Pire amide (2015)

Merci de m’applaudir pour ce jeu de mots des plus drôles.

Je voudrais vous parler de Pyramide de Grégory Levasseur. Le type c’est un grand pote d’Alexandre Aja, il a été scénariste et producteur de quelques-uns de ces films. Puis bon, Aja, on l’aime ou on l’aime pas, mais il s’est quand même fait un nom dans le cinéma d’épouvante-horreur, alors on peut s’aventurer avec confiance dans l’aventure égyptienne du petit Levasseur (je voulais dire « du petit Grégory », mais c’était de mauvais goût).


Strass et paillettes

C’est donc là que l’on fait une terrible erreur. Honnêtement, je ne suis pas du genre à prôner le téléchargement illégal, et c’est interdit sur le complexe Alpha, mais pour le cas de Pyramide, je demande l’exception. De toute façon, le film est disponible sur plusieurs sites illégaux, et ce, depuis au moins une semaine avant la sortie en salles. Je vous recommanderai donc de ne pas aller au cinéma et d’économiser vos précieux 9€ pour en faire ce que vous voulez, accordez-vous un petit cadeau, une jolie récompense pour la peine. Mais même si vous comptez le voir, vous perdrez 1h30 de votre vie. En plus du temps et de l’argent, vous perdrez votre foi pour les films d’horreur.
Sérieusement, ne le regardez pas.
J’attends la sortie du film depuis un bon moment. Vous connaissez peut-être mon engouement pour les films d’horreur, alors quand l’un d’entre eux bénéficie d’une sortie en salles digne de ce nom, c’est un peu la fiesta dans mon corps et mon esprit. C’est donc tout naturellement que j’attendais Pyramide comme le Messie. Mes anciens espoirs dans le genre ([REC] 4, Annabelle…) m’ont laissé un goût amer, j’étais prête à recevoir toute l’affection qu’il me manquait, je ne me suis même pas méfiée, je n’ai même pas pensé une seconde à une potentielle déception. Cette éventualité n’existait pas. Et j’ai été déçue et dégoûtée. Voici pourquoi…

Pyramide, c’est l’histoire de deux archéologues, la fille et son papa, qui découvrent une nouvelle pyramide très particulière, puisque elle n’a que trois faces. Dans la volonté de percer les mystères et les secrets de cette découverte, ils vont vouloir se rendre dans ladite pyramide, en faisant fi des interdictions de leurs supérieurs et des locaux, à cause d’un accident survenu sur le site (un ouvrier atteint d’aspergillose à l’ouverture de la pyramide) et de la tension socio-politique actuelle du pays. Ils sont donc cinq à entrer dans les lieux : les deux archéologues, un ingénieur en robotique et deux journalistes qui font un documentaire sur la découverte. Et forcément, il va y avoir des problèmes pour la petite bande…


On est des acteurs hyper naturels.

L’un des points positifs du film (le seul ?) est que l’utilisation du found-footage est limitée. Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, j’en ai marre que l’on nous sorte des caméras subjectives à tout bout-de-champ, et pire, de nous donner de vieilles justifications comme prétexte pour le faire. Ici, certes, on a la fameuse équipe de tournage qui emporte son matériel de tournage, mais on a quelques scènes filmées « normalement », et diantre, heureusement.
Mais voilà, faire un film d’horreur en ce moment, c’est essayer de reprendre les idées d’autres films, de les mixer ensemble et de faire quelque chose d’original. C’est donc un savant mélange de [REC], de The Descent, de Catacombes (qui était déjà bien médiocre) et un peu d’Indiana Jones aussi. Contexte géographique oblige, on nous emmène dans une histoire totalement pourrie sur une légende égyptienne. Mais, surtout, ne vous attendez pas à entendre parler ou à voir de la mythologie avec véracité, ne vous attendez pas à voir une momie, ne vous attendez pas à sentir une malédiction qui vous fait déféquer de façon incontrôlable… Pour ça, je pense que La Momie de Stephen Sommers comblera davantage vos attentes, et par la même occasion, vous fera plus peur, c’est dire… Non, ici, on essaye vraiment de bien faire, de reprendre les codes des autres, d’adopter la recette parfaite ; le résultat, c’est qu’on n’est pas dans un hommage ou quoi que ce soit de positif, c’est plus de l’imitation. On a du Nicolas Canteloup alors qu’on voulait du Thierry Le Luron. C’est pourquoi, à un moment, lors de la scène où le sol commence à s’effondrer, ça essaye de nous faire la deuxième épreuve de l’accès au Graal dans Indiana Jones et la Dernière Croisade, celle avec les pas de Dieu, sauf que j’ai assimilé ça à l’épreuve finale de Fort Boyard, ce qui est tout de suite plus risible.

Question risible, les personnages ont du pathétique à revendre. Aucunement crédibles, les personnages sont fades, on attend juste qu’ils crèvent le plus vite possible, ils sont tous autant insupportables les uns que les autres. Les acteurs eux-mêmes n’ont pas l’air convaincus par ce qu’ils jouent, peut-être ont-ils découvert le scénario du film en même temps que nous… Que sais-je, les archéologues ne sont tellement pas sûrs de ce qu’ils racontent, on a l’impression de voir leur désespoir flotter au-dessus d’eux. Même des collégiens dans leur pièce de théâtre de fin d’année ont plus de conviction. Pourtant, ils auraient pu être davantage convaincants, parce que chacun des personnages a son petit cliché : la blonde intelligente, mais conne quand même, le père modéré qui a de l’expérience, le geek, la journaliste qui pense à son film en dépit de la santé des autres, le cameraman flippé qui s’urine dessus à chaque pas… Mais non, même là, demander de la crédibilité, c’est un peu demander des excuses de toute l’équipe du film dans le générique de fin : impossible. On assiste donc au naufrage du film dans tous ces points : interprétation, scénario, inspiration, mise en scène… La seule personne qui veut que le film soit réussi, qui y croit dur comme fer, c’est le spectateur. Sauf que comme toute personne normalement constituée, au bout du vingtième foutage de gueule en trente minutes, le spectateur voit sa patience s’envoler. Ainsi, chaque cliché repris et déjà vu devient une insulte au cinéma : le passage dans le micro-tunnel voulant faire penser à la claustrophobie vécue dans The Descent, c’est une des nombreuses cerises qui font déborder le vase. C’est tellement mal joué qu’on ne peut pas y croire.

Qu’en est-il de la peur ? Parce que bon Pyramide c’est un peu un film d’horreur, m’voyez. Bah même combat, on change pas une équipe qui perd : c’est d’la merde. La mise en scène ratée ne nous offre même pas un seul jumpscare, tout est tellement convenu, qu’on sait à l’avance quand sursauter. C’est peut-être ça le truc : sursauter d’avance pour faire plaisir au réalisateur ? Le coup du labyrinthe, des personnages perdus, des monstres bizarres (ici ce sont des chats maigres qui mordillent nos malheureux protagonistes, sans parler du monstre de fin auquel je réserve le prochain paragraphe), de l’obscurité… Ça ne prend pas. Tout est tellement fade et mal réalisé qu’aucune ambiance ne ressort. Vous serez davantage intéressés par la découpe de trois tranches de saucisson et plus divertis dans une file d’attente à la caisse de votre supermarché qu’avec ce film. Quant aux personnages, ils sont tellement chiants que leurs peurs deviennent injustifiées, ils se retournent les uns contre les autres et se plaignent régulièrement, mais ils le font de manière si peu naturelle que cela fait d’eux des protagonistes chouineurs qui ont peur de tout, et deviennent donc encore plus ridicules.

SPOILER [ON]
Le monstre de fin, à savoir Anubis, ressemble à un mix entre Tristana Medeiros dans la scène de fin de [REC] pour le physique et, pour le côté ridicule, au monstre dans Brocéliande, la production française tellement pourrie que j’ai honte de mentionner, mais là, c’est mérité. Et maintenant que j’écris ça, je pense à Arkonowi dans Biouman par Les Inconnus. Enfin, vous voyez où je veux en venir, Anubis est mal foutu, les effets spéciaux sont mal exécutés… Sans parler de la légende sur Anubis et le poids des âmes qui sont en fait ce sur quoi repose toute l’histoire, c’est de l’arnaque, du vol pur et simple. (Et je sais pas si vous êtes un peu au courant, mais dans la mythologie, j’veux dire la vraie, Anubis est une divinité rarement antagoniste.) Quand on veut faire un bon film d’horreur, le méchant doit avoir de la gueule, l’histoire du méchant, le « prétexte » du film doit tenir la route, là, j’ai eu l’impression de voir un film de série B (j’ose dire Z ?).
SPOILER [OFF]


La bête de Brocéliande, encore moins charismatique que ses pairs.

Je ne comprends pas comment un film comme celui-ci peut bénéficier d’une sortie massive en salles et que, à côté de ça, de petites réalisations moins ambitieuses et tellement mieux réussies se tapent du DTV…
Franchement, écoutez-moi et ne le regardez pas. Vous me remercierez plus tard.

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