tant bien que mal auprès de lui. Puis parlons de ce passage plus ou moins énigmatique au phare, le repère du Pêcheur, le père des Jumelles. Plus révélateur qu’autre chose, le Pêcheur raconte qu’il attend son fils, parti à la pêche, il angoisse de ne plus le revoir, sauf que cela fait quinze ans qu’il est parti. Cependant, il l’attend toujours, avec la même angoisse qu’au premier jour, pensant qu’il va revenir d’une minute à l’autre, c’est un homme rongé par la folie. Lors du départ d’Arthur, il s’excuse de n’avoir parlé que de son fils. Celui-ci lui répond qu’il n’a pas parlé de lui souvent, et le Pêcheur confirme que si, il n’a parlé que de son fils disparu. Désappointant, mais tellement révélateur de ce que ressent Arthur avec son enfant qui n’est pas disparu, mais qu’il attend aussi depuis quinze ans. Les deux hommes ne sont plus que les ombres d’eux-mêmes et sont obnubilés par la pensée de cet enfant disparu/inexistant. A tous les deux, il leur manque quelque chose : leur fils.



Abordons le sujet de Méléagant, sûrement le personnage le plus sombre et complexe de Kaamelott. Sombre, car il montre une volonté de fer à voir s’écrouler autour de lui des personnes, il est censé leur montrer le chemin, mais ne fait que les enfoncer. Il pousse Lancelot à tuer Arthur, mais voyant que le premier est trop faible psychologiquement pour s’y atteler, il préfère prendre les choses en main lui-même et se présente à Arthur en tant que guide. Plutôt que de l’emmener à Kaamelott, il le guide vers son passé, le brisant à chaque rencontre. Coup de maître, il se sert de la Pytie pour lui croire qu’il ne peut pas avoir d’enfant. C’est donc un personnage voué au sabordage des gens, il n’a qu’une motivation, celle de semer le chaos autour de lui. Complexe, car on ne sait pas vraiment qui il est, même si on suppose qu’il est la Réponse des Dieux, évoqué par le livre Les Prophéties du Père Blaise. La réponse à son affront quant à l’histoire avec Mevanwi. Cette réponse, c’est la venue sur terre du Dieu des morts solitaire des frayeurs. Il a la capacité de voir l’avenir et surtout, il soumet Lancelot et surtout Arthur à sa volonté, volonté de les saborder, de tuer ce qu’ils ont de positif en eux. Et même s’il réussit son coup avec Arthur, puisqu’il le pousse au suicide, il n’y parvient pas avec Lancelot, vu que c’est lui qui sauve l’ancien roi, alors qu’il était initialement venu pour le tuer. Pire : pour le sauver, il utilise la magie blanche, l’instrument des dieux « de la vie », dont la messagère est la Dame du Lac.

Les personnages « anciens » de Kaamelott ne sont pas en reste. Puisque comme je le disais plus haut, leur psychologie a été développée et certes, Guenièvre a changé, mais Bohort devient courageux, on surprend Merlin à se racheter une sorte d’estime et de respect, parce que celui-ci passait davantage pour un abruti qu’autre chose, mais maintenant dans son élément (la nature, la vie extérieure), il peut vaquer à ses occupations de druide initial. Alors oui, le comique des personnages a carrément perdu de son poids, mais cela profite à leur personnalité carrément accrue, le Livre V, c’est le livre le plus sombre et le plus sérieux de Kaamelott, les personnages sont construits, creusés, et c’est tout bonnement plaisant. C’est les nouveaux qui prennent leur place en leur piquant l’humour, c’est le cas du personnage duDuc d’Aquitaine qui est véritablement soumis à sa femme, mais qui est aussi très intelligent.




Le Livre V a déçu les fans. Il les a déçus parce qu’il ne présente plus le même format, parce qu’il n’est plus drôle. Là où ce livre signe la déception, il sonne pour moi comme une sorte de révélation et d’admiration. Révélation puisque c’est grâce à lui que j’ai pu apprécier à sa juste valeur le travail de qualité d’Alexandre Astier qui n’hésite pas à déboussoler son public. C’est un petit peu comme le créateur de Kaamelott avait créé le monde des Bisounours pour pouvoir mieux y foutre le feu. A l’image de MéléagantAlexandre Astier « saborde » sa propre série pour lui donner un registre totalement différent, un ton plus grave, et une dimension complètement sérieuse. Il donne à ses personnages, à ses créations, une nouvelle force, une occasion de se racheter et de passer pour des gens biens et tellement humains. La narration a évolué, on ne se contente plus de petites histoires drôles, de gags, mais d’une réelle histoire travaillée. On prend plaisir à voir Alexandre Astier secouer tout ce petit monde (public et personnages de la série), à le voir s’élever au rang de créateur de série. Attention, je ne dis pas qu’il était nul avant. Mais grâce au Livre V, on prend vraiment conscience de tout son génie narratif qui peut aussi bien exercer dans un ton sérieux. Il utilise même les décors pour montrer à quel point il peut faire autre chose que des plans à l’intérieur, ici, la caméra bouge, elle se fond dans le décor, la nature est la meilleure alliée du créateur de Kaamelott, elle est variée et révélatrice du temps qui passe : on passe de l’hiver au printemps. Bref : il a osé, il a eu raison. 

Arturus Rex (part I)

Avant-propos : Vu que je ne sais pas débarquer quelque part sans mettre les pieds dans le plat, je préfère faire une légère introduction, qui vous indiquera mes réelles intentions, ce que je veux faire et ne pas faire. Mon objectif, plus que de faire une simple présentation technique, serait d’aller au-delà de ce qui est montré, savoir pourquoi, comment, etc. Sans pour autant dénaturaliser cette série. Faut plus voir ça comme un hommage, un foutu cadeau d’une fan à son idole (Astier himself), même s’il lira jamais. C’est très utopiste, mais c’est exactement ce que je veux. Alors autant vous le dire directement : non, vous ne verrez pas de fiche technique ni de présentation basique des personnages, vous avez assez de la page Wikipédia de Kaamelott pour cela. L’intérêt est donc non pas de rester à la surface, mais de vouloir creuser, d’établir des liens, de trouver des significations et de donner des interprétations (plus ou moins tirées par les cheveux). Ah, et, petite précision, je n’aborde pas le court-métrage Dies Irae.




LIVRE I

Le Livre I de Kaamelott, c’est avant tout une découverte de l’univers qu’a construit Alexandre Astier, plutôt que de prendre l’exemple sur des séries/films fantastiques et pour la plupart peu réussis, A. Apréfère donner une autre dimension à la légende arthurienne que celle attendue : moins d’héroïsme, plus de débilité. Parce qu’après tout, Kaamelott c’est ça, des chevaliers ridicules qui ont chacun une particularité (Bohort l’efféminé trouillard, Léodogan le caractériel, Lancelot le seul qui tient à peu près la route, Perceval l’idiot du village ou encore Karadoc similaire à Perceval mais carrément axé sur la bouffe) mais qui œuvrent inconsciemment dans le même but : certes trouver le Graal mais surtout passer pour des cons ! Parce que c’est un fait établi, Kaamelott met en scène des chevaliers peu dégourdis, avec un QI avoisinant celui d’une poule (Elle est où la poulette ?). Alors les épisodes sont très comiques et centrés tour à tour sur un ou plusieurs chevaliers, tentant vainement de servir Arthur mais qui se casse la gueule, parfois littéralement. On y voit souvent Arthur péter un câble d’ailleurs, ce qui rajoute une dimension comique, vu que ses colères sont absolument savoureuses : il engueule son personnel, ses chevaliers et sa femme. Parce que les chevaliers ne sont effectivement pas les seuls à porter le fardeau de la connerie, les femmes ne sont pas plus intelligentes, notamment Guenièvre qui en plus de ne pas avoir un physique avantageux, est souvent prise pour une conne par son époux, faut dire qu’elle ne broque pas grand-chose…

Situations comiques (avoir la chiasse en pleine bataille après avoir bouffé des champignons vénéneux, pour ne citer qu’un exemple), personnages débiles et répliques carrément hilarantes : ce sont les ingrédients que réunit Kaamelott. Car en effet, que serait cette série sans ses répliques ? Qui n’a jamais entendu un « C’est pas faux » ? « Le gras c’est la vie » ? Ou tout simplement repris le « Cuillère ! » du chef burgonde ? Peu de personnes je le crains.


LIVRE II

En globalité, le Livre II de Kaamelott a gardé la même recette que le premier : humour omniprésent, quêtes plus ou moins éventrées par maladresse, ras-le-bol d’Arthur.
Pas grand-chose à dire de plus sur ce livre, si ce n’est qu’on commence gentiment mais sûrement à apercevoir une certaine tension entre le roi et son fidèle Lancelot, révélatrice du début de la perte d’équilibre du royaume et de la légitimité qu’a Arthur à gouverner.

La particularité de ces deux premiers livres, c’est de n’avoir aucun fil conducteur : vous avez raté l’épisode de la veille ? Aucun souci, vous ne serez jamais perdus, puisque chaque épisode a son histoire.


LIVRE III

Dans le Livre III, on commence à avoir une chronologie des épisodes. Là encore, on est toujours face à l’humour, véritable signature des premiers livres de Kaamelott, seulement les choses se gâtent, puisque le roi voit son meilleur élément se détacher peu à peu de lui. Effectivement, Lancelot y exerce une double vie, à la fois chevalier servant à Kaamelott et chevalier errant dans la forêt, où il élit domicile la moitié du temps. Les engueulades sont de plus en plus fréquentes entre ces deux-là. Pour ne rien arranger, Arthur commence à avoir une liaison avec la femme de l’un de ses chevaliers (Karadoc) : dame Mevanwi. Tout d’abord secrète, elle est découverte à l’issue du dernier épisode, par Guenièvre qui y voit une trahison de son mari dans une moindre mesure (après tout, il a des maîtresses), mais surtout une trahison envers son ami, le seigneur Karadoc, qui selon la loi, va devoir être tué par le roi s’il veut prendre sa femme. La reine s’enfuit donc vers le seul homme qui l’aime, Lancelot.

Ce livre amorce des situations plus graves, et a, comme les précédents livres, même si je ne l’ai pas mentionné, des références et des indices quant à la légende Arthurienne mais aussi sur la suite qui va être donnée à la série.
Et ce, notamment, avec l’histoire raconté au neveu de Karadoc qu’Arthur est contraint de garder. La légende du roi est donc transposée ici pour être comprise par un enfant, les personnages deviennent des ours, faisan et autre cerf. C’est mignon, mais ça a une conclusion qui pour le moment est anodine, puisqu’elle parle de la dépression du petit ourson, qui n’est autre qu’Arthur.


LIVRE IV

Tout commence à foutre le camp à Kaamelott : Lancelot forme un clan séparatiste, Guenièvre est restée avec lui… Arthur ne voit pas le mal, mais pourtant, la Dame du Lac le met en garde contre la volonté des Dieux et l’avenir de Kaamelott. Plusieurs choses inévitables se passent : l’échange d’épouse Mevanwi/Guenièvre, la première devenant ainsi la reine du royaume, commence à être détestée de tous et toutes, puisqu’elle prend des initiatives, elle accède au pouvoir, veut diriger. Elle se présente donc comme une femme avide de pouvoir, ce qui la rend particulièrement désagréable. On lui préfère largement la candide Guenièvre, qui elle, déchante complètement dans sa nouvelle vie de pécore avec un Lancelot qui devient peu à peu taré, voyant un homme en noir partout… De plus, Arthur refusant d’écouter la Dame du Lac, celle-ci est reniée des Dieux et reléguée au rang de simple mortelle qui ne sait rien faire. Plus grave encore, le royaume de Kaamelott est en train de se déchirer, et chacun doit choisir son côté : soit rester fidèle à Arthur et à la table ronde, soit rejoindre le rebelle Lancelot. Pour tenter de rétablir l’ordre, Arthur quitte Mevanwi et attaque le camp de Lancelot pendant son absence, tout en récupérantGuenièvre, en lui proposant d’être de nouveau la reine. A son retour, Lancelot voit son camp pillé, ses hommes disparus et sa bien-aimée enfuie, c’est alors que l’on voit enfin l’homme en noir…



Sur ces quatre livres, je n’ai pas grand-chose à dire niveau interprétation, car tout est assez clair. Mais je reviendrai régulièrement sur ces livres lors de mes deux prochaines propas, c’est pourquoi il fallait absolument que je vous en parle, pour que les relations entre les livres ne soient pas incomprises.
Pour résumer, je dirai vraiment que ces quatre premiers livres sont souvent considérés comme les piliers de Kaamelott, effectivement, ce sont souvent les préférés du public, puisque ceux-ci n’acceptent pas (ou ne comprennent pas) le changement brutal dès le Livre V de traitement de l’histoire, de format et de registre. Personnellement, j’ai longtemps considéré que les deux derniers livres de Kaamelott n’avaient pas lieu d’être s’ils étaient ainsi. Un récent visionnage de l’intégrale m’a permis de comprendre certaines choses et d’avouer mon crime : je préfère Kaamelott et ses personnages dans un registre plus grave, et je vous expliquerai pourquoi prochainement. 

Twin Peaks / Fire walk with me

Diane, I’ve just entered the town of Twin Peaks…




La série Twin Peaks
Twin Peaks est à une série composée de 30 épisodes et réalisée en 1990 par David Lynch et Mark Frost

Cette série s’ouvre sur la découverte d’un corps, celui de Laura Palmer, une jeune fille très populaire et aimée. Ce personnage, bien qu’absent reste le personnage central de la série car celle-ci est articulée autour de Laura et de son meurtre.
Ce meurtre est donc l’intrigue principale de la série et permet au spectateur comme aux habitants de Twin Peaks de découvrir un agent du FBI, Dale Cooper. Un personnage fort sympathique, compréhensif et charismatique. Il participera avec les autorités locales à découvrir les circonstances de la mort de Laura et surtout, de découvrir son meurtrier. Mais Cooper ne sera pas au bout de ses surprises quand il découvrira que tous les habitants de la ville ont des secrets, que des mystères planent autour des habitants comme autour du meurtre.

Certes, le personnage principal est ce charmant agent du FBI, mais la série permet à des acteurs secondaires d’avoir une place très importante, chacun ayant son petit secret ou son lien (même indirect) avecLaura. Le charme de la série Twin Peaks est notamment dû à l’importance accordée aux personnages, qu’ils soient récurrents (DaleHarry Truman (le shérif), Donna (la meilleure amie de Laura)…) ou moins présents (La Femme à la BûcheMaddy…) : chacun a son petit quelque chose, sa petite histoire, son mystère et donc son intérêt. Ils forment un tout, ils sont Twin Peaks.
Des caméos sympathiques sont aussi à découvrir : David Duchovny en agent du FBI travesti, David Lynch lui-même en supérieur de Dale, complètement sourd.

Comme dit plus haut, Dale va découvrir les mystères de Twin Peaks les plus insoupçonnés et va donc découvrir que Laura était loin d’être celle que l’on croyait…
Certaines fois, le spectateur sera tour à tour amusé, effrayé et émerveillé.
Le générique lui-même est inquiétant : la musique (que tout le monde connaît) est sobre et sinistre (ne pas prendre ce terme péjorativement), les noms du casting défilent en lettres vert flashy (à la manière d’un film de fiction) sous des images du paysage de Twin Peaks.
La tension est omniprésente : les cliffhangers de chaque épisode, la découverte de nouveaux personnages à chaque épisode (ou presque), ou encore les plans de nuit sur de simples feux rouges, la forêt et l’hôtel de la ville : tout est fait pour alimenter le mystère et le malaise.

La réalisation est brillante, outre les personnages : 
– Les fils conducteurs sont nombreux, certes le principal est le meurtre de Laura mais il en vient d’autres tout aussi intéressants : le trafic de drogue dans la ville, les magouilles entre personnages pour des terrains, les guerres entre famille, les amours cachées, les relations ambigües… On pourrait croire que Twin Peaks tombe dans la niaiserie, à tort. Et c’est là que la série fait fort et montre une grande habileté : elle abrite elle-même une série (mise en abyme) nommée Invitation à l’amour, un genre de feuilleton à la manière des Feux de l’amour.
– Les lieux sont eux aussi notables : on ressent une certaine familiarité à retrouver nos personnages au Double R Diner, du sérieux à les retrouver au commissariat, de la tristesse chez les Palmer ou encore, une certaine retenue à se retrouver à l’Hôtel Grand Nord
– Les mythes sont intéressants et impressionnants : la Black Lodge, la White Lodge, la Chambre Rouge
– La musique est superbe.

Cette série mêle humour, drame, peur et surtout, de la fiction. Car malgré ses apparences de ville tout à fait réaliste, Twin Peaks est imprégnée de fiction. La série bascule donc lentement de réel à fiction, sans vraiment que l’on s’en aperçoive. Twin Peaks est au cœur de la différence du bien et du mal.


Je dois vous l’avouer, c’est l’une de mes séries préférées : Twin Peaks mélange les genres, m’a fait découvrir des personnages très intéressants et m’a passionnée. 
Je confesse également avoir senti de la tension et de la peur en regardant cette série qui peut donner froid dans le dos.
Twin Peaks a été arrêté à cause du manque d’audience lors de la deuxième saison. En effet, le meurtre de Laura ayant été résolu, les spectateurs se sont désintéressés, à tort de cette série. Car cette dernière a continué au-delà de Laura et a laissé place tout doucement à la fiction. Dale tombé amoureux de la ville tient à y rester et tisse des liens encore plus forts avec les habitants qui, pour certains sont devenus des amis… Voire plus.



Le film Twin Peaks
Feu marche avec moi

Malgré l’arrêt de la série, une préquelle a été réalisée en 1992 toujours par David Lynch et porte pour nom Twin Peaks : Fire walk with me.

Ce film est quant à lui réservé à Laura Palmer puisqu’il présente ses sept derniers jours. Elle est donc le personnage principal de cette œuvre, contrairement à la série où elle était absente, bien que l’histoire fût centrée sur elle.
On retrouve beaucoup de personnages de la série avec des agents du FBI en plus (dont Chris IsaakKiefer Sutherland ou encore David Bowie).



Ici, on comprend mieux les secrets de Laura, ses mystères, bref sa vie. On la voit tantôt accro à la drogue, tantôt sexuelle, puis torturée, mélancolique… Elle devient attachante malgré son comportement très dérangeant : c’est une personne qui a besoin d’aide et qui ne peut se tourner vers personne puisque personne ne peut l’aider.

Nous sommes donc plongés dans un univers assez triste et dramatique : on sait que la seule issue pour Laura sera la mort. Ce film est donc sombre et l’on reconnaît parfaitement le style de Lynch.


Le film est intéressant, mais je l’ai trouvé un peu trop éloigné de la série… Et surtout, j’aurais préféré une suite car la série s’est achevée sur un des plus grands cliffhangers de la télévision (autoproclamé par moi-même).