Jurassic World

Voir Jurassic World au cinéma, c’est un peu un rêve de gosse, une madeleine de Proust amplifiée, Noël avant l’heure…
N’ayant pas vu Jurassic Park en salles pour cause de troppetitesse, je me suis délectée du Monde Perdu : Jurassic Park, bien que j’ai dû m’y reprendre à deux fois pour traverser la route (mais siiii, mon accident !), quant au troisième, je ne l’ai pas vu non plus affalée dans un de ces sièges rouges pour je ne sais quelle raison. Je n’ai donc pas boudé mon plaisir en me rendant dimanche dernier dans une salle bondée pour voir le quatrième.

Et pourtant j’ai eu peur. Dieu que j’ai eu peur. Le troisième m’ayant presque anesthésiée, j’avais une certaine appréhension qui grandissait à chaque nouvelle bande annonce ou information sur le film en général. Je partais réellement perdante, et j’ai été ravie de m’être trompée, parce que Jurassic World est une très bonne suite.
Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il a des défauts réels, flagrants, qu’on ne peut pas vraiment ignorer, mais à côté, ces points positifs m’ont tellement plu que je ne sais pas si c’est mon cerveau qui me protège, mon inconscient ou que mon enthousiasme est encore trop présent, mais je me dois de dresser un bilan positif sur le rendu du film, parce qu’il le mérite vraiment. Trêve de blablateries, un tour d’horizon s’impose.

Comme dit plus haut, j’attendais cet opus avec impatience même si gardais une certaine réserve à cause de quelques défauts dont j’avais eu un aperçu, notamment le dressage des raptors, qui étaient les grands méchants des trois premiers films, maintenant relégués au rang de simples bêtes de foire, ou encore le fait que la bande annonce reprenait les grandes scènes du premier pour les remettre au goût du jour, manifesté tel un pseudo-hommage qui se rapprocherait plus de la démolition qu’autre chose (j’ose pas dire de l’irrespect, mais j’en suis pas loin). Malgré tout, je me chauffais moi-même à l’idée de le voir, alors les deux heures passées dans l’obscurité devant le grand écran ont été terriblement délicieuses et j’avais vraiment envie d’y croire.

Si vous vous rappelez du premier autant que moi, vous vous souvenez des premières scènes de découvertes des dinosaures, notamment celle qui ravit notre Violette à chaque fois : la vue du brachiosaure, je ne pourrais pas le certifier, mais je pense me rappeler que la toute première fois que je l’ai regardée, j’étais ébahie. Là, ça m’a fait la même chose, j’ai découvert le parc et j’ai eu des PUTAINS de frissons, je vous jure. J’avais juste l’impression d’être ramenée à ma place de gosse qui voit ça pour la première fois et qui est devant des dinosaures en chair et en os.
On troque Lex et Tim avec deux gamins aussi insupportables mais d’une utilité et importance beaucoup plus discutées. Là où les deux premiers étaient respectables, c’est qu’ils montraient réellement un but, une presque nécessité, les deux autres (Zach et Gray) n’ont aucune profondeur ni intérêt. Ils sont uniquement là pour combler les blancs et ravir le jeune public, ce que je peux comprendre aisément. Mais de là à en faire des mioches-potiches, ils auraient pu en faire des personnages avec davantage de considération, au lieu de ça, on en a fait des clones du frère et de la sœur du premier (le petit est aussi connaisseur que Tim et le grand est un jemenfoutiste tête à claques qui pourrait plus ou moins s’approcher de Lex), en ayant éludé leur importance.

En réalité, l’un des points faibles de Jurassic World, ce sont ses personnages. Il n’y a, selon moi, pas de problème au niveau de l’interprétation, mais l’écriture des personnages a été faite dans le minimum syndical. Evidemment, le spectacle, les vrais héros, ce sont les dinosaures, entendons-nous bien, mais les humains auraient pu être beaucoup mieux travaillés. Non honnêtement, l’interprétation est bonne, mais de par leur élaboration insipide, ils sont très dispensables et sans réelle influence sur le rendu du film. Certains rôles sont d’ailleurs assez discutables : celui d’Omar Sy qui aurait pu être joué par n’importe qui, Vincent D’Onofrio en indispensable méchant est peu profond, Bryce Dallas Howard qui nous fait une sorte de prise de conscience peu nécessaire… Même le personnage de Chris Pratt (qui reste le mieux écrit) est un peu fade. Donc voilà, on a des personnages effacés, mais c’est sûrement la volonté des têtes pensantes du film, qui ne tenaient pas à faire disparaître les réels personnages du film : les dinosaures.

Niveau dinosaure, j’ai trouvé que ce n’était pas la folie non plus. Je parle de diversité. On a donc toute l’attention concentrée sur l’Indominus Rex qui a quand même plus de classe que l’espèce de godzilla ridicule du troisième, mais qui m’a davantage fait penser à un Predator (niveau capacités) ou à un animal tellement génétiquement modifié qu’il se retrouve sans aucune vie. Pourtant la bête a du charme et a de la gueule (ahaha), mais de là à se centrer uniquement sur elle…
On retrouve donc nos fameux raptors qui sont ici « dressées » par un ancien de la Navy, Owen. J’ai utilisé les guillemets pour apporter une certaine nuance : les raptors ne sont absolument pas dressées, mais le monsieur tente de les dompter, afin de rendre le rapport animal(dinosaure)-humain plus riche et basé sur la confiance. Boooooon, moi ça m’allais très bien quand tout ce petit monde se tapait sur la gueule, mais bien obligée d’accepter, je me suis rendue à l’évidence, et le chemin trouvé (coucou Ian Malcolm) n’est pas trop maladroit, au contraire, je l’ai trouvé intéressant et assez pervers. Ici, nos vélociraptors sont quatre et leur meneuse (hors Owen) est Blue, avec qui leur dompteur a un lien plus fort. Tout comme dans le troisième opus, les raptors présentent quelques modifications physiques, vu qu’elles ont des couleurs, mais se rapprochent davantage de leurs congénères des deux premiers films de la saga.
Le T-Rex reste le t-rex : une attraction à elle seule.
Par contre, les autres dinosaures, on les aperçoit juste : brachiosaures, mosasaure et autres tricératops…

Question humour, j’ai souvent trouvé le film dans le superflu, n’ayant pas de personnages aussi charismatiques que celui joué parJeff Goldlbum, ici, ils ont bien dû faire avec, ou plutôt sans… Certains traits d’humour font parfois sourire, mais la plupart du temps, je trouvais presque cela ridicule, desservant limite le film et sa portée. Je sais qu’il est de rigueur dans ce genre de films familiaux d’avoir une bonne dose d’humour, mais ici, vu qu’il n’y avait pas de personnage extrêmement drôle (Jake Johnson aurait pu tenir ce rôle, mais ses apparitions étaient trop minimes), tout le monde y va de sa petite boutade, et ça rendait le tout plutôt ridicule. Tout le monde y allait avec les deux pieds dans le plat, et la subtilité n’était pas vraiment présente.
Côté subtilité, Jurassic World en a manqué à de nombreuses fois. Les incohérences sont légions, et ça va de l’infime : Claire qui ne se pète pas quarante fois ses deux chevilles à force de courir en talon, sur les rochers comme ailleurs, le coup des allumettes, au truc un peu plus gros : les gamins qui savent réparer une jeep, oui oui… Mais aussi la tension familiale dont on parle puis qu’on oublie, comme si de rien était, ni vu ni connu, j’t’embrouille.
La fin, à savoir la confrontation finale nous gicle du wtf à la gueule, c’est tellement irréel (bon déjà que les dinosaures hein…) que c’en est presque jouissif de voir cette liberté prise et assumée à 200%.
Autrement, le comportement des raptors face à leur Alpha, mais aussi le twist final qui n’en est pas un (pourquoi ressentir le besoin d’en faire un, bordel ?) sont aussi des points négatifs négligeables mais qui sont tout de même à prendre en compte.

Je parlais de perversion plus haut, je m’explique. Jurassic World est certes un divertissement, mais il arrive à dénoncer comme ses prédécesseurs, surtout le premier, certains problèmes actuels, sans pour autant devenir un film engagé, et heureusement. Pour certains, la chose est maladroite, personnellement, j’ai trouvé ça sympa, car ça n’a pas impacté réellement sur le rendu ni le côté récréatif du film. Indubitablement, on a une critique de la génétique ici : même si les lois de la nature ont fait leur travail, a-t-on le droit de jouer à Dieu ? Bon, je ne partirai pas sur une discussion philosophique basée sur l’éthique qui est souvent remise en cause, au niveau scientifique ou non. Ce côté est interprété par les personnages de Claire mais surtout du Dr Wu. Ce que prévoyait les spécialistes dans le premier film (Alan, Ellie et tout particulièrement Ian) a ici été décuplé.
A côté de ça, Jurassic World s’en prend aussi, et de manière plus dissimulée (avec la création de l’Indominus Rex), à ses propres spectateurs : la masse a voulu un autre film ? Le voilà, mais qu’ils ne se plaignent pas. Là où je veux en venir, c’est que le film fait une sévère critique même si sous-jacente du spectateur et de l’humain en général : lassé de tout, il ne se contente plus de ce qu’il a et en veut plus, toujours plus. Le fan-service est donc poussé assez loin et permet de prendre du recul par rapport à nos attentes : on voulait le premier, on a maintenant du spectaculaire, et même là, on n’arrive pas à être satisfait. Je trouve en ce sens que l’œuvre est assez intelligente.
Plus repérable, car plus logique, on a aussi une jolie pichenette sur l’armée et les avancées technologiques pour faire toujours plus de dégâts à ceux d’en face : les raptors et D’Onofrio servent ce propos, mais je trouve cet aspect clairement moins habile que la critique du fan-service.
Toujours aussi repérable : les parcs à thèmes qui utilisent des animaux pour satisfaire l’Homme sans se soucier du bien-être de l’animal (descendez de ces tricératops immédiatement putains de gamins).

Je suis sûrement subjective, mais je n’arrive pas à comprendre comment les avis peuvent être aussi négatifs sur Jurassic World, je comprends bien que le film a pu décevoir vu ses prises de libertés, incohérences et ficelles énormes, mais je pense que les spectateurs attendaient surtout un autre Jurassic Park qu’ils n’auront jamais. Tout comme le premier a été critiqué plus que de raison, j’ai l’impression qu’il faut cracher sur ce quatrième qui n’a pas apporté le Graal tant espéré par tous.

Allez, venez voir la scène de redécouverte des dinosaures dans la vallée qui m’a collé l’envie de pleurer comme une conne (ceux qui ont vu le film sauront de quoi je parle) et retrouvez avec plaisir les animatroniques qui restent toujours aussi bien faits.

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2 réflexions au sujet de « Jurassic World »

  1. Plutôt d’accord avec toi, notamment sur les personnages, et ce que le film apporte. J’ai eu la chance de voir au cinéma à l’époque le premier opus et c’était quelque chose de vraiment angoissant.

    J’arrive à préféré le second opus à Jurassic World, et je pense que je suis de toute façon trop attaché au personnage au personnage de Sam Neill pour être vraiment objectif sur le nouveau opus. Il y avait de belles choses, mais la fin qui rappelle beaucoup trop le premier, fait débat. Alors oui, c’est truffé de clins d’œil, mais est ce vraiment original ? Est ce que ça va vraiment caresser les fans au sens du poil ?

    Les raptors, j’ai eu vraiment peur qu’à la fin, l’un d’eux ne parle aux héros … Ouf ce ne fut pas le cas. Finalement, à titre personnel, le film est très bon sur la première heure, le parc de dinosaures, on y croit vraiment. *_*

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    • Ah je suis bien d’accord pour Alan Grant, tout comme Ian Malcolm qui étaient excellents. Et même si j’apprécie Chris Pratt, son personnage n’a pas le même charisme que les deux autres, c’est évident…
      Pour les clins d’oeil, je te l’accorde, les fans n’ont pas été aussi ravis que moi (suffit de voir les avis et notes un peu partout, SC ou pas), mais comme j’en ai parlé dans l’article, on a un peu eu ce qu’on a « voulu », dans le sens où le film est selon moi l’illustration de ce qu’on veut sans vraiment apprécier (je ne sais pas si je suis claire).
      Pour les raptors, on est d’accord sur la fin complètement wtfesque ou du moins, hors norme, mais c’est tellement jouissif et gros que j’avale le tout sans problème ni résistance. Certes, mon cerveau a sûrement été protégé, mais je suis globalement positive au sujet du film. Bon après, peut-être que lors d’un deuxième visionnage, chez moi, au calme, ça ne sera pas la même histoire…
      Sinon : t’as trop de chance d’avoir vu Jurassic Park au cinéma ! J’étais trop jeune et j’aurais sûrement eu peur, mais merde, c’te chance quand même !

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