Vorace (1999)

J’me dis qu’un jour, je ferai une ode à SensCritique qui dans sa globalité m’offre la possibilité de découvrir de véritables pépites. C’est ainsi que j’ai vu Vorace, qui ne me tentait pas de base, mais la note très positive globale sur l’œuvre a eu raison de moi, et je n’ai absolument pas regretté.

Vorace ou Ravenous en VO, possède un casting sympathique : Guy Pearce, Robert Carlyle, Jeffrey Jones… Le tout orchestré par Antonia Bird.
Pour le pitch, nous suivons John Boyd, capitaine dans l’armée américaine lors du conflit américano-mexicain. Par un quiproquo, cet homme pleutre se retrouve héros d’un acte de bravoure. Ne laissant pas ses supérieurs dupes, il se voit muté en Californie dans un fort isolé et dont la garnison compte une poignée d’hommes. Peu après son arrivée, le fort accueille un étrange personnage terrifié, Colqhoun, qui relate les faits de cannibalisme dont il a réchappé et qui a décimé ses anciens compagnons alors qu’ils étaient bloqués dans une grotte. Le colonel du fort organise alors une expédition pour sauver les potentiels survivants et retrouver le responsable de ces actes violents et extrêmes, qui serait un militaire que la faim aurait rendu fou…

J’ai essayé de ne pas faire de SPOILER, mais révéler une infime partie du film sans tout dévoiler s’est avéré délicat. Alors à vos risques et périls.

Avec ce synopsis, je suis bien consciente que ça passe ou ça casse, vu que ça annonce quelque chose d’assez cru (quel jeu de mot mes enfants), violent et terrible. L’affiche très « knacki » sonne série Z et ne donne pas forcément envie non plus, mais croyez-moi, outrepassez vos appréhensions, parce que ce film est une pépite.
Alors je le reconnais, ce film est violent, d’une part parce qu’il décrit des personnages psychopathes sans rien dissimuler, et d’autre part parce que ces mêmes personnages sont anthropophages, et que la notion même de cannibalisme est immorale et forcément taboue dans la plupart des cultures, passées comme existantes.
Je comprends totalement le fait de classer Vorace dans le genre épouvante-horreur, néanmoins, il n’y a aucun jumpscare, ni aucun réel retournement de situation, ni de tueur fou près à dézinguer n’importe qui. Ce film est plus intelligent que ça, et n’a aucun besoin de mettre en scène des aspects téléphonés, puisque les situations présentées suffisent largement à nous mettre mal à l’aise et à nous filer les miquettes.

L’ambiance de l’œuvre y est pour quelque chose. Dès le début, on décèle de l’éprouvant sans pour autant sentir du palpable, et c’est ça qui est très fort, puisqu’on est plongés dans l’univers du film dès le début, sans prendre le temps de s’échauffer, sans avoir une introduction rallongée qui prendrait le temps de nous ménager. Non, Vorace nous attaque directement, sans préavis, sans attendre une quelconque autorisation de notre part. Cela s’explique surtout par la durée du film, qui est d’à peine plus d’1h30. Dès les premières minutes s’enchaînent donc les scènes d’horreur, les morts et des faits et paroles violentes. On pourrait croire que le film se contenterait de nous exposer le tout, mais il va encore plus loin et nous pose dans le tiraillement entre le bien et le mal, à savoir la morale et l’interdit, soit le cannibalisme (qui représente ici la vie) ou l’humanité (qui serait donc la mort). Le personnage de Guy Pearce joue donc à merveille ce lâche qui est le seul humain auquel on a envie de s’identifier, augmentant davantage ce sentiment de malaise, puisque tout nous mène à penser que la faiblesse serait le refus de dépasser la morale et de sombrer dans l’interdit. En effet, bien que les antagonistes principaux, soit les anthropophages, sont dégoûtants et représentant à eux seuls le tabou ultime, ils sont présentés comme des demi-dieux, ou au moins, des personnages ayant la raison avec eux.

A l’inverse du personnage de Pearce, on trouve l’excellent Carlyle qui est impressionnant dans son rôle d’humain-animal, psychopathe puissance 10, et qui représente à lui seul le malaise que l’on ressent pendant tout le film. Ce personnage est dérangeant, vous vous en doutez, tant par ses préférences culinaires que par la remise en question, si j’ose dire, qu’il nous fait ressentir à propos du cannibalisme et plus généralement, du mal qui peut envahir n’importe qui. On se retrouve donc brillamment tiraillés entre ces deux personnages qui illustrent avec intelligence la lutte du mal contre le bien, qui ne trouve jamais de vainqueur ni de réelle finalité. J’entends par là que chaque partie a ses raisons, et que celles-ci, une fois évoquées peuvent être recevables et acceptables. Puisque qui peut dire en toute connaissance de cause que l’on pourrait ou non, dans des cas extrêmes, se transformer en animal pour garantir sa survie ? Vorace nous pose donc entre ces deux points de vue, sans pour autant nous balader, mais sans nous donner une véritable idée de quoi penser.
Bien entendu, le film n’œuvre pas pour la promotion du cannibalisme, en aucun cas. La nuance est qu’il nous pousse dans nos retranchements et nous amène à réfléchir sur le bien et le mal dans sa globalité, avec un exemple peu commun et d’un avis d’apparence tranché.
Pour illustrer ce changement de position et ce sentiment d’être perdu, le film navigue lui-même dans plusieurs thèmes : western, humour (noir, je précise) et horreur, forcément. On passe du tout au tout là encore, sans transition, mais sans nous donner le sentiment d’être baladé là encore. La musique est magnifique, mais aussi annonciatrice de ces revirements de genres. Elle compose chaque scène, chaque moment avec efficacité et passe là encore, du tout au tout en quelques secondes. La musique permet donc d’apporter une certaine tension quand il faut, nous apaiser quelques instants pour nous emmener de nouveau dans une scène plus terrible.
Les décors sont magnifiques et composent là encore les faits relatés par le film. Effectivement, ils permettent de nous montrer une nature sauvage, simple, parfois terrifiante, parfois apaisante.
La plupart des scènes sont magnifiques, notamment celle du saut dans le vide par lâcheté extrême, et surtout celle de la grotte, où il se passe autant de choses dedans que dehors…

A côté de ça, Vorace est une savoureuse critique des Etats-Unis, puisqu’elle montre que les civilisations se forment par les guerres, la violence et l’horreur. Cette démonstration est, vous l’aurez compris, mise en scène avec les joyeux anthropophages qui trouvent des justifications à leurs gestes immoraux. Ici, l’enfer est pavé de bonnes intentions, et à l’image de Pearce, on lutte tant bien que mal contre l’homme plus charismatique que le Diable lui-même (Carlyle himself, si vous suivez pas) qui nous rallierait presque à sa cause, c’est pour cela qu’à l’image du ridicule protagoniste, on flanche souvent, et on en sort changés, voire traumatisés pour les plus prudes.

Pour conclure, Vorace est une œuvre efficace car maîtrisée de bout en bout, elle amène à réfléchir, tout en reflétant d’autres problèmes moins décelables de prime abord. L’atmosphère, autant que les personnages, fait froid dans le dos, tout en étant dénuée d’artifices nous faisant tressauter pour nous garder alertes.
On a donc devant nous un film second degré, terrible et inquiétant, qui a le don de nous foutre une grosse claque.

Quelques musiques présentes dans le film :
Le thème de Boyd
La musique utilisée lors de la fameuse scène de la grotte

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